état d'ivresse

Noir sur Blanc, Notabilia, 3 janvier 2019, 165 p.

dm

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Les cordonniers sont les plus mal chaussés. Comme cette femme qui va très mal, alors qu'elle rédige des articles et conseils 'bien-être' pour un magazine Psycho. Cette Cendrillon, qui rappelle celle de Téléphone pour la splendeur enfuie, a perdu ses pantoufles de vair depuis un moment.

Mal dans sa ville, mal dans son couple, mal dans sa famille, mal dans sa tête, elle tient en buvant. Beaucoup.
En fait, non, l'alcool ne la fait pas tenir mais dégringoler encore plus bas. 
On ne compte plus en verres, mais en bouteilles, et tout se mélange : vin, apéro, bière, alcool fort. Elle n'a pas encore attaqué les flacons de parfum.
Elle planque ses réserves, comme si ses proches étaient dupes, ne recule devant aucun subterfuge lorsqu'elle est à court, se déchire la tête, s'endort sur place, ou tombe, se blesse, dort rarement dans son lit, vomit, se relève... et repart pour une tournée. Jour et nuit se confondent.
Elle est parano, en veut à la terre entière, à commencer par son adorable fils de dix-sept ans et son mari trop absent.

Denis Michelis dresse le portrait bouleversant d'une femme au fond du gouffre. En détresse, elle délire, devient méchante, de mauvaise foi - et ressemble en cela à 'La femme au téléphone' de Carole Fives, en pire.
Je connais quelques alcooliques, hommes, femmes. Je croyais avoir un aperçu de leurs difficultés. Cette description dépasse tout ce que j'ai pu imaginer. 
On se pose évidemment la question du 'choix' de cette auto-médication, où le remède est pire que le mal et ne fait que l'aggraver.
Pourquoi/comment cette spirale-là ? Dépression, solitude et ennui qui s'auto-entretiennent ? Facilité d'accès de ce psychotrope en vente libre ?
Face à cette dégringolade, cette coulée de lave qui menace d'emporter les proches, on s'étonne aussi de la résistance humaine, et de l'acharnement à survivre.

Portrait terrifiant et bouleversant d'un séjour en enfer - où l'enfer, c'est pas les autres, mais soi-même...
Le talent de cet auteur m'avait déjà impressionnée et touchée lorsque j'ai découvert La chance que tu as.
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agenda2

30 déc. - merci à Babelio et aux éditions  Noir sur Blanc.