nirliit

juliLa Peuplade, 6 octobre 2015, 173 p.
Folio, 6 février 2020, 185 p.

Salluit, « un nid de misère parfait pour nourrir une criminalité florissante et rafler année après année le titre de communauté la plus violente du Nunavik. »

La narratrice vit à Montréal.
Chaque été, elle rejoint le grand Nord pour s'occuper d'enfants à Salluit, un village canadien inuit, pourri depuis plusieurs décennies par la colonisation économique occidentale, à l'instar des communautés indiennes aux Etats-Unis.

Les populations locales ont été dépossédées de leur mode de vie ; le supermarché de la malbouffe a remplacé la chasse et la pêche traditionnelle ; le chômage, l'alcool, les armes et la promiscuité dans des logements exigus font des ravages. Bagarres, accidents mortels, viols, suicides...

salluitL'auteur rend bien compte de la misère, de la violence, du n'importe-quoi : les enfants qui traînent dehors, qui sont à tout le monde donc mal pris en charge, qui décrochent de l'école dès dix-onze ans ; les gamines dont le destin bascule à l'aube de l'adolescence, au gré d'une grossesse (avec un local ou un 'blanc' venu travailler pour la saison), qui sombrent dans l'alcool, la drogue...

Mais l'ouvrage, bien que court, devient vite redondant, et l'on se perd parmi tous les personnages.
S'il s'agit de montrer que tout le monde est voué au même sort sinistre, c'est réussi.
C'est quand même dommage pour le lecteur. Je n'ai pas compris qui était Eva, ce qui lui était arrivé, et je me suis souvent égarée dans les tourments d'Elijah, de la femme qu'il aime, de l'homme que celle-ci aime mais qui en aime finalement une autre, dans le Sud...

Moins immersif, le témoignage de Julien Blanc-Gras sur son séjour en Arctique (Briser la glace) me semble tout aussi édifiant, montrant bien également la misère et la violence induits par 'l'homme blanc' pour son profit, quand il détruit tout mais prétend réparer avec du fric ou des gadgets.

« [Elle] prie pour opposer la force de Dieu à celle puissante et autodestructrice des hommes de son pays, au suicide collectif à petites doses, à l'autogénocide programmé. »

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17 & 18 mai