les gratitudes

JC Lattès, 6 mars 2019, 175 p.

♥♥♥♥

« Vieillir, c'est apprendre à perdre. »
Perdre des gens qu'on aime, forcément, c'est mathématique.
Mais aussi ses facultés physiques et mentales :
ddv« Perdre ce qui vous a été donné, ce que vous avez gagné, ce que vous avez mérité, ce pour quoi vous vous êtes battu, ce que vous pensiez tenir à jamais.
Se réajuster.
Se réorganiser.
Faire sans.
Passer outre.
N'avoir plus rien à perdre. »

A 80 ans passés, Michka perd quelque chose.
Quoi ? Elle ne sait pas exactement. La mémoire, les mots. Et cet effacement la terrorise : « Et puis ça ne sert à rien tout ça, je sais très bien comment ça va finir. A la fin, il n'y aura plus rien, plus de mots, tu comprends, ou bien alors n'importe quoi, pour remplir le vide. »

Dans son Ehpad, trois personnes viennent lui rendre visite. On fait la connaissance de deux d'entre elles : Marie, une jeune femme qui lui doit beaucoup, et Jérôme, l'orthophoniste.

Ce roman pourrait être une pièce de théâtre tant les mots y sont importants, et le décor volontairement minimaliste.
J'ai commencé par trouver le propos trop léger.
C'est mal connaître Delphine de Vigan qui démarre en douceur, sur le ton de l'anecdote autour de sujets rebattus (personnes âgées, fin de vie, enfance, famille), et fait monter la tension, éveille l'empathie, suscite l'émotion. Ses personnages lui ressemblent, et cela me touche, comme Marie ici - les cheveux en bataille, les yeux cernés, femme douce et déterminée, au passé douloureux.

Malgré le tragique de l'histoire, on arrive à sourire, notamment avec ces 'jeux' de mots qui méritent qu'on s'y arrête, parce qu'ils en disent long sur les souffrances de Michka :
« C'est à cause des mots, je t'ai dit. C'est la nuit que... ça se terre... ça se perd, quand je n'arrive pas à m'endormir, je sais bien que c'est à ce moment là qu'ils s'enfouillent, qu'ils s'enfuitent, j'en suis sûre, mais il y a rien à faire, des wagons entiers… ».
Des wagons...

Je ne suis sans doute pas la première et ne serai pas la dernière à conclure avec un MERCI à l'auteur pour sa sensibilité et les échos que je rencontre en la lisant.
Parce qu'on oublie parfois de le dire - c'est l'un des sujets de ce roman, d'où le titre.

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9 mars