la vraie vieL'iconoclaste, 29 août 2018, 265 p.

♥♥♥♥

adiA la télé, dans les pubs, les familles sont heureuses, elles sautillent d'allégresse dès le petit déjeuner et les signaux d'amour clignotent de partout - regard bienveillant, sourire lumineux, bisou, caresse, bol tendu.
Dans la vraie vie, un papa peut être un ogre, un monstre, une terreur ; une maman, une 'amibe' (sic), 'une taie d'oreiller vide' (sous les coups de poing du père) ; et le rire d'un petit garçon de six ans peut s'éteindre durablement, en même temps que l'éclat d'enfance dans son regard, remplacé par un vide effrayant.

Ce roman secoue.

La couverture, d'abord, dérange - cet oeil de bête disproportionné. Monstre dans une vraie maison, ou vraie bête dans une maison de poupée ?

L'écriture est puissante, évocatrice.
On est dans la tête d'une enfant, puis d'une jeune fille. Ses réflexions et observations sont à la fois naïves et justes, entre imaginaire fertile et espoirs de l'enfance (sans mièvrerie), et courage lucide d'adulte.

Les personnages sont bouleversants dans leurs forces et faiblesses.
Il y a ceux qu'on aime, sans réserves, ceux qui déçoivent, ceux qu'on croit détester absolument, mais qui s'avèrent 'prisonniers d'un corps de bourreau'.

L'histoire de cette famille est à hurler de tristesse et d'horreur.
Réaliste, elle réveille aussi des peurs confuses, intimes et universelles : prédation, impuissance du faible contre le fort, maltraitance, meurtre, forêt, animaux sauvages (qu'ils soient morts et empaillés n'y change rien, bien au contraire).

Au milieu de l'enfer, l'héroïne se débat, avance, comme dans un conte initiatique. Elle rencontre une 'fée', mais la femme s'est trompée, l'a trompée malgré elle. On ne joue pas de cette façon avec les enfants, c'est trop cruel de les duper.
En grandissant, la jeune fille perd ses illusions. Passionnée par les sciences, l'esprit de plus en plus rationnel, elle cherche d'autres solutions, d'adulte, à la mesure du problème…

On pense à Barbe-Bleue, avec la 'chambre des cadavres', à Hansel & Gretel et au Petit Poucet, que les parents ont abandonnés, à la Belle au Bois dormant (Gilles comme en léthargie, et la grande soeur qui veut le ramener à la 'vraie vie'). Tout en ayant à l'esprit que tout est, hélas, terriblement réaliste...

Un premier roman intense, brillant de noirceur.

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