chienFlammarion, 22 août 2018, 480 p.

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Chien-Loup.
Animal ami de l'homme ou prédateur ?
« Cette ambiguïté fondatrice [...]. Dans la vie il ne s'agit pas d'être le bon ou le méchant, tout comme dans les affaires il ne s'agit pas de prêter le flanc ou de mordre, il convient plutôt de toujours maîtriser les deux registres, en fonction des circonstances. Tout animal est fondé sur cette ambivalence. »
Et tout homme, par définition...

Voilà qui résume parfaitement l'esprit de cet ouvrage qui invite à réfléchir sur l'homme, l'animal, leurs rapports - domination/soumission, complicité... 
Sujets qui font écho à des préoccupations écologiques qui déchaînent les passions depuis quelque temps : chasse, condition animale, végétarisme et veganisme, respect de la nature en général. 
Mais aussi aux guerres de territoire, aux frontières farouchement gardées, à la peur de l'autre, de l'étranger (bouc émissaire vite trouvé).

Serge Joncour nous raconte ici deux histoires, distantes d'un siècle mais évidemment liées, notamment par un lieu : les Orcières. 
Monde sauvage, isolé, troublant, aussi préservé et apaisant que terrifiant. Où la cruauté peut s'exprimer librement et impunément, à l'abri des regards, tandis qu'ailleurs des hommes doivent s'entre-tuer pour la patrie, ou se bouffent pour de l'argent, du pouvoir...
Ce conte pour adultes, captivant et angoissant, nous renvoie également à nos peurs primitives de la forêt, du loup, des bêtes sauvages, de l'ogre, de la solitude, des rivalités meurtrières entre pairs...

Il y a les livres que je dévore. 
Celui-là fait partie de ceux que j'aurai savouré, comme la plupart des textes de Serge Joncour, d'ailleurs, dont la sensibilité, la pertinence et les talents de conteur me charment depuis longtemps.

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  ► Deux extraits parmi des dizaines cochés :

    • « L'homme c'est cette créature de Dieu qui corrompt et dilapide, qui se fait un devoir de tout salir et d'abîmer. Sans qu'il soit question de malveillance ou de jalousie, de frustration ou de colère, par sa seule présence un homme peut tout détruire. »

    • « Et même si vivre à l'écart, vivre pleinement à l'abri des autres ne se peut pas, parce qu'il n'y a plus la moindre zone sacrée, plus la moindre zone blanche sur les cartes, pas le moindre territoire où la vie sorte toujours victorieuse, il existe au moins des zones d'accalmie coincées entre deux combats, des zones à l'écart. »

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