les silences

titre original : Quand on n'a que l'humour... - Michel Lafon, 2017
amanLe Livre de Poche, 7 mars 2018, 400 p.

♥♥♥♥

On connaît l'image de l'artiste écorché vif, et seul au monde.
'Le chanteur abandonné' ♪♫ et autre 'Mal-aimé' ♪♫... Celui qui se voyait déjà en haut de l'affiche ♪♫ mais qui, une fois au sommet, doute et souffre, réalisant qu'il a laissé des plumes pour conquérir ses paillettes.

Edouard Bresson, humoriste à la carrière fulgurante, est de ceux-là. Au faîte de sa gloire, le bilan de sa vie privée n'est pas joyeux. C'est même carrément la misère affective - sentimentale, familiale...
Derrière l'artiste adulé se cache un homme très seul, derrière le boute-en-train, un dépressif, un être fragile en proie à des démons, dont certaines plaies d'enfance n'ont jamais cicatrisé.
La question de la poule et de l'oeuf : si ce qu'il exprime rencontre autant de succès, c'est parce que le public se retrouve en lui. Et cette sensibilité particulière, la doit-il à ses souffrances passées ? Mais sa notoriété et son exposition ne rendent-elles pas l'artiste encore plus nombriliste, plus focalisé sur ses blessures ?

qd on n'aCet ouvrage n'est pas vraiment un roman noir, ni un thriller psychologique, même s'il est sombre, et malgré le suspense. Amélie Antoine nous raconte l'histoire triste d'un clown triste. Elle décrit l'état de cet homme fatigué, revient sur ses traumatismes de jeunesse, son parcours, la genèse de sa vocation d'humoriste, la façon dont ses proches le perçoivent. 

Edouard Bresson rappelle évidemment quelques personnages célèbres. On peut trouver la deuxième partie du roman un peu mièvre, même si les rebondissements sont souvent poignants. J'ai pensé à Effroyables jardins (Michel Quint), dont le personnage principal me semblait aussi attachant que pathétique, où j'oscillais entre empathie, émotion et agacement.

Quoi qu'il en soit, les relations père-fils, sont bien vues - ceci sur deux générations. On voit que les extrêmes se rejoignent : quand on veut faire exactement l'inverse de ses parents, parce qu'on estime en avoir bavé à cause d'eux, on peut finir par rater, aussi...

• Le titre original de ce roman, Quand on n'a que l'humour, était sans doute plus adapté, plus représentatif de l'esprit du livre. Mais sans doute moins vendeur ? Un auteur m'avait expliqué sur un salon qu'il ne choisissait ni ses titres, ni ses couvertures ; son éditeur décidait. C'est bien dommage...

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21 > 24 avril