l'empreinte

The Fact of a Body, a Murder and a Memoir - 2017
traduit de l'anglais (US) par Héloïse Esquié
Sonatine, janvier 2019, 470 p.
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Cet ouvrage effroyable et brillant se résume en quelques mots : famille, pédophilie et meurtre, justice.

L'auteur, juriste de formation, confronte avec sincérité et minutie deux histoires : la sienne, et celle de Ricky Langley, un pédophile qui a tué un petit garçon de six ans en 1992.

Elle veut COMPRENDRE.
Comprendre ce qui lui est arrivé, à elle.
Comprendre l'histoire de Ricky Langley - histoire à laquelle elle s'est brûlé les ailes, et qui l'a fait renoncer à sa carrière d'avocate.
Comprendre la pédophilie, le passage à l'acte, la complicité par inertie de l'entourage, les failles de la société pour prendre efficacement en charge cette 'maladie', la possibilité de pardonner à ce genre de criminel.

Les talents de journaliste de l'auteur se déploient dans cet ouvrage riche, fouillé, aussi intime qu'universel.
Dans ce récit bouleversant, les réflexions de l'auteur en tant que victime et juriste bousculent le lecteur, parce que les faits sont sordides, monstrueux. Autant que m'a semblé l'être la machine judiciaire - avec les trois procès successifs et les manipulations des avocats.

La sagesse que l'auteur a acquise en travaillant sur ces deux histoires évoque Douze hommes en colère (pièce de Reginald Rose). J'admire.
J'ai aussi pensé à Avenue des Géants (Marc Dugain) où je parvenais à ressentir de l'empathie pour un serial killer, à Une si jolie petite fille (Gitta Sereny) et L'Affaire Jennifer Jones (Anne Cassidy), où les deux fillettes 'coupables' sont avant des tout victimes.
En lisant 'L'Empreinte', j'ai eu du mal à avoir des sentiments mesurés pour Ricky Langley, à cause de la tristesse, la colère, le dégoût et la haine qui me submergeaient.

« Il est probable que l'homme qu'on voit en Ricky dépend davantage de qui l'on est que de qui il est », dit Alexandria Marzano-Lesnevich à deux reprises.
Oui et non. Et toutes nos belles théories contre la peine de mort peuvent alors voler en éclats…

   ▪️ Merci à la traductrice, Héloïse Esquié, pour son travail et ses excellents choix.

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 9 > 11 juin - emprunt mdtk


     ■   EXTRAITS

   >>  Mes bras font la taille des poignets d'un enfant. Mes parents m'envoient consulter mon ancien pédiatre. Dans mon souvenir, il me dit qu'il faut vraiment que je mange, mais que je n'ai pas de problème majeur. Ça me paraît curieux, quand j'y repense, impossible, même. Qui irait dire à une jeune anorexique qu'elle n'a pas de problème majeur ? 

   >>  Ce n'est pas vrai. On le répète souvent, mais ce n'est pas vrai. La plupart des pédophiles, de même que la plupart des gens, n'ont pas subi d'abus sexuels dans leur enfance. Et rien n'indique que les individus qui en ont subi deviennent des pédophiles. Ce qui est vrai, c'est que le pourcentage de pédophiles ayant subi des abus sexuels est plus important que le même pourcentage parmi la population générale - mais même dans ce cas, la différence n'est pas énorme. J'ai une envie puissante de contredire cette allégation - mais je sais pourquoi. Parce que j'ai subi des abus sexuels. Suis-je vraiment condamnée à me sentir maudite, à me sentir démolie à ce point ?

  >>  Ce qu'il y a de compliqué dans ma relation avec la maison de mes parents, c'est justement que cette relation n'a jamais été sans contradictions. Il y a toujours eu de la souffrance. Il y a toujours eu de l'amour.