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guériDelcourt, Mirages, 28 août 2019, 96 p.

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« Quand je pense qu'il y a quelques années, Erasme avait écrit à propos des Strasbourgeois : 'La discipline des Romains, la sagesse des Athéniens et la sobriété des Spartiates.' » (p. 23)
Plus rien de cette dignité en 1518 dans la population, chez les 'gueux' (sic).
Après quatre années d'intempéries à Strasbourg, les habitants souffrent de la faim, au point de noyer les bébés pour abréger leurs souffrances, et de manger leurs enfants. Un mal étrange gagne ensuite certains : ils dansent, de manière frénétique et incontrôlable, des jours durant.

Les grandes instances sont perplexes.
Un médecin est formel : il ne s'agit pas d'épilepsie. Pas non plus d'hystérie, réservée aux femmes. CQFD.
L'astrologue ne se mouille pas, expliquant les faits par une « mauvaise conjonction des astres, un néfaste alignement des étoiles ».
L'église sait comment y mettre un terme : « des chaussons de fer chauffés à blanc, ça va les calmer. » Car chez ces gens-là, monsieur, on ne réfléchit pas, on menace, on punit, on fait payer. « Chercher à comprendre constitue une atteinte blasphématoire à la sphère divine ! » Soit...

L'album est signé Richard Guérineau, d'après Jean Teulé.
Je ne sais pas s'il a repris certaines des phrases du texte éponyme, mais on reconnaît la patte de Teulé : anecdotes historiques et cruelles, anti-cléricalisme - ceci illustré de scènes et de propos crus, qui allègent le côté dramatique, mais dont l'accumulation est lourde dans certains romans.
L'inscription de cette page d'Histoire dans des menaces de guerres de religions (musulmans au sud, et luthériens à l'est) est également intéressante.
J'ai admiré le dessin de Guérineau : traits fins, jolis visages, sens du détail, reconstitutions réalistes d'une ville médiévale et de sa cathédrale, couleurs expressives.

La naïveté des 'experts' et l'approximation des remèdes proposés auraient pu m'amuser il y a encore moins d'un an. Hélas, on voit que la médecine et les dirigeants (politiques aujourd'hui, religieux au XVIe siècle) sont tout aussi désemparés lorsque survient une nouvelle maladie, mais n'en imposent pas moins leurs idées fantaisistes.
Le parallèle se précise et le malaise s'accroît avec cette formule proche du 'quoi qu'il en coûte' : « Ça coûtera ce que ça coûtera à la municipalité, mais il ne faut pas qu'ils crèvent de faim ! »

J'ai aimé deux personnages en particulier : Melchior Troffea, amoureux attentionné, et le 'maire' (Ammeister) qui s'oppose habilement à un évêque bien assis sur sa fortune tandis que la population crève de faim.

Merci aux auteurs de BD qui adaptent avec talent les intrigues de Jean Teulé - je n'ai plus le courage de lire ses romans, trop lourds, trop crus, souvent à vomir (les tortures dans Je, François Villon et Darling, pourtant mes deux préférés).

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