en nous

L'Iconoclaste, 29 août 2018, 424 p.

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Cette autobiographie familiale s'achève sur ces mots de Marie-Aude Murail : « En moi beaucoup de femmes respirent qui vinrent de très loin et sont une sous mon front. »
Elle se réfère à sa mère et à sa grand-mère maternelle essentiellement, mais aussi, indirectement, aux femmes qui les ont élevées, et aux modèles féminins qui les ont inspirées/conditionnées.

Fruit de plusieurs années de recherche et d'écriture, cet ouvrage compile des archives familiales et personnelles : photos, lettres, journaux intimes.
Il ne peut qu'intéresser ceux qui aiment l'oeuvre de l'auteur, rendant Marie-Aude Murail plus familière, plus accessible, mais aussi plus intimidante, paradoxalement. A cause de cet 'autre monde' que le mien, peut-être, d'intellectuels et de littéraires, qui a façonné une aisance, une confiance en soi, une audace qui me sont étrangères...

Certains aspects très intimes peuvent paraître gênants à la lecture. On adhère ou pas au fait d'étaler la vie de ses proches de cette façon - je ne me verrais même pas lire les lettres d'amour de mes parents et grands-parents, alors de là à les publier... L'auteur s'en explique.

Au-delà des expériences personnelles, ce texte est un témoignage sur la condition féminine au XXe siècle en France : domination masculine dans la société, poids de la religion, guerres (départ de père, mari, fiancé, fils...). J'y ai rencontré de nombreux échos avec les parcours des femmes de ma famille, et avec ma jeunesse, même si je suis un peu plus jeune que l'auteur.

Et bien sûr, résonne en nous à la lecture ce qui accompagne notre vie d'humain : famille, couple, enfants, vieillissement, maladie, mort, façon de s'inscrire dans une lignée, d'affirmer ses choix personnels et professionnels.
Mention spéciale pour la découverte de la sexualité adulte féminine, qui devrait parler à beaucoup d'entre nou(e)s.

Un beau livre passionnant, parfois longuet, touffu, fouillis (la famille du père), un brin exhibi, mais tous les lecteurs ne placent pas la sensation de voyeurisme au même endroit. 
J'ai souvent utilisé ma loupe, comme lorsque je regarde un album de famille. Pour mieux voir les expressions des visages, car les photos sont nettes mais petites. Mais aussi pour le plaisir de déchiffrer les manuscrits. 

En nous (mes enfants, leur papa, moi) beaucoup de personnages de Marie-Aude Murail ont vécu, et vivent encore plusieurs années après leur découverte. Merci !

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