et tu te

1e parution : éditions Thierry Magnier, 2008
msrActes Sud, Babel, 2 octobre 2019

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« Dieu est Amour, Dieu est Lumière. » ♪♫
Pas pour tout le monde.

Dans l'album Paroles d'honneur (Leila Slimani & Laetitia Coryn), la religion au Maroc est associée à la peur - au moins pour les femmes.
Et dans ce roman de Marie-Sabine Roger, Dieu est rigueur, austérité, punition, ténèbres, mystère.

Comme sa mère et le reste de la fratrie, la jeune narratrice, petite Française des années 50-60, est écrasée par la tyrannie d'un père intégriste :
« Tu ne nous éduques pas, tu nous dresses.
Tu ne nous élèves pas. Tu nous rabaisses. »

Quand le père est là, on ne joue pas, ça fait du bruit ; on ne parle pas, les propos d'un enfant sont 'oiseux' ; on ne pose pas de questions, 'tout est mystère', c'est Dieu qui le veut, Amen !
Et on prie.
La mère rase les murs, ne s'autorise à chanter et rire que lorsque le père s'absente quelques jours.
La vie change, le soleil entre, enfin.

Intelligente et curieuse, la petite interprète à sa façon, décortique les paradoxes, se rebiffe en douce, sait qu'elle se démarquera de cette voie.
Avec ce 'tu' accusateur, lourd d'incompréhension et de déception, elle s'adresse à son père. Et indirectement à ce Dieu qui fait barrage à l'amour, à la vie. On reconnaît le Dieu de l'Ancien Testament, sadique, sans pitié, vengeur, qui distribue des 'épreuves' - tel que l'Eglise l'a présenté à de nombreuses générations avant nous (et à tous les 'fidèles', pas seulement aux 'intégristes').
« Pendant qu'un Abraham, ivre de sacrifices, Offre à son dieu vengeur les sanglots de son fils. » ♪♫ (Hubert-Félix Thiéfaine, Demain les Kids, 1990).*

Superbe texte, percutant, avec des paroles et questionnements d'enfant auxquels on croit (c'est rare).

J'ai plus ou moins apprécié les comédies de Marie-Sabine Roger. En revanche, cette auteur me touche lorsqu'elle s'empare de sujets graves.
Pour la découvrir dans ce registre, lire : Les encombrants, Attention fragiles, Un simple viol...
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   ■  Quelques extraits :

   « La foi, entre les mains d'un homme comme toi, c'est une arme de poing.
      Une arme blanche.
      Elle fait infiniment plus de mal que de bien. »

   « Je déteste ton Dieu rigide, s'Il ne t'a pas donné la force d'être faible,
      ni de prendre un instant ma mère dans tes bras. »


   « La charité chrétienne, c'est répondre 'courage !' à quelqu'un qui vient chercher secours.
      Et puis fermer sa porte, à double tour. »

   « Je sais déjà que dureté ne veut pas dire force. J'aurais besoin d'un autre père, plus sensible,
      qui n'ait pas honte de ses larmes et soit capable d'en verser. Un père qui me montre ce que
      c'est qu'être humain, et me fasse grandir, de le savoir faillible. »

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