sauvages

Editions Thierry Magnier, 12 septembre 2018

lu par Mr

 ♥♥

Comme d'autres jeunes autochtones du Québec, Jonas a été arraché à sa famille alors qu'il était enfant, pour être envoyé dans un pensionnat. C'est ainsi que les colons tentaient d'imposer leur culture à ces « sauvages ». Il ne s'agissait pas seulement de leur apprendre la langue française mais aussi de leur inculquer la foi chrétienne. A la violence de la séparation pouvait s'ajouter celle de nombreux Blancs qui considéraient les autochtones comme des êtres inférieurs.

Dans soixante jours, Jonas aura seize ans et pourra quitter le pensionnat. Pour survivre pendant les années ayant suivi son arrivée au pensionnat, Jonas a dû apprendre à ne pas manifester sa révolte, à courber l'échine, à se replier sur lui-même, à paraître insensible aux injustices commises autour de lui contre les plus faibles.
Dans soixante jours, Jonas devrait à nouveau être libre.
N'est pas compter sans quelques imprévus ?

Ce récit d'aventures, même s'il est fictif, illustre bien la manière dont la colonisation du continent américain s'est effectuée. Les adolescents pourront aisément s'identifier aux personnages principaux, et être émus par leur sort. Comme les adultes, ils seront sensibilisés à ce volet de l'histoire du Québec.

En préambule, l'auteure explique qu'au Québec, des pensionnats pour amérindiens ont existé de 1825 à 1996, et qu'il fallut attendre 2015 pour qu'un Premier Ministre canadien présente au nom de l'Etat fédéral des excuses aux populations autochtones pour ce qu'elles avaient subi. Cette reconnaissance, aussi louable soit-elle, ne résout d'ailleurs pas les difficultés auxquelles sont confrontés leurs descendants, parmi lesquelles l'exploitation destructrice de leur milieu naturel…

   Merci à Babelio et aux éditions Thierry Magnier.

et Canel

♥♥

De l'acculturation du 'sauvage', au nom de la prétendue supériorité de l'homme blanc chrétien.

« Je ne parlais pas algonquin mais français. Je n'étais plus un Indien, mais je n'étais pas encore un Blanc. Je n'étais plus Jonas, mais un 'numéro'. »
Le Département des Affaires Indiennes a encouragé les internats pour autochtones pendant près de deux siècles pour favoriser leur « assimilation » (1827-1996). Ces institutions étaient destinées à scolariser et évangéliser les enfants autochtones pour qu'ils s'intègrent mieux. Cette pratique a été décrite comme le fait de « tuer l'indien dans l'enfant ».

Ce récit en est une terrible illustration, à travers l'histoire commune de deux adolescents, l'un Indien, l'autre Inuit.
Jonas et Gabriel auront bientôt seize ans, et quitteront alors ce pensionnat du 'Bois Vert' où ils sont entrés de force à dix ans, enlevés à leur famille, à leur environnement.
Petits, faut pas craquer. ♪♫
Pas dans la dernière ligne droite...

Si la série Harry Potter a pu donner envie à des jeunes d'être scolarisés en internat, ce roman en présente une vision cauchemardesque, qui rappelle ce qu'ont pu subir (et subissent encore ?) des enfants pris en charge par des religieux (hommes ou femmes) : anonymisation (nom remplacé par un numéro), 'rééducation' linguistique et spirituelle, privations, brimades, sévices corporels, parfois sexuels.

Le sujet est aussi intéressant que révoltant, et le récit évidemment bouleversant. Je regrette que l'auteur donne autant de place à l'action et à l'aventure, au détriment des sentiments des protagonistes et de leurs échanges.
Junior m'avait davantage touchée que Jonas.
Cf. Le premier qui pleure a perdu, de Sherman Alexie.

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