la roya

L'Association Éditions, Esperluette, 19 avril 2018, 112 p.

Pour une version courte et pas politisée, commence à (1) et arrête-toi aux pointillés. Tu peux même découper ton écran bien droit, grâce à eux !

Pour un avis long et bourré d'extraits, de témoignages, va directement au (2), et si ça te parle, ne t'arrête surtout pas là. Lis cette BD dans la foulée. Parce que tu peux avoir l'impression que j'ai tout recopié comme une feignasse au lieu de faire un billet avec mes mots à moi, mais non, loin de là. Les auteurs et ceux qu'ils ont rencontrés ont plein de choses à nous dire, à nous apprendre.

(1)

Dans ce livre, il y a des gens noirs qui sont partis de chez eux, et des gens blancs qui les aident. Ça se passe à la frontière franco-italienne. Pourquoi tout ce bazar ? Soit ils ont le droit de venir et ils viennent, les étrangers ; soit ils n'ont pas le droit et ils ne viennent pas - pas 'chez nous'.
Y a aussi des policiers (souvent contre les Noirs, mais pas toujours) et des Vikings (toujours gentils avec les Noirs).
Sinon, c'est bien dessiné, et Menton, ça a l'air joli. J'ai colorié quand y avait la mer et le soleil et les montagnes, parce que du noir et blanc, c'est trop triste pour des beaux paysages comme ça.

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(2)

« Menton : le bonheur, dessiner. Troubs est sur une barque au milieu d'une mer de solitude intérieure. Dans son dos, il y a une falaise, des fils de fer barbelés, des hommes qui se noient. »

« Ils arrivent d'ici, et ce ne sont pas les premiers. Il y a eu nous, les Italiens, les Juifs, ceux de l'ex-Yougoslavie, les Tunisiens... »

« Qui peut croire qu'on peut empêcher le déplacement des humains ? »

Oui, hein, qui peut croire ça !? Notamment parmi ceux qui s'indignent depuis plus de 70 ans contre la Shoah. Les autres, je les exclus d'emblée, leur cas est désespéré.
C'est ce qui se passe dans les Alpes, pourtant. Souvenons-nous des petits activistes blondinets de Génération Identitaire.*

Et bien sûr, au niveau du gouvernement :
« La formule célèbre de M. Rocard, sur 'la France qui ne peut pas accueillir toute la misère du monde' - formule reprise récemment par M. Macron, pour justifier une politique de grande fermeté à l'égard des migrants économiques - est d'abord un total non-sens, si l'on pense à la proportion de réfugiés que comptent de petits pays comme le Liban ou la Jordanie. C'est surtout un déni d'humanité insupportable. » (JMG Le Clézio, préface)

Les auteurs, Baudoin & Troubs, sont allés en 2017 du côté de la vallée de la Roya, où habite Cédric Herrou, ce formidable monsieur qui s'est fait arrêter plusieurs fois pour avoir aidé des migrants à traverser la frontière.
Il n'est pas tout seul, dans le coin, à être sympa : on peut aussi voir Jacques (voir blog Jacques Perreux), un curé, un médecin, René Dahon, les 'Vikings' (qui « donnent et n'attendent rien en retour, ça réconcilie avec l'humanité »), Claudine et son ami agriculteur bio, Irène, Hubert Jourdan. Et tous ces bénévoles de 'Roya citoyenne' ou d'autres associations, ainsi que tous les petits gestes ponctuels. Et ça réchauffe le coeur, tout ça.

Pourquoi font-ils ça, ces gens ? Est-ce si naturel d'aider son prochain, quand, dans les villes, tout est fait pour dissuader les SDF ('de souche' ou migrants) de s'installer dehors, sans proposer de solution digne (mobilier urbain empêchant de s'allonger, camps démantelés, espaces verts barricadés...) ?

       * * * * * * * *   beaucoup d'extraits   * * * * * * * * * * * * * * * *

Les auteurs ont interrogé quelques personnes qui aident :

- Delia : C'est à cause de mes parents, ils m'ont élevée comme ça.
- Nazario : (...) pour aider, pour être avec ceux qui aident, avec l'humanité. Il faut revenir à l'homme et ses libertés primordiales.
- Jacques : Dans le village planétaire, chacun devrait être libre de s'installer où il veut.
- Andrée : J'ai deux raisons pour faire ce que je fais. Depuis toute petite j'ai eu le désir d'aider. Il n'a pas cessé de croître. Et puis j'ai eu une fille handicapée, alors ouvrir les bras est devenu ma vie.
- Claudine : Je me demande pourquoi les autres ne le font pas. Mais peut-être qu'on peut dire que je le fais parce que mon père était juif roumain, qu'il a été caché pendant la guerre, qu'il a perdu ses parents dans un camp. Il n'en parlait pas, je l'ai découvert à l'adolescence. On peut dire que c'est une raison.
- Pascal, photographe : Parce que quand ça a commencé, je vivais à Breil, ma fille avait deux ans. Je veux un monde bien pour elle, qu'elle soit fière de son père.
- François-Xavier, dit 'Tchoi', prêtre : Je suis vivant aujourd'hui. Je croise des vivants, alors je leur souris. Je suis l'aîné de 8 enfants, j'ai toujours l'instinct de protéger les autres. (...) J'estime qu'on a le droit de se révolter quand on pense qu'une loi n'est pas juste.

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Baudoin & Troubs ont également échangé avec des migrants, après avoir instauré un rapport de confiance (je te dessine, et je t'écoute : donne-moi tes mots, je les partagerai) essentiellement des hommes jeunes, originaires du Cameroun et du Soudan.
Ils sont épuisés moralement et physiquement, le trajet a été long, ils ont subi là-bas ou en route viol, torture, esclavage. Ils ont besoin de répit, de repos, de manger, de se loger, d'être traités dignement et chaleureusement (vous connaissez la pyramide des besoins de Maslow), d'apprendre la langue, avant de pouvoir démarrer la nouvelle vie dont ils ont rêvé.

A ceux qui se sentent 'envahis' : on peut regarder l'histoire coloniale de pays d'Afrique et d'Asie, le bordel que nous, les Européens y avons mis... ARTE diffuse une série très intéressante en trois parties sur le sujet depuis hier 'Décolonisations' (7, 14 et 21 janvier, ou en replay).
Et que l'Occident y met encore, notamment pour SES matières premières, SON alimentation...

Lire aussi lire Paris-Venise (F. Oiseau), Douce France (Karine Tuil), Village global (BD de Geffroy & Dessault), etc.
Voir le film 'Les Invisibles' (sur les laissés pour compte, même 'de souche', dont certains populistes prétendent se préoccuper pour légitimer le refus de l'immigration).


  * https://www.liberation.fr/france/2018/04/22/chasse-aux-migrants-dans-les-alpes-les-xenophobes-au-sommet_1645146

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agenda2

2 déc. - emprunt mdtk

 

Je ne sais pas trop de quoi il parle, Cali(méro) avec cette chanson,
mais ça me semble bien coller avec cet admirable esprit de 'nos Justes' du XXIe siècle.