le camp des autres

Alma Editeur, 24 août 2017, 194 p.

tho♥♥♥♠♠

1906, pas très loin de Poitiers. 
Le jeune Gaspard (dix ans ?) a fait une grosse connerie. Il fuit avec son chien, se cache en forêt. Heureusement pour lui, il tombe sur une bande d'adultes qui fuient aussi la société, pour des raisons diverses - ils sont marginaux, bohémiens, évadés des geôles... Des personnages effrayants pour les 'gens bien intentionnés' ♪♫, mais rassurants et protecteurs pour l'enfant en cavale.

Thomas Vinau rend ici un bel hommage à 'la Caravane à Pépère' (une bande organisée de nomades qui traversa les Pays-Bas et l'ouest de la France entre 1906 et 1907), et, par ce biais, à tous ceux qui sont encore, un siècle plus tard, dans les rues, sur les routes, par choix ou contraints, faute d'avoir une place officielle dans notre société.

Si vous n'avez pas l'âme lyrique, vous risquez de tiquer sur le style, avec toutes ces descriptions, ces listes interminables de bestioles de la forêt, de plantes, d'arbres, de personnages... 
A fortiori si vous sortez de deux lectures ultra pêchues avec dialogues percutants - par exemple un roman de Despentes et un de Hannelore Cayre ('La Daronne', en l'occurrence). C'était mon cas. 
Il m'a fallu beaucoup de temps pour adopter ce style minutieux, poétique que j'ai tendance, avec mes gros sabots, à trouver prétentieux, voire ridicule - mais très beau, sans doute, pour les amateurs du genre. 
L'ambiance m'a rappelé L'enfant et la Rivière (Bosco), Le pays où l'on n'arrive jamais (Dhôtel), deux lectures imposées au collège que j'avais profondément détestées. L'auteur cite ces auteurs, d'ailleurs, dans ses remerciements.

Malgré des réticences sur le style, j'ai aimé la trame (malgré son manque de consistance), les parallèles socio-politiques avec la situation actuelle de nos pays 'riches', les prises de position de l'auteur, les idées de rébellion :
« Je continue de continuer. Je continue avec vous, avec eux, avec l'armada de nos armures merdeuses, et la possibilité d'un demain à sauver, à inventer. Alors j'ai voulu écrire la ruade, le refus, le recours aux forêts. J'ai voulu construire un refuge. J'ai voulu écrire la liberté crue de l'enfance, du monde sauvage et de la récalcitrance. J'ai voulu m'enfuir avec eux. Me redresser avec eux. Inventer une ambassade hirsute pour [...] les sans-famille, les sans-abri, les sans-papiers, les sans-patrie. »
Joli, ça ! Merci ! 👍 😍 

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