cadavre

Cadáver exquisito, 2017
traduit de l'espagnol (Argentine) par Margot Nguyen Béraud
aguFlammarion, 21 août 2019, 295 p.

 

     lu par Mr

        ♥♥♥♥♥

Il y avait le monde d'avant, tel que nous le connaissons.
Puis survint le Virus, qui rendit les animaux mortels pour l'Homme, notamment par la consommation de leur chair.
La 'Transition' occasionna l'avènement d'une nouvelle civilisation : la viande animale y est remplacée par de la chair humaine, prélevée sur des individus spécifiquement sélectionnés et élevés pour servir de nourriture aux autres. Surpopulation humaine et ressources alimentaires semblent ainsi facilement régulées !

Marcos Tejo travaille dans un abattoir. Bras droit de Grieg, le patron, il gère à sa place les relations avec le personnel et celles avec quelques clients importants. Son travail et sa vie sont devenus pesants pour lui. Il lui devient en effet difficile d'organiser l'abattage d'êtres qu'il voit de plus en plus comme des semblables…
-

schCe livre m'a fait penser au remarquable Dîner secret de Raphaël Montes, dans lequel des copains organisent la dégustation de plats à base de chair humaine pour quelques fortunés en quête de sensations.
cadMais le ton est ici sérieux du début à la fin, avec une réflexion profonde sur la manière dont les individus intègrent les valeurs de la société dans laquelle ils vivent, et sur la nature humaine. L'écriture rend tout à fait crédible l'histoire racontée ici, aussi décalée soit-elle. On ne peut pas rester indifférent, et l'on s'interroge nécessairement.

Dès les premières pages du roman vous saurez si vous l'appréciez ou non : la couleur et la tonalité y sont en effet annoncés dès le début. J'ai été accroché immédiatement, et la suite ne m'a pas déçu, jusqu'au dénouement choc.


-

    et Canel 

       ♥♥♥♥♥

Lire ce Cadavre exquis revient à regarder sans baisser les yeux et jusqu'au bout une vidéo de L214.
En transposant un tout petit peu : les animaux entassés, détenus en cage et abattus ici ne sont ni des porcs, ni des volailles, mais des hommes, des femmes, des enfants humains.
On les appelle des 'têtes' et on leur a coupé les cordes vocales, histoire de vaincre les résistances des consommateurs les plus sensibles :
« Certains mots dissimulent le monde. Il y a des mots convenables, hygiéniques. Légaux. »
-

rotuDans cette histoire de cannibalisme organisé, l'exploitation de l'homme par l'homme, poussée à son paroxysme, perturbe à plus d'un titre.
D'abord parce qu'elle pose la question de la hiérarchisation entre humains - qui existe déjà (cf. organisation du travail à l'échelle mondiale, prostitution, sort des plus précaires…).
Ensuite parce que toutes les pratiques relatées ici ne sont que la transposition du sort subi par les animaux, pour la recherche, les loisirs et évidemment la consommation de viande (le nec plus ultra étant la chair vivante ou celle de 'petit'). Cet aspect montre d'ailleurs à quel point la bouffe qu'on nous vend est malsaine et trafiquée - mais ça, ça serait presque un détail tant le reste du propos interpelle.
agu-

D'abord parasitée par les ressemblances entre cet ouvrage et Dîner secret (Raphael Montes), j'ai de plus en plus admiré la plume de l'auteur, son talent pour nous plonger dans ce portrait immonde d'une société en dérive et nous rendre le personnage central terriblement touchant dans ses ambivalences.

« Après tout, depuis que le monde est monde, nous nous mangeons les uns les autres. Quand ce n'est pas symboliquement, nous nous dévorons littéralement. La Transition nous a offert l'opportunité d'être moins hypocrites. » 

___

agenda2

 23 & 24 juillet - merci à Babelio et à Flammarion pour cette découverte en avant-première !


Traduction des différentes couvertures :

- en allemand : Wie die Schweine (Comme les Porcs)
- en finnois (Finlande) : Rotukarja (Bovins d'élevage ?)
- en néerlandais : Schitterend lichaam (Corps magnifique ?)
- en anglais (visuel non diponible) : Tender is the Flesh (Tendre est la chair ?)
-

 

°  rentrée 2019 ~ 01  °