dans la gueule deRobert Laffont, 6 février 2014, 312 p.

« Il n'est nullement nécessaire d'avoir un coeur mauvais pour causer de grands maux. » Hannah Arendt (in 'Considérations morales')

Nous sommes à Liège en 1943. La menace nazie grandit pour les Juifs résidant en Belgique, et des 'Justes' s'organisent pour les cacher. Parmi eux, une organisation catholique. Grâce à ce réseau, la petite Annette/Hanna est placée chez des religieuses, Grégoire/Volko exerce clandestinement ses talents de tailleur chez une veuve, et Nicole/Fannia est accueillie dans une famille de notaires... Et ces trois membres d'une même famille peuvent même se réunir furtivement, chaque mercredi.

Dans ce roman brillant, Armel Job prouve de nouveau sa sensibilité et sa finesse. Malgré le contexte décrit, les protagonistes sont pour la plupart nuancés, leurs ambivalences évidentes. Chacun peut être capable du meilleur (par altruisme) et du pire - par bêtise, jalousie, égoïsme, calcul, ou simplement pour sa survie...

La postface passionnante de Frédéric Saenen nous apprend qu'Armel Job est le premier auteur à évoquer cette organisation catholique d'entraide.
Cette forme de résistance généreuse contraste avec l'image des hautes instances catholiques - le Pape Pie XII en tête - complices muettes du génocide juif, montrée par le film 'Amen' de Costa-Gavras (2002).
Les puissants de ce monde (religieux, politiques, industriels...), ne peuvent, par définition, sauver l'humanité en péril :
« Jamais, nulle part, il ne faut se fier au pouvoir, ni maintenant ni plus tard. Le pouvoir corrompt infailliblement. Quiconque, si généreux soit-il, met le pied dans le marécage public ne peut prétendre en ressortir net. Il n'y a que des inconnus ça et là en qui l'on puisse espérer (...). Les obscurs ont toujours sauvé les meubles. Ils sont l'honneur de l'humanité que les honorables ne cessent de déshonorer. »

Voilà qui résonne particulièrement en cette période agitée où l'on ne sait à qui se fier parmi ceux qui prêchent la bonne parole, où l'on peut se découvrir des défauts dont on se croyait exempt, où l'on voit des nouveaux 'Justes' continuer à oeuvrer pour l'accueil des migrants - merci à ceux de Nantes, en particulier, qui bataillent encore plus depuis mi-mars contre l'absurdité et la passivité des pouvoirs publics.

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