paradoxeEditions du Seuil, 16 août 2018, 304 p.

manou♥♥♥

Une petite ville de l'Oise, aujourd'hui.
Les représentants d'extrême droite sourient sur les murs en promettant une France meilleure : sans étrangers, sans délocalisations et sans chômage. 60% des votants veulent y croire.
Léa prépare son bac (série Economique et Social), apprend des définitions par coeur. Elle est douée, la petite, et ambitieuse, elle pourrait aller loin… 
Pendant ce temps, dans ces Hauts-de-France, maman et papa sont 'en bas' ♪♫ triment de leurs quatre bras ♪♫ – elle ouvrière dans le textile, lui dans le verre…charb

En 1961, le sociologue Anderson a formulé ce paradoxe : l'acquisition par un étudiant d'un diplôme supérieur à celui de ses parents ne lui assure pas nécessairement une position sociale plus élevée.
Qu'on regarde autour de soi : ce principe se vérifie.
Qu'on pense aussi à tous ces jeunes sur-qualifiés par rapport à l'emploi qu'ils occupent. 
La crise économique et le chômage n'arrangent pas les choses.
Pour Aline, qui place de grands espoirs dans sa fille (laquelle devrait être la première bachelière de la famille), le handicap des enfants d'ouvriers se résume à cette image : « On leur fait prendre le départ d'un cent mètres avec un sac à dos. »

Voilà pour le paradoxe d'Anderson, si bien illustré dans ce roman par Pascal Manoukian.

Mon paradoxe du jour : j'ai dévoré ce livre, je ne m'y suis pas ennuyée une seconde, j'ai relevé plein de passages qui m'ont touchée, émue. Et pourtant cette lecture m'a agacée, et même de plus en plus.

J'adhère totalement aux idées de l'auteur, à sa vision de la société, des dérives du capitalisme - exploitation, chômage, frénésie consumériste, malbouffe, foutage de gu3ule des politiques de tous bords, etc.
Les situations qu'il décrit sont criantes de vérité(s), ses observations et analyses très pertinentes – et pourtant… 

C'est aussi intéressant, sordide et révoltant que du Zola, que Les Misérables de Hugo, mais beaucoup plus facile à lire. 
L'intrigue a beau être crédible (on a même vu pire), trop c'est trop et ça me semble truffé d'invraisemblances... la fille de 17 ans qui ne détecte pas la détresse parentale ? le voisin dans le rôle de l'affreux méchant, mais Ch. & A. n'ont jamais fait le rapprochement, avec le nom, par exemple ? et cette fin... 

De cet auteur, j'ai préféré Les Echoués : parcours de trois hommes qui ont espéré des jours meilleurs en s'exilant en France et qui tombent de très haut.

Sur les zones industrielles économiquement sinistrées du Nord et de l'Est, on peut aussi lire des romans de Pascal Dessaint, Sorj Chalandon, Gérard Mordillat… pour se faire pleurer à s’en arracher la gorge.

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agenda27 & 8 oct. - merci à Babelio et aux éditions du Seuil