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L'Avant-Scène Théâtre, 11 juillet 2018, 90 p.

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Soir de Noël et permission de minuit dans la bibliothèque d'une prison.
Entre deux étagères meublées de quelques livres, elles sont cinq femmes à entrer, sortir, parler, crier, rire, pleurer. 
En cette soirée spéciale, elles échangent sur leur blues, leurs rêves, leurs désillusions, et un peu sur ce qui les a conduites là, aussi. Mais très peu. Seulement quand ça les hante trop ; c'est alors un monologue, comme un cauchemar éveillé, et les autres se taisent, s'effacent.
  « Faut que tu fasses gaffe, Frida, tu poses jamais cette question à une fille... Jamais... Si elle se livre à toi, tant mieux. Si elle dit rien, tu cherches pas à savoir. La vie des autres, c'est pas tes oignons. »
Ici, on ne reçoit pas de visites, on s'évade grâce aux autres détenues, à la solidarité, la tendresse et aux délires partagés avec les compagnes d'infortune, mais aussi grâce aux livres et même au théâtre.

Excellent texte qui n'en finit pas de surprendre, malgré le huis clos imposé par la situation. 
L'auteur s'est inspiré de paroles de détenues, recueillies lors d'ateliers d'écriture qu'il a précisément animés en période de 'fêtes' de fin d'année.
En se rendant à Fleury, en prenant le bus pour y aller, il a pu constater l'isolement des femmes, l'absence de visites : 'Les femmes sont deux fois recluses'. Double peine.

Ce témoignage est sublime, qui rend compte du pouvoir de la solidarité et de l'imaginaire pour survivre en captivité. 
J'espère que les femmes que l'auteur a côtoyées ne se sentent pas trahies ? ne trouvent pas qu'il a enjolivé les choses ? 
La cruauté des conditions de détention et la douleur de ces femmes, de ces mères, suintent derrière les moments de réconfort entre détenues.

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23 janv.