fils de ploucs

rohouEditions Ouest-France, 29 octobre 2021, 144 p.

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Fils de ploucs (sic) de la région du Léon
(pointe nord-ouest du Finistère),
l'auteur est devenu professeur de littérature
à l'Université de Rennes.
Il a raconté son parcours dans une autobiographie en trois tomes.
Cette BD évoque son enfance, jusqu'à la fin de la seconde Guerre mondiale.

leonL'album est à la fois enrichissant et simple.
Si l'on connaît déjà la Bretagne (et ses écomusées), on retrouve les fermes et leur mobilier (lit clos), l'importance des superstitions (omniprésence de la religion). Mais l'auteur casse aussi quelques clichés, notamment sur les galettes de sarrasin : « une nourriture de pauvres qui avait disparu de notre riche Léon ».
De nombreux aspects m'ont fait penser à la jeunesse de mes parents et grands-parents, issus du même milieu mais résidant à environ 400 km au sud du Plougourvest natal de Jean Rohou. Similitudes sur la vie agricole rythmée par les saisons mais aussi par la religion catholique, sur la précarité rurale, l'hygiène, les vêtements (sabots lourds et inconfortables, néanmoins utilisés pour aller à l'école à pied, loin), sur la rudesse éducative en dépit de l'amour familial. Et bien sûr, sur les périodes de guerre.
J'ai appris sur certaines spécificités locales, notamment la régulation de la démographie - limitation du nombre de mariages (voir extrait* pour l'explication mathématique).

Une lecture agréable, très intéressante - et beaucoup plus abordable que les pavés de Pierre-Jakez Hélias.

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agenda2

6 & 7 nov.


►  extrait : Sur 22 cousins et cousines, mãmm-goz [la grand-mère de l'auteur] avait été la seule à se marier, car la mortalité reculait en Bretagne en cette fin de XIXe siècle, et la natalité restait importante en ce pays catholique.
Si vous aviez dans une commune 85 fermes et 15 bistrots ou artisans, cela faisait de la place pour 100 couples et pas un de plus.
A l'époque, il n'y avait guère de possibilité de trouver ni travail ni logement dans une ville voisine. [ même profil socio-démographique ]
D'où un très grand nombre de célibataires, qui vivaient comme des domestiques bénévoles de leur frère ou de leur soeur mariés.
Ils étaient seulement logés, nourris, blanchis et recevaient de quoi acheter leur tabac et payer une tournée au bistrot le dimanche après la messe.
(p. 23-24)