fabuleuses

Cnrs, Le Banquet scientifique, 5 octobre 2017, 300 p.
liviotraduit de l'italien par Jean Audouze

lu par Mr

♥♥♥♥

A l'aune des connaissances actuelles, l'astrophysicien Mario Livioréexamine les théories de cinq chercheurs qui ont considérablement contribué au progrès scientifique, dans divers domaines (biologie, géologie, physique, astrophysique) : Charles Darwin (1809-1882), Linus Pauling (1901-1994), Lord William Kelvin (1824-1907), Fred Hoyle (1915-2001) et Albert Einstein (1879-1955). 

Après un exposé synthétique et clair d'une de leurs découvertes*, Livio explique des raisons de ces erreurs et certaines de leurs conséquences. Il montre ainsi que la pensée scientifique n'est pas seulement fondée sur des raisonnements rationnels mais qu'elle naît dans un contexte historique et sur la base de présupposés (philosophiques ou intuitifs) qui l'orientent sur des voies sinueuses mais finalement fécondes. 

Les passions humaines (comme l'orgueil) sont aussi des moteurs de progrès ou, selon les cas, des freins au raisonnement. L'entêtement de Fred Hoyle à défendre la théorie d'un univers stationnaire malgré l'apparition puis l'accumulation d'observations la contredisant en est une illustration frappante : ce cosmologiste considérait que l'univers est éternel et immuable, et expliquait son expansion observée par un processus de création continue.

Malgré quelques exposés théoriques ardus (chimie organique, théories de la relativité), l'essai de Mario Livio est globalement abordable pour des non-scientifiques, et je le recommande vivement à tous ceux que ces sujets intéressent. Pour des scientifiques, il devrait être particulièrement salutaire : le monde ne se 'comporte' pas forcément comme ils souhaiteraient qu'il le fasse, mais des hypothèses de travail restent nécessaires.

Sur les processus de découvertes scientifiques, je recommande aussi le brillant ouvrage Les Somnambules d'Arthur Koestler, encore plus édifiant et agréable à lire - à défaut d'être aussi précis et exact. Dans un genre plus romancé, Koestler montrait que le renoncement au modèle géocentrique avait nécessité l'association des méticuleuses observations de Tycho Brahé (1546-1601) et du génie mathématique de Johannes Kepler (1571-1630) avec sa volonté de construire un système solaire conforme à ses présupposés, lesquels étaient par ailleurs erronés (selon lui, les mouvements combinés des planètes dessineraient des polyèdres réguliers).
Dans des genres et des styles différents, ces deux ouvrages se complètent très bien.

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* Je suis cependant toujours perdu dans les résumés des théories de la relativité, quelles que soient les qualités de vulgarisateur de l'auteur.