l'empathieRobert Laffont, 2019
renandPocket, 13 février 2020, 490 p.

Viols, meurtres, surenchère de violences diverses (conjugales, familiales, carcérales).
Thriller sensationnaliste qui reprend des sujets qui cartonnent ?
Le sous-titre racoleur sur la première de couverture peut laisser craindre un best-seller formaté, essentiellement destiné à empêcher le lecteur de dormir (fenêtre ouverte - dommage, la canicule arrive).

La lecture est aisée et très agréable, grâce aux talents de conteur d'Antoine Renand, et à la construction impeccable du roman.
Et si cette histoire peut retarder l'endormissement, c'est aussi (et surtout) parce qu'elle nous offre bien plus que les frissons d'un polar banal, en nous faisant cogiter.
L'ouvrage foisonne de questionnements pertinents sur la criminalité, le destin des victimes, et sur la justice - motivations des avocats, notamment, qui défendent des 'monstres'.
« Elle défendait corps et âme, avec fougue, avec hargne, des hommes et des femmes de tous horizons. Elle ne faisait pas de tri, ne se pinçait pas le nez devant quelque affaire trop épouvantable ou immorale. Le droit n'était pas de la morale. S'étonnait-on qu'un médecin soigne un meurtrier ou un violeur ? Les avocats, comme les médecins, prêtent serment. La mission de l'avocat est de se battre pour que tout coupable soit condamné à une peine juste. »

L'auteur est doué pour mettre en scène des personnages contrastés, tous en proie au Mal, en tant que victime et/ou prédateur-bourreau.
On le découvre peu à peu, en remontant l'histoire de chacun des protagonistes.
La confrontation entre un repenti et "le Diable" m'a particulièrement interpellée.

On se pose donc des questions sur la responsabilité des violeurs et serial killers récidivistes, leur 'morale', leur notion du bien et du mal, et leur faculté d'empathie, justement, comme l'indique le titre.
Autant de sujets qui me passionnent. Et d'autres en prime, ici, qui m'intéressent autant : relations entre parent et enfant adulte, secrets de famille pour préserver la respectabilité des uns et des autres, adolescence...
Par tous ces aspects, l'ouvrage m'a souvent rappelé Les choses humaines de Karine Tuil.

Excellent.

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