ubuntuEditions L'Harmattan, 24 avril 2020, 90 p.

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« On ne choisit pas ses ancêtres, on les embarque avec nous, quels qu'ils soient. »  (p. 85)

Dans mon arbre qui dépasse à peine deux siècles et demi, les femmes se prénomment Clémence, Jeanne, Cécile, Marie, Angèle, Joséphine, Perrine, Céleste ; elles étaient 'ménagères' (sic) ou domestiques.
Les hommes - Pierre, Vital, Henri, Julien, Jean, Auguste, Eugène, Louis, François - étaient cultivateurs, laboureurs, métayers, valets...
A partir de mes lectures et de l'histoire familiale transmise, j'essaie d'imaginer leur vie rude à la campagne, rythmée par les saisons et les contraintes religieuses, avec les nombreux enfants, les veuvages précoces, les remariages hâtifs, les petits rudoyés par une marâtre...
Certains des hommes ont dû partir à la guerre, ils n'ont pas eu le choix. Tous ne sont pas revenus... Ils ont laissé pendant quelques mois/années ou à tout jamais une mère éplorée, une fiancée, une femme, des enfants.
Les douleurs de tous ces gens sont gravées dans mon arbre.


Dans cet ouvrage, Emmanuel de Reynal se livre à un exercice de reconstitution, en remontant à la Préhistoire. Une partie est donc imaginée, tandis que l'autre est issue d'archives.
Il donne la parole à quelques membres de sa famille (surtout des hommes) ; une page ou deux est consacrée à chacun.
Et c'est d'autant plus intéressant que l'auteur est né en Martinique, île dont la population est issue de multiples métissages - origines africaine, européenne, indienne, moyen-orientale, asiatique...

On trouve donc dans ses ancêtres des Chinois, des Toulousains, des Indiens d'Amérique, des Normands, etc.
Paysans, bergers, pêcheurs, esclaves, châtelains, notaires, militaires, prostituées, négriers, médecins, ils sont tantôt du côté des victimes, tantôt du côté des bourreaux, lorsque l'environnement n'est pas propice à la paix ; ils tombent amoureux au-delà des conflits, aussi...


Ce court ouvrage, touchant et passionnant, illustre parfaitement le terme Ubuntu, mot bantou qui signifie « Je suis ce que je suis grâce à ce que nous sommes tous. »

Pour conclure, je reprends ces mots de la postface de l'auteur :
« S'il vous plaît, ne m'appelez plus 'Béké' !
Aux Antilles françaises, un béké est un habitant à la peau blanche descendant des premiers colons européens. En Martinique, ce terme a tendance à concentrer tous les clichés issus de la période esclavagiste. Il efface les personnalités et amalgame des individus dans un bloc identitaire péjoratif. (...)
J'ai écrit ce texte pour tous les boucs émissaires que l'on fabrique en réduisant l'identité des personnes à quelques critères insignifiants. »
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12 & 13 mars - un grand merci à Thibaut de AMH Communication.

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