paroles

Les Arènes BD, 6 septembre 2017, 106 p.

slim

♥♥♥♥

Parlez-moi d'amour
et dites-moi des choses tendres... ♪♫

Parlez-moi de sexe, ô femmes marocaines
et dites-moi des choses dures...
à entendre.


Leïla Slimani, auteur notamment de Chanson douce et du Jardin de l'Ogre a recueilli en 2015 des témoignages de Marocaines sur leur place dans la société, leurs rapports aux hommes, leur sexualité. Ce travail a fait l'objet d'un essai, Sexe et mensonges, adapté en BD - album intitulé Paroles d'honneur.

corynAvant de connaître l'origine de ce roman graphique, je me suis interrogée sur l'intérêt d'un tel support, puisqu'on y trouve essentiellement des dialogues et de longs textes, et qu'on s'y perd dans les personnages, trop ressemblants. Cela dit, une telle présentation a le mérite de toucher davantage de lecteurs : on lit plus volontiers une BD qu'un essai…

Comme dans Broderies, de Marjane Satrapi (Iran), les témoignages recueillis révèlent l'hypocrisie autour de la sexualité, dans certains pays musulmans, ou ailleurs - dieux et ses émissaires, quand vous prétendez avoir un droit de regard sur notre intimité féminine (masturbation, contraception, avortement…), en étant beaucoup moins sévères avec les hommes (sauf pour l'homosexualité).

Poids de la religion, de la tradition ? Quoi qu'il en soit, la « loi telle qu'elle existe et la morale telle qu'elle est transmise » au Maroc entravent la liberté féminine. Quant à l'homosexualité, la prostitution, l'adultère, ils sont censés ne pas exister. Et une femme 'qui couche' risque davantage d'être violée.

La virginité des femmes au mariage reste importante (y compris aux yeux des hommes élevés 'à l'occidentale') :
« Même si [les hommes] souffrent aussi de cette situation, eux, au moins, ils ont un menu et peuvent faire un choix 'à la carte' :
- pas vierges : celles avec qui ils baisent
- vierges : celles qu'ils épousent. »

Le célibat au féminin est mal vu. La 'vertu' des femmes est un principe.
« Quand tu vois ta femme comme une machine à procréer, qui n'est pas censée éprouver de plaisir, et dont le corps est quasiment ta propriété, comment veux-tu avoir un rapport sain à la sexualité ? »
« Avant d'être un individu, une femme est une mère, une soeur, une épouse, une fille, garante de l'honneur familial, et, pire encore, de l'identité nationale, sa vertu est un enjeu public. »

En conclusion, pour espérer que les mentalités évoluent :
« Nous ne pouvons plus nous permettre d'ignorer la réalité sous prétexte qu'elle n'est pas conforme à la religion, à la loi, ou tout simplement à l'image que nous voudrions donner de nous-mêmes. »

Instructif et forcément révoltant.

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