reclusesLa Table Ronde, coll. La petite Vermillon, 15 mars 2018, 224 p.

La fille en jaune est morte, en tuant.
Ou a tué, en mourant.
Elle a tué celui que Suzanne aimait plus que tout au monde, Polo.

Suzanne reconstitue la courte vie de la fille en jaune, entre Lyon, Marseille, les Landes, entre une école de management, la famille Korps, et les dernières fréquentations de Zora, cette jeune kamikaze de dix-neuf ans.
« Elle dit que son histoire l'intéresse. Elle dit qu'elle voudrait comprendre, en faire quelque chose. »

Après avoir lu Les mauvaises de Séverine Chevalier, je m'attendais (j'espérais) le même style d'écriture, si intense.
Recluses est son premier roman publié ; il est assez différent par la forme, mais le propos est aussi sombre. L'auteur nous raconte une histoire douloureuse, sur fond de road-trip, de quêtes identitaires et de jeux de miroirs autour de personnages en marge, détruits/destructeurs.

J'ai eu des moments de doute, de léger découragement à la lecture, lorsque l'intrigue se complique, que les personnages se (dé)multiplient. Je me suis demandé si l'auteur savait où elle allait, si elle n'était pas en train de digresser n'importe comment, dans le simple but de brouiller les pistes.
Non, l'idée n'est pas de faire du 'polar efficace' à coup de grosses ficelles - pas le genre de Séverine Chevalier. Et comme le dit si bien Jérôme Leroy en préface : ce roman choral est « à l'image [d'un] corps déchiqueté, éclaté et parcellaire, raconté de différents points de vue dont aucun ne peut rendre compte totalement de la vérité puisque, dans un bon roman noir, il n'y a pas de vérité. »
Pas de vérité, et donc pas de réponse à des 'Pourquoi ?' assourdissants, comme souvent dans la vraie vie...

Le cheminement de l'histoire m'a fait penser à des contes initiatiques (tel que Hansel & Gretel qui m'angoisse autant qu'il me fascine). L'intelligence du propos et la "présence" des protagonistes - y compris les plus en retrait - me rappellent quant à elles le talentueux et regretté Thierry Jonquet.
Mais la voix de Séverine Chevalier, faite d'explosions et de silences, est unique, tout comme la touche de couleur de ses histoires si noires (une robe jaune ici, une orange dans Les Mauvaises).

Je poursuis ma découverte avec Clouer l'ouest.

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13 > 16 déc.