la communauté

Futuropolis, 23 septembre 2010, 368 p.

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Après mai 68 et les envies de changement que ce mouvement a suscitées, beaucoup ont été tentés par l'expérience communautaire. 
Gare aux clichés sur le sujet, tous les groupes n'avaient pas pour devise Sex 'n Drugs 'n Rock 'n Roll, peace & love, saute sur tout ce qui bouge dans les brumes de la défonce, vis à poil, c'est moins fatigant (pas de lessive, pas besoin de te désaper pour satisfaire ta libido)... Ceux-là étaient voués assez rapidement à l'échec. On comprend pourquoi quand on connaît la nature humaine - d'autant que dans les Pyrénées-Orientales et le Larzac (lieux de prédilection du 'retour à la terre' entre potes), ça peut cailler sévère...

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La Communauté dont il est question ici, la 'Minoterie', reposait sur un projet réfléchi partagé par quelques couples et célibataires, jeunes et moins jeunes, s'articulant autour de l'artisanat et de la vie en autarcie (élevage, culture...).

L'expérience nous est relatée par un des membres de la Communauté ; ses propos sont recueillis par Hervé Tanquerelle, auteur de BD. La démarche rappelle celle d'Etienne Davodeau (Les mauvaises Gens, Un homme est mort, Rural...) et est d'autant plus réussie et touchante que Yann, celui qui raconte, est le beau-père de celui qui transcrit en images. L'échange est donc très riche, les questions nombreuses, puisque Hervé Tanquerelle découvre ainsi les premières années de sa compagne, alors petite fille vivant dans cette communauté avec près de vingt autres enfants et des dizaines d'adultes.

En 350 pages, l'ouvrage fait un tour complet de la question : relations avec le voisinage (les 'vrais' agriculteurs), partage des tâches et des biens au sein de la communauté, refus du principe capitaliste mais contradiction accrue entre ce rejet et les méthodes à suivre à mesure que la petite entreprise artisanale se développe, conflits inévitables entre individus dus à des divergences de point de vue, ou tout simplement parce que vivre en cercle fermé est sclérosant, etc.

♥  Merci à Yann & Hervé pour le partage de cette aventure qui a quand même tenu une dizaine d'années ! J'ai été d'autant plus captivée que Yann Benoît est de la génération de mes parents, que la Minoterie en question était située pas très loin de chez moi. J'y ai reconnu des particularités du monde rural de cette époque et de ces lieux - la convivialité entre hommes autour de quelques verres, le vocabulaire... Je connais également les produits de la 'Minoterie' (l'entreprise a changé de main depuis), mais il m'a fallu un peu de temps pour résoudre l'énigme car la marque actuelle n'est pas nommée...

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