azinc

teuléEd. Mialet Barrault, 2 février 2022, 208 p.

lu par Mr

♥♥♥♥

Attention : ce billet spoile, comme la 4ème de couverture.

Le 24 octobre 1415, pendant la Guerre dite de Cent Ans (1337-1453), plus de 10 000 soldats français barrent le chemin du repli vers l'autre côté de la Manche à environ 8 000 anglais dirigés par le roi d'Angleterre Henri V (1386-1422). Les Anglais sont épuisés, manquent de vivres, beaucoup de leurs compagnons sont morts de dysenterie (maladie dont le susnommé Henri V mourut sept ans plus tard). Et les Français disposent d'une artillerie dont les Anglais sont dépourvus, tandis que les arcs anglais font face à des arbalètes aux traits plus puissants.
Le lendemain, après l'échec des négociations, les Anglais ne peuvent éviter la bataille.
Bilan humain au soir des combats : 13 chevaliers et quelques centaines de soldats anglais tués, contre 6 000 chevaliers français !

Le récit de la soirée du 24 octobre 1415 campe le décor et les personnages (pages 7 à 75). Dans les nombreux dialogues de cette première partie, Jean Teulé cherche à la fois à restituer le langage de l'époque et à se faire comprendre des lecteurs. Le propos y est clair mais le style ampoulé et poussif. Ce livre s'annonce donc comme une déception.

Le 25 octobre 1415 (pages 77 à 185) : ce n'est plus l'heure de la fête, et celle des palabres passe vite. Le temps de l'action est venu. Remarquable changement de ton ! Et spectaculaires actions ! Les combattants et l'auteur s'éclatent ; les premiers au sens propre du terme (mais salement), et le second au sens figuré (mais brillamment). C'est trash, c'est enfin du Teulé... Un 'régal' pour le lecteur engoncé dans son fauteuil, plus de six siècles plus tard.

Teulé nomme la catin du régiment français 'Fleur de lys'. N'est-ce pas faire trop d'honneur à cette monarchie française qui se prétendait de droit divin ? Charles VI (1422-1380), le roi français de l'époque est tellement barjot qu'il fut affublé du gentil nom de 'Le Fol' (des oncles assurèrent la régence). Les raisons de sa folie (schizophrénie ?) restent méconnues des historiens mais l'excès de consanguinité fait partie des pistes. Ce 25 octobre, il n'a pas suffi de tenir ce roi à l'écart de la bataille d'Azincourt pour éviter la folle et humiliante défaite des troupes françaises. La faute à un cumul de facteurs défavorables, et surtout à un incroyable complexe de supériorité. S'il n'avait été question de vies humaines, mon amusement en tant que lecteur serait ici comparable à celui que je ressens quand l'équipe de France de football, donnée à l'avance gagnante par ses supporters et les journalistes sportifs, se fait finalement éliminer par une 'petite' équipe.

La Fleur de lys est aussi un symbole de la Vierge Marie, cette fleur étant censée représenter la pureté. D'accord : si Joseph n'était pas le géniteur, alors il fut bel et bien trompé, puisqu'un enfant est né (et que la FIV n'existait pas encore). Mais de là à dire que le benêt aurait été cocufié contre monnaie sonnante, il y a un pas que je ne franchirai pas sans preuves... Et quand bien même, contrairement à la Fleur de lys de Teulé, Marie n'avait probablement pas à s'occuper d'une armée entière !

La manière dont Teulé se moque des bannières est jubilatoire ; les nobles qui les arborent semblent (presque) aussi ridicules que ces défenseurs contemporains de la République, qui s'émeuvent du retrait d'un chiffon tricolore d'un monument parisien.
La bassesse des nobles français montrée ici par Teulé n'est pas l'apanage de leur classe sociale, elle est aussi présente chez la piétaille anglaise. En réalité, cette bassesse est une 'qualité' malheureusement très partagée dans notre espèce, mais qui trouve plus ou moins l'occasion de s'exprimer. Les guerres constituent de formidables lieux d'expression pour elle. Et Teulé est un excellent porte-parole !

  •  Merci à Babelio et aux éditions Mialet Barrault (Masse Critique de janvier 2022).