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Les Liens qui libèrent, 7 mars 2018, 142 p. 

raph

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Le sociologue-philosophe Raphaël Liogier s'interroge sur le phénomène #MeToo consécutif à l'affaire Weinstein, qui a d'abord 'secoué' Hollywood, et rapidement pris une ampleur internationale. 
Ce mouvement va-t-il permettre de faire bouger les choses, de redéfinir la place des femmes dans les sociétés, de remettre en question les rapports de force entre les sexes instaurés depuis tellement longtemps que la plupart nous paraissent immuables ? La sexualité 'dominante' du mâle (harcèlement, viol...) n'est qu'un des aspects de ce déséquilibre - mais l'un des plus violents...

Rappels historiques, littéraires, mythologiques à l'appui, l'auteur nous montre comment la domination masculine est affirmée dans les différentes sociétés (y compris celles dites 'matriarcales'). On trouve davantage de constats que de propositions dans cet essai, mais comprendre aide à trouver les leviers du changement.

Je n'aurais sans doute pas lu un tel ouvrage écrit par une femme, j'aurais craint une approche féministe revendicatrice, tartinée de mauvaise foi. 
Ce qui est intéressant, ici, c'est que l'auteur interroge son propre trouble d'homme hétéro, de fils, de père de fille(s) adolescente(s), face aux attitudes masculines intégrées depuis 'toujours' : 
« A mesure que je me plongeais dans les témoignages de femmes harcelées, voire violées, qui se sont accumulés depuis octobre 2017, j'éprouvais une sensation de dégoût. le dégoût s'est progressivement transformé en malaise. Ces hommes sont dégueulasses, certes. Souvent pitoyables. Beaucoup sont des salauds sans vergogne. Mais surtout, ce sont des hommes tout comme moi. Et c'est aussi en tant que tels que ce sont des salauds. Même si je n'ai pas voulu me l'avouer immédiatement, une partie de mon identité 'virile' m'était renvoyée en plein visage. Il serait hypocrite de le nier. Quand bien même l'on n'aurait pas à se reprocher d'actes de harcèlement caractérisés. Je voyais s'ébaucher, vaguement, à l'arrière-plan de ces peintures de situations accablantes, la façon dont j'avais été, moi aussi, conditionné à voir et à désirer les femmes. » 

J'apprécie cette honnêteté. Et, si je n'ai pas forcément appris grand chose à la lecture, j'ai aimé réfléchir de cette façon, suivre le cheminement de l'auteur, relire par exemple différemment de vieux contes traditionnels grâce à son éclairage... 
J'ai particulièrement adhéré aux arguments de Liogier réfutant les 'Cinq manières de détourner le sens de #MeToo' (oh, les pauvres 🐷 innocents qui se voient insultés par le slogan 'Balance ton porc' - pour ne citer que cette façon de détourner le problème et de noyer le poisson)... 

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