l'ordre

Actes Sud, 29 avril 2017, 160 p.

vui

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Quel cynisme ! Ce livre, qui nous parle de népotisme et de collaboration entre politiques et industriels/financiers, a obtenu le prix Goncourt en 2017, alors même que la Ministre de la Culture, Françoise Nyssen, était également à la tête de la maison Actes Sud (éditeur de ce roman), héritée de son papa. 
Nul n'ignore que le monde de l'édition est indépendant, comme celui de la presse. Quant à la mascarade des prix littéraires...

Je l'ai quand même lu (mais pas acheté), parce que ce sujet m'intéresse - affaires et nazisme, marchands d'armes d'hier et d'aujourd'hui, main d'oeuvre exploitée, etc. 
Un thème toujours d'actualité : c'est l'argent qui gouverne le monde, et les politiques sont à genoux devant les lobbies.

Eric Vuillard ouvre ce bref roman sur cette réunion du 20 février 1933 où vingt-quatre industriels mettent la main à la poche pour un certain Hitler, afin de financer sa campagne. Parce que « la corruption est un poste incompressible du budget des grandes entreprises, cela porte plusieurs noms, lobbying, étrennes, financement des partis. » 

Entre la première scène et la conclusion, l'auteur revient sur quelques étapes de l'Anschluss, l'alliance de l'Autriche et de l'Allemagne en 1938 - était-ce un viol ou un mariage ? Entre les deux, les bras tendus balancent...
C'est cette partie que j'ai le moins appréciée : trop de noms, et trop de références historiques qui m'ont échappé. Malgré l'ironie intéressante et bienvenue, le ton grandiloquent m'a agacée.
J'aurais préféré en apprendre davantage sur les grands groupes qui ont fait fortune pendant la seconde Guerre Mondiale (en finançant, en fournissant du matériel, en exploitant les détenus de camps nazis...) et qui continuent de prospérer, faisant partie de notre quotidien : BASF, Bayer (marié depuis à Monsanto), Agfa, Opel, IG Farben, Siemens, Allianz, Telefunken. 
Le passé sanglant de ces entreprises (et de tant d'autres) ne figure souvent que de manière édulcorée dans leurs biographies officielles.

A lire, pour la page d'Histoire.

PS : j'ai appris récemment dans une BD que Hugo Boss fournissait les uniformes nazis ; en 2012, cette marque vendait un costume sur six dans le monde (source : Wikipédia). 

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 21  >  24 nov. - emprunt mdtk


►  Extraits de l'article Wikipédia sur Hugo Boss :

En janvier 1924, le tailleur Hugo Boss établit un petit atelier de confection au 2 Kronenstrasse à Metzingen, petite ville du Wurtemberg au sud de Stuttgart en Allemagne. [...] 
Dès 1931, Hugo Ferdinand Boss adhère au Parti nazi et devient « Förderndes Mitglied der SS ».
De 1931 à la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945, Hugo Boss contribue à la production des uniformes militaires du Troisième Reich, tout d'abord pour la première milice d'Hitler, les chemises brunes, puis ceux des SS, des Jeunesses hitlériennes et de la Wehrmacht.
Bien qu'il ait affirmé dans une publicité des années trente avoir été fournisseur d'uniformes nazis depuis 1924, ces fournitures ne sont probables, selon Elisabeth Timm, qu'à partir de 1928-1929 et certaines qu'à compter de 1934, quand il en devient fournisseur officiel. [...] Pour faire face à la demande durant les dernières années de la guerre, Hugo Boss emploie trente à quarante prisonniers de guerre et environ cent cinquante travailleurs forcés, en provenance des États baltes, de Belgique, de France, d'Italie, d'Autriche, de Pologne, de Tchécoslovaquie et d'URSS.
Selon l'historien allemand Henning Kober, les dirigeants de la société étaient des « nazis déclarés »« les Boss étaient tous de grands admirateurs d'Adolf Hitler » et Hugo Boss lui-même avait dans son appartement en 1945 une photographie de lui-même avec Hitler prise dans la résidence d'Obersalzberg de ce dernier.
Après la guerre, Hugo Ferdinand Boss est déclaré « opportuniste du Troisième Reich », reçoit une « très lourde amende » de 100 000 marks et est privé de ses droits civiques. À sa mort en 1948, la société passe aux mains de son gendre Eugen Holy.
En 1997, le nom de la société apparaît dans une liste de comptes suisses dormants, ce qui déclenche la publication de plusieurs articles sur l'implication nazie de Hugo Boss. En 1999, plusieurs plaintes sont introduites devant des tribunaux du New Jersey au nom de survivants de travailleurs forcés chez Boss ou de leurs familles. La société ne fait aucun commentaire sur ces plaintes mais réitère une déclaration antérieure selon laquelle elle ne « fermerait pas les yeux sur son passé mais aborderait ces sujets d'une manière ouverte et franche ».
Elle commissionne une recherche à l'historienne allemande Elisabeth Timm
. Toutefois, après que Timm a révélé à la presse le résultat de ses recherches, la société refuse de les publier.
Après la révélation du passé nazi du couturier par le 
Washington Post en 1997, le groupe a commandé à une historienne américaine une étude sur les activités de la firme pendant la guerre et jusqu'à la fin des années 1990.
En décembre 1999, une transaction intervient dans le contexte d'un recours collectif devant des tribunaux américains, entre le Gouvernement allemand et un groupe d'avocats américains pour établir un fonds d'une valeur de cinq milliards de dollars, financé à parts égales par le Gouvernement allemand et des entreprises industrielles allemandes, afin d'indemniser les travailleurs forcés du régime nazi
.
Hugo Boss accepte de participer à ce fonds
. L'entreprise finance également, dans les années 2000, les travaux de Roman Köster, historien de l'économie de l'université de l'armée fédérale de Munich qui étudia le passé de l'entreprise de 1924 à 1945. Cette étude fera l'objet d'un ouvrage paru fin 2011 : Hugo Boss 1924-1945, l'histoire d'une usine d'habillement pendant la république de Weimar et le IIIeReich. Ces travaux montrent que l'entreprise a été sauvée de la faillite en 1931 par un premier gros contrat du Parti nazi, qu'Hugo Boss avait adhéré à ce parti non par opportunisme mais par conviction. Hugo Boss a publié sur son site web « ses profonds regrets » auprès de ses travailleurs et prisonniers de guerre.