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Flammarion, 19 mars 2015, 192 p.

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Les historiens estiment que l'homme a commencé à asservir ses semblables à l'aube de l'humanité. Un autre 'plus vieux métier du monde' avec la prostitution - sans rémunération, sans liberté, sans droits.
« La plus ancienne preuve écrite de l'existence de l'esclavage remonte à plus de 4 000 ans : il s'agit d'une tablette d'argile sumérienne. »
Les organisations politique, économique et sociale de la Grèce et de la Rome antiques étaient indissociables de l'esclavage.

Dans cet ouvrage, deux professeurs de lettres (P. Kleff et P. Soulier) présentent et expliquent des documents (lois, plaidoyers, tableaux, affiches) et des extraits d'ouvrages (essais, romans...) évoquant l'histoire de l'esclavage, d'Aristote à Aimé Césaire.
On y trouve des témoignages, des textes prônant et/ou justifiant l'esclavage, des critiques de cette pratique, et des écrits abolitionnistes.

Une place importante est consacrée ici au commerce triangulaire, la 'traite des Noirs', ce trafic meurtrier et rentable qui permit aux Européens de connaître et d'adopter des produits exotiques (tabac, coton, indigo, sucre de canne, cacao) et à quelques villes de la côte atlantique de prospérer (Nantes, La Rochelle, Bordeaux, Lisbonne...). 
« Selon l'historien américain Hugh Thomas, plus de 54 000 traversées de navires négriers auraient été effectuées entre l'Europe, l'Afrique de l'Ouest et l'Amérique ; selon les mêmes sources, ces navires auraient ainsi déporté plus de 11 millions d'Africains, nombre extrêmement difficile à vérifier et que d'autres historiens multiplient par deux, voire plus. »

Le tout est très instructif ; les extraits cités, comme la bibliographie et la filmographie en fin d'ouvrage donnent des repères si l'on veut approfondir le sujet. 
Un sujet inépuisable, d'ailleurs, car il se prolonge avec celui de la colonisation, des débuts du capitalisme (toujours régi par la loi du plus fort) et des formes plus insidieuses d'esclavagisme (trafic des 'enfants réunionnais de la Creuse' des années 60 à 80-90, exploitation de la main d'oeuvre dans 'nos' prisons, dans certains pays d'Asie et d'Afrique, certaines formes de prostitution, etc.).


PS : livre acheté au 'Musée du Nouveau Monde', à la Rochelle - une ville où les rues portent aussi bien des noms de négriers que d'hommes et de femmes ayant combattu l'esclavage. Schizophrénie ou transparence ?
Mais sur les plaques de rue, Fleuriau, Rasteau, Admyrauld, etc. sont pudiquement désignés comme 'armateurs', pas 'négriers'.
Même phénomène à Nantes : lire Sur les traces du passé négrier nantais. 

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