professionLes Escales éditions, Témoins du Monde, 4 juin 2020, 128 p.

Médecin, Jean-François Corty se consacre à l'humanitaire depuis la fin de ses études, en 2000. Il faut dire que ses deux héros d'adolescence étaient Rony Brauman et Bernard Kouchner – le ministre sexy * au sac de riz sur l'épaule, pour toi, Sooomaaaliiie... ♪♫
Cette seconde statue, il l'a bien vite déboulonnée.

Avec le scénariste Jérémie Dres et l'illustratrice Marie-Ange Rousseau, il évoque succinctement dans cet album ses missions dans des pays en guerre (Erythrée, Afghanistan, Niger, Iran...), et ses actions en France
- pour l'accueil des réfugiés de ces zones sinistrées, et des Roms
- pour tisser un réseau autour des 'oubliés des campagnes' où l'offre de soins s'étiole.

Sa vision est intéressante, opposant l'humanitaire indépendant, autonome, désintéressé et proche du terrain à celui intégré aux appareils d'Etat, instrumentalisé et souvent inadapté.
JF Corty souligne également le rôle fallacieux des médias qui pointent micros et caméras selon l'image que nous devons avoir des problèmes :

  • « Ma deuxième mission a lieu en Afghanistan en 2001, au lendemain des attentats du 11 septembre, avec les Américains qui envahissent le pays pour retrouver Ben Laden. Je me retrouve sur un théâtre de guerre hyper médiatisé, entouré d'une multitude d'ONG avec de gros moyens. La parfaite collusion du militaro-humanitaire. »
  • « Avril 2002, MSF m'envoie au Niger pour intervenir sur un programme de malnutrition. (…) Ce qui me frappe d'emblée : alors que les problèmes humanitaires battent leur plein en Afghanistan, personne ne parle du Niger. Pourtant, en face de moi, je vois beaucoup d'enfants mourir de malnutrition. Il y a beaucoup plus de morts qu'en Afghanistan. Je réalise le décalage entre l'urgence de certaines situations et l'agenda médiatique et politique. »

Voilà qui me conforte dans l'idée de préférer les circuits courts et les associations locales aux grosses organisations (qui recèlent forcément quelques brebis galeuses, même lorsqu'elles parviennent à rester indépendantes).
L'occasion de rappeler ici tous les mérites de l'asso nantaise L'Autre Cantine en faveur des réfugiés (repas, vêtements, logement, hygiène et soin, apprentissage du français...).
[ https://www.facebook.com/lautrecantinenantes/ ]

Le dessin net, les propos clairs et variés rendent cet album intéressant et didactique.

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agenda224 juin


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* voir la page Wiki, à propos de cette opération 'Du riz pour la Somalie', qui pourrait amuser si ce n'était pas si tragique...

rizL'opération « Du riz pour la Somalie » est un programme d'aide humanitaire français lancé en 1992 par Bernard Kouchner, alors ministre de la santé du gouvernement Bérégovoy. Elle était destinée à apporter de la nourriture aux habitants de Somalie touchés par la famine. En parallèle, s'est déroulée une opération de sensibilisation de la jeunesse française à l'action humanitaire (« Les enfants de France pour la Somalie »), où l'on demandait aux enfants d'apporter un kilo de riz chacun dans leur école, collège ou lycée. Ces dons devaient ensuite être acheminés vers la Corne de l'Afrique.

 •  Contexte

Après la chute du président Siyaad Barre en janvier 1991, la Somalie sombre dans la guerre civile. La crise est aggravée par trois facteurs : une sécheresse prolongée, la désorganisation complète des infrastructures du pays, qui ne permet pas de secourir les populations en détresse, et la volonté de plusieurs parties au conflit de bloquer les secours en direction de leurs adversaires. Ainsi, en plus des victimes directes de la guerre, la famine se répand dans le pays, elle entraînera entre 300 000 et 500 000 morts. L'ONU décide alors d'une opération de maintien de la paix (ONUSOM I) afin de faire respecter le cessez-le-feu accepté par les différentes parties et de permettre l'acheminement de l'aide humanitaire.

Bernard Kouchner, alors ministre de la santé d'un gouvernement socialiste, décide d'impliquer la France dans cette crise en portant assistance à la population de ce pays. Cofondateur de Médecins sans frontières puis de Médecins du monde, Kouchner est un défenseur du droit d'ingérence.

 •  Modalités de l'opération

Le 20 octobre 1992, les élèves de 74 000 établissements scolaires français sont invités à participer à cette opération en apportant chacun un kilo de riz à l'école. La collecte s'effectue avec l'aide du ministère de l’Éducation nationale alors dirigé par Jack Lang et le concours gracieux de la SNCF, de La Poste et de l'UNICEF. Selon le ministère de l'éducation, environ 9 300 tonnes de riz sont collectées. Les dons sont envoyés à Marseille d'où deux cargos, le Tadorne et la Briantais, les acheminent vers la Somalie à partir de Novembre 1992.

Bernard Kouchner se rend sur place le 5 décembre 1992 pour s'assurer du bon déroulement des opérations de distribution. Sa venue est très médiatisée. Devant les journalistes de France 2 et TF1 le French doctor, pantalon retroussé et pieds dans l'eau porte un sac de riz vers la plage. Ce geste est resté l'un des « plus célébres et controversés » du ministre. Par la suite, Les Guignols de l'info parodieront la scène en présentant systématiquement Kouchner un sac de riz à l'épaule.

Le principe de l'opération est remis en cause par certains professionnels de l'humanitaire qui pointent le coût de cette initiative par rapport à une aide financière directe, les détournements ou encore les temps de cuissons différents des riz collectés.