une vie de

MARAbulles, 2 octobre 2019, 208 p.

♥♥♥♥ 

Est-ce que la laideur condamne à une vie de m3rde ?
Et d'abord, c'est quoi, être moche ?

Guylaine et son voisin Gilles jouent beaucoup ensemble.
Guylaine est une fillette jouasse, insouciante. Jusqu'au jour où un petit con la traite de moche. Il ne lui dit pas qu'elle est laide, non, mais comme c'est le genre à ne jouer qu'avec des petits mâles, il l'exclut en disant à Gilles : 'Non, pas la moche'.
Voilà, il n'en faut pas plus à Guylaine pour se sentir vilaine, pleine de défauts, et se ratatiner, raser les murs, s'exclure. Et donc tirer la gueule et, partant, s'enlaidir et se rendre antipathique. Cercle vicieux.

Pour comprendre la réaction de Guylaine, j'ai cherché des exemples autour de moi, de mon enfance et mon adolescence à celles de mes enfants et de leurs camarades d'école. Et cette histoire ne me convainc pas tout à fait.
En revanche, je vois tout à fait les dégâts que provoque la sensation de laideur. Mais elle est rarement objective, et les enfants/ados les plus harcelés, les moins bien dans leur peau ne sont pas forcément les plus 'moches'. Les critères d'exclusion sont beaucoup plus subtils et donc vicieux, difficiles à combattre - statut social, différence, confiance en soi, etc.

Ce qui est intéressant dans cette histoire, ce n'est donc pas le problème de la 'laideur', mais celui de la perception de soi, de son corps, et de la place qu'on s'autorise à prendre dans la société en fonction de cette image (en se donnant parfois de fausses excuses pour se mettre en retrait).
Les parents ont un rôle à jouer aussi, mais il est vrai que Guylaine est d'une génération et d'un milieu social (les miens, grosso modo) où l'on ne disait pas à un enfant qu'il était beau, ça risquait de le rendre 'prétentieux'.

Au-delà de l'histoire de Guylaine, le contexte social présenté est très intéressant : dégâts de la TV, de la mode, des stars et paillettes à partir du milieu des années 1970, et de la pub - où les yaourts, shampoings, frigos semblent réservés aux 'belles'. Et d'autres diktats : une femme ne peut être heureuse qu'en couple.

Bref, l'album est riche de réflexions sur l'apparence, la notion de féminité, de confiance en soi. Il mérite donc d'être lu, et partagé, notamment avec les ados, pour en discuter : pourquoi veut-on être 'beau' ? Pour séduire, avoir des amis ? Alors il faut savoir que ce qui compte, c'est plutôt le charme, le sourire, l'attitude, l'humour, l'écoute, etc.
En plus, si les hommes sont vraiment tous des porcs, mieux vaut passer un peu inaperçue dans la rue, quitte à s'enlaidir, tiens. Décidément, c'est compliqué d'être une femme, en France 😉- mais beaucoup moins qu'au Maroc 😕 (voir Paroles d'honneur, Leïla Slimani & Laetitia Coryn).

___

agenda2

26 oct. - merci à Babelio et à MARAbulles !-