la jf et la mort

Actes Sud Papiers, 4 juin 1999, 54 p.

arield♥♥♥♥

Dans ce pays d'Amérique latine, la dictature a officiellement laissé place à une démocratie, mais les tortionnaires/criminels n'ont pas été jugés. En vertu d'une loi d'amnistie, le pays est censé « se réconcilier dans la paix ».
Quinze ans après sa détention, Paulina n'est pas guérie. Il lui est par exemple impossible d'entendre des musiques qu'elle aimait avant d'avoir à les subir pendant les agressions de ses geôliers.

Lorsqu'il lui semble reconnaître la voix d'un de ses bourreaux, elle est déterminée à obtenir ses aveux.
« Pour quoi faire ? A quoi ça va lui servir ?
- Peut-être pour la libérer de ses fantômes, comment savoir ce qui passe par la tête de quelqu'un qui a été... mais je crois que je comprends cette nécessité qui correspond bien au besoin du pays tout entier de mettre en mots ce qui nous est arrivé. »

Texte court, pudique et intense sur la nécessité, pour les victimes, d'obtenir réparation après outrage(s). Sous quelle forme ? Au moins une reconnaissance publique des souffrances endurées et des torts des bourreaux, sans laquelle elles ne pourront panser leurs plaies, et risquent de faire justice elles-mêmes, si elles en ont la possibilité. Et c'est l'escalade de la haine :
« Comme ça, on continue la violence, toujours la violence. Hier, on vous a fait des choses terribles et aujourd'hui, c'est vous qui me faites des choses terribles. Demain... et ainsi de suite. »

C'est ce qu'on attend des instances de la Justice.
Quid de la défense ? Ces criminels méritent-ils d'être défendus ?

Cette pièce a été adaptée au cinéma en 1994 par Polanski (magnifique film, que je refuse de revoir, comme tous les autres de ce réalisateur). J'ignorais alors que cette histoire s'adaptait si bien à lui. A travers la voix de Roberto, il plaiderait ni responsable ni coupable, et refuserait de se soumettre à un jugement ?

Le texte de la pièce – signé par Ariel Dorfman, militant des droits de l'homme argentino-chilien – reste néanmoins à découvrir, sans cette arrière-pensée désagréable d'une éventuelle 'récupération'...

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agenda211 mai