pas de panicDon't Worry, Little Crab - 2019
traduit de l'anglais par Camille Gautier

Editions Thierry Magnier, 11 septembre 2019, 52 p.

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Prendre son p'tit crabe par la pince, pour l'emmener vers demain, pour lui donner la confiance en son pas... ♪♫

« Petit Crabe et Très Grand Crabe vivaient dans une simple mare », apprend-on en première page.
Mais il est temps d'élargir ses horizons, de se lancer, de quitter sa 'zone de confort'.
Le monde est vaste, plein de menaces qu'il faut apprendre à affronter et ça en vaut la peine car on s'enrichit, au gré de rencontres, de découvertes, d'apprentissages.
Et surtout : on prend confiance en soi.
A condition de ne pas s'aventurer n'importe comment, bien sûr, mais progressivement, et accompagné.

Beau livre à tous points de vue : dessins où les silhouettes évoquent des découpages, couleurs vives, lumineuses, chaleureuses.
Et suspense à chaque page lorsque le grand et le petit progressent vers l'océan : quid de la vague qui arrive ? jusqu'où ira-t-elle ? va-t-elle nous déborder, nous perdre, nous contraindre au repli ? Je passe au 'nous' car on s'identifie... Heureusement le 'grand' est là, il sait où est le danger, il anticipe, rassure et permet d'avancer.
C'est la vie, pleine d'étapes, parfois effrayantes : aller à l'école, s'éloigner de ses parents, quitter la maison, faire des choix...

L'album illustre à merveille cette phrase d'Anaïs Nin mise en exergue :
« Le monde se rétracte ou se dilate proportionnellement à notre courage. »

Un peu hors-sujet, mais pas tant que ça : les crabes, leur démarche et le propos de cet ouvrage me font penser à la statue nantaise 'Eloge du pas de côté' (Philippe Ramette)*.
chutOsons ! Sortons des sentiers battus !

De cet auteur, j'ai également aimé Chut ! On a un plan.
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agenda2

13 mars - emprunt mdtk

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Place du Bouffay, Éloge du pas de côté est une sculpture en bronze qui représente, sous les traits de l’artiste, un personnage masculin en costume, le regard tourné vers l’horizon. Seul un pied repose sur le socle, l’autre s’en échappe. La sculpture devient ainsi l’allégorie du pas de côté et rend hommage à l’audace de la ville, à son engagement et à son rapport étroit à la culture.

Reprenant les codes de la sculpture classique, Philippe Ramette propose à Nantes deux Éloges implantés place du Bouffay et cours Cambronne. Cette série rend hommage non pas à la gloire d’un homme, mais à une attitude.
Les œuvres de Philippe Ramette, qu’elles soient dessin, sculpture ou photographie, expérimentent et proposent des points de vue décalés sur le monde. Connu pour se mettre en scène, élégamment habillé de son éternel costume noir, l’artiste se représente dans ses photographies à l’envers dans un monde à l’endroit et inversement

Défiant les lois de la gravité et de la logique, sans jamais avoir recours à la manipulation de l’image, Philippe Ramette tient la pose « naturellement comme c’est encore le cas pour cette photographie de l’événement (en couverture) qui évoque la composition de la célèbre œuvre romantique Le Voyageur contemplant une mer de nuages, de Caspar David Friedrich.

L’artiste questionne ainsi avec ses « expérimentations irrationnelles », la réalité dans ce qu’elle a de plus tangible et de plus physique. Tel un dandy qui traverserait les époques, il défie la rationalité du monde et en propose, avec beaucoup de poésie et d’humour, une vision absurde et métaphysique. Pour cela, il invente et fabrique tout un tas d’objets, et notamment des prothèses, qui lui permettent de contredire les codes régissant la vie terrestre (bas / haut, sous / sur, petit / grand, devant / derrière...).
Dans l’univers de Philippe Ramette, entre comédie et tragédie, tout est histoire d’acquisition de nouveaux points de vue et d’attitude contemplative du monde et de ses paysages.

© Philippe Piron

éloge