robinDelcourt / Mirages, avril 2019, 120 p.

L'idée fait penser au terrible Sukkwan Island (David Vann) : un père part sur une île 'lointaine et minuscule' avec son fils de treize ans. Il renonce au confort de la civilisation occidentale. Pour combien de temps ? Il n'en sait rien. Il n'a pas pris de billet retour, il a prévu une quinzaine de bouquins, et c'est tout.
Sauf que :
- l'île se situe au large de Madagascar, il y a pire comme climat - quoique...
- elle est habitée par une population autochtone très accueillante, et nos deux 'aventuriers' n'ont pas à retrousser leurs manches pour assurer le vivre et le couvert, ils logent dans un petit bungalow ;
- le père a bien quelques accès de déprime, à se demander ce qu'il fout là, mais rien à voir avec celui de Sukkwan Island ;
- le fils était ravi de venir, il s'intègre parfaitement, s'éclate avec des ami(e)s de son âge, apprend la plongée, et s'entend bien avec les adultes du coin. Tellement bien qu'il laisse souvent son père en rade, et c'est lui qui boude. Les rôles s'inversent : le gosse capricieux et mesquin, c'est le papa.

Tronchet nous avait habitués à la lourdeur beauf des aventures de JC Tergal et de R. Calbuth. Pas mal de lose et d'autodérision, ici aussi, mais le propos est plus fin, plus tendre... Des réflexions intéressantes sur les relations père-fils, l'adolescence, l'oisiveté (honteuse, quand on est descendants de mineurs du Nord), des anecdotes sur la faune, la flore, et les coutumes locales. Le petit plus : quelques pages du journal du fils, en dessins.

Sur l'adolescence, le père se fourre le doigt dans l'oeil profond s'il pense que la 'mue' ne dure que quelques mois, autour de treize ans, et que si ce passage s'est fait sans trop de heurts, c'est tout bon, c'est gagné...
Par contre, Tronchet met bien en évidence les attitudes à adopter pour laisser son petit devenir grand : respecter son rythme, sa pudeur, ses humeurs, son mutisme ; accepter qu'il choisisse d'autres adultes comme référents et guides.
« L'enfance, c'est une succession de crimes. Le petit enfant tue le bébé qu'il était, puis l'ado tue l'enfant, enfin le jeune tue l'ado. Les parents doivent assister à ces meurtres successifs en aimant autant l'assassin que sa victime. »

Le 'Tronchet nouveau' est à découvrir (voir aussi Le fils du Yéti), pour ceux qui étaient restés sur le ton des Tergal & des Calbuth, et pour ceux qui ne le connaissaient pas. Et tant pis si le graphisme est toujours aussi peu accueillant.

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