la petite conformiste

ingrPhilippe Rey, 22 août 2019, 188 p.

  ■  lu par Mr

    

« Je suis née d'une levrette, les genoux de ma mère calés sur un tapis en peau de vache synthétique. »
Ce n'est pas mon cas, puisque les peaux de vaches que possédaient mes parents étaient sur le dos de leurs propriétaires, elles-mêmes dans l'étable ou paissant dans les prés. A propos de dos, au moment de ma conception, je suppose que celui de ma mère était sur un matelas à ressorts, à 50 mètres d'un troupeau de vaches. Loin de moi la prétention d'imiter Hugo, pas plus l'auteur que le chroniqueur de Babelio, mais je constate que ce roman m'amène à me poser des questions pré-existentielles…

La première phrase de ma chronique, débute ce roman et en donne fidèlement le ton. Pas celui de la vulgarité - il n'y a en pas dans ce livre - mais un ton détaché et plein d'humour, avec lequel Ingrig Seyman raconte la tragédie que furent les dernières années d'enfance d'Esther.

L'histoire se déroule à la fin des années 1970.
Ce récit montre qu'en France la fracture sociale n'est pas une nouveauté, même si d'autres mots la désignaient, comme « lutte des classes » pour les adeptes d'interprétations simplistes de nos sociétés, ceux-là même qui n'aspirent qu'à imiter les plus riches qu'ils dénigrent tant. Esther souffre en effet des différences sociales entre sa famille et celles de son environnement scolaire. Ce n'est malheureusement pas son seul motif de souffrances psychologiques.

Cette tragi-comédie mêle habilement humour et gravité, pour le grand plaisir du lecteur.

o  O  o

    et Canel

    

Pour parodier un titre de film : tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents... conformistes.
Comme la plupart des enfants, la petite Esther rêve de 'normalité', de stabilité.
Sage, pudique, discrète, elle est terriblement gênée par la nudité de ses parents à la maison, leurs ébats du dimanche après-midi dans le salon devant 'L'Ecole des Fans', et leurs crêpages de chignon fréquents...
Esprit soixante-huitard es-tu là ? Oui, chez les Dahan, en ces années 70-80.
Cela dit, le père présente un curieux mélange de lâcher-prise peace & love et de rigueur maniaque. Descendant de juifs pieds-noirs, toujours nu chez lui, petit banquier BCBG dehors, il fait des listes, les récite, à l'envers, à l'endroit, astique les meubles inlassablement, s'avère claustrophobe, hypocondriaque, tyrannique. Un doux dingue, finalement pas si doux. En tout cas assez flippant pour sa femme et leurs enfants, témoins de scènes de plus en plus surréalistes.

Cette histoire tragicomique m'a fait penser à l'excellent roman 'La vraie vie' (Adeline Dieudonné). Et, dans une moindre mesure, à Interdit (Karine Tuil) et Profession du père (Sorj Chalandon).
Si l'ambiance est pesante lorsque la fillette redoute les crises paternelles et l'image donnée à l'extérieur, le ton pertinent et plein d'humour est particulièrement réjouissant, notamment lorsqu'il est question de choc des cultures.

L'auteur nous immerge dans 'nos' années d'enfance (1970-1980's), alors que les notions de gauche et de droite étaient (apparemment) moins floues, que Mitterrand apparaissait comme le sauveur, et que certains précurseurs, traumatisés par une éducation religieuse, s'affranchissaient 'déjà' de la religion catholique.

Ce drame familial est une preuve supplémentaire que dans tous les milieux, (presque) Toutes les familles sont psychotiques, comme dirait Douglas Coupland (titre d'un roman de 2002).

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