une femme

Editions Anne Carrière, 2014
Pocket, 16 juin 2016, 208 p.

mcde

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Dans cet hôpital du Kurdistan irakien, le chirurgien Omar soigne des femmes brûlées. Presque toutes prétendent avoir été maladroites avec le réchaud à kérosène en préparant le repas. Il est vrai que le voile et la longue tunique brident les mouvements et ne sont pas ignifugés.

La réalité est encore plus sombre, puisqu'il s'agit rarement d'accidents. 
Ces femmes sont pour la plupart victimes de 'crimes d'honneur' - suicides ou meurtres - par divers moyens, dont le feu, comme dans cette histoire.

Nous suivons ici Fatimah, une femme blessée (bel euphémisme, vu ce qu'elle a enduré). Le lecteur apprend peu à peu comment elle en est arrivée là, très lentement, car sa parole ne se libère pas facilement et l'omerta règne dans la famille.

Ce récit est instructif, poignant et révoltant. Dommage que le ton soit un brin naïf, comme si le narrateur était un enfant (ce qui est parfois le cas), et le dernier chapitre si rocambolesque.

L'auteur a choisi pour cadre le Kurdistan irakien. J'ai apprécié qu'elle précise en postface que ce type de maltraitance féminine ne se cantonne pas à cette région du monde, ni aux musulmans : 
 
 ►  « Selon l'ONU, au moins 5 000 femmes sont tuées chaque année au nom de l'honneur. Il s'agit d'une tradition d'origine babylonienne répandue dans les sociétés patriarcales du Moyen-Orient, au Pakistan, en Turquie, au Tchad et dans certains régions d'Amérique latine. On en retrouve déjà les prémices dans la société arabe avant la naissance de l'islam. Elle est pratiquée dans tous les milieux socio-culturels, ne répond à aucune loi et n'est pas d'ordre religieux puisque des personnes de confessions différentes la pratiquent. Cette coutume cruelle légitime l'assassinat, par un membre de la famille, d'une fille ou d'une jeune femme suspectée d'avoir enfreint le code d'honneur familial. [...] C'est le père, un frère, un cousin ou une personne désignée par la famille qui se charge de venger l'honneur familial, souvent un mineur ne risquant qu'une petite peine. Différents moyens sont utilisés pour assassiner ces femmes, elles sont le plus souvent empoisonnées, égorgées, fusillées, étranglées, poignardées ou encore arrosées d'essence puis brûlées. le criminel, sont forfait accompli, est accueilli comme un héros par sa famille, il se rend souvent de lui-même à la police, qui encourage généralement son geste. »

Comme pour l'infanticide des bébés filles en Chine ou pour l'excision, il est effrayant de constater que les hommes (pères/frères) ne sont pas les seuls à perpétuer la tradition. Des femmes aussi peuvent s'avérer particulièrement zélées.

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1e juillet - merci Sandrine !  😉

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