Canel

jeudi 15 août 2019

~ Cadavre exquis, Agustina Bazterrica

cadavre

Cadáver exquisito, 2017
traduit de l'espagnol (Argentine) par Margot Nguyen Béraud
aguFlammarion, 21 août 2019, 295 p.
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    lu par Mr

        ♥♥♥♥♥

Il y avait le monde d'avant, tel que nous le connaissons.
Puis survint le Virus, qui rendit les animaux mortels pour l'Homme, notamment par la consommation de leur chair.
La 'Transition' occasionna l'avènement d'une nouvelle civilisation : la viande animale y est remplacée par de la chair humaine, prélevée sur des individus spécifiquement sélectionnés et élevés pour servir de nourriture aux autres. Surpopulation humaine et ressources alimentaires semblent ainsi facilement régulées !

Marcos Tejo travaille dans un abattoir. Bras droit de Grieg, le patron, il gère à sa place les relations avec le personnel et celles avec quelques clients importants. Son travail et sa vie sont devenus pesants pour lui. Il lui devient en effet difficile d'organiser l'abattage d'êtres qu'il voit de plus en plus comme des semblables…
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schCe livre m'a fait penser au remarquable Dîner secret de Raphaël Montes, dans lequel des copains organisent la dégustation de plats à base de chair humaine pour quelques fortunés en quête de sensations.
cadMais le ton est ici sérieux du début à la fin, avec une réflexion profonde sur la manière dont les individus intègrent les valeurs de la société dans laquelle ils vivent, et sur la nature humaine. L'écriture rend tout à fait crédible l'histoire racontée ici, aussi décalée soit-elle. On ne peut pas rester indifférent, et l'on s'interroge nécessairement.

Dès les premières pages du roman vous saurez si vous l'appréciez ou non : la couleur et la tonalité y sont en effet annoncés dès le début. J'ai été accroché immédiatement, et la suite ne m'a pas déçu, jusqu'au dénouement choc.


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    et Canel 

       ♥♥♥♥♥

Lire ce Cadavre exquis revient à regarder sans baisser les yeux et jusqu'au bout une vidéo de L214.
En transposant un tout petit peu : les animaux entassés, détenus en cage et abattus ici ne sont ni des porcs, ni des volailles, mais des hommes, des femmes, des enfants humains.
On les appelle des 'têtes' et on leur a coupé les cordes vocales, histoire de vaincre les résistances des consommateurs les plus sensibles :
« Certains mots dissimulent le monde. Il y a des mots convenables, hygiéniques. Légaux. »
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rotuDans cette histoire de cannibalisme organisé, l'exploitation de l'homme par l'homme, poussée à son paroxysme, perturbe à plus d'un titre.
D'abord parce qu'elle pose la question de la hiérarchisation entre humains - qui existe déjà (cf. organisation du travail à l'échelle mondiale, prostitution, sort des plus précaires…).
Ensuite parce que toutes les pratiques relatées ici ne sont que la transposition du sort subi par les animaux, pour la recherche, les loisirs et évidemment la consommation de viande (le nec plus ultra étant la chair vivante ou celle de 'petit'). Cet aspect montre d'ailleurs à quel point la bouffe qu'on nous vend est malsaine et trafiquée - mais ça, ça serait presque un détail tant le reste du propos interpelle.
agu-

D'abord parasitée par les ressemblances entre cet ouvrage et Dîner secret (Raphael Montes), j'ai de plus en plus admiré la plume de l'auteur, son talent pour nous plonger dans ce portrait immonde d'une société en dérive et nous rendre le personnage central terriblement touchant dans ses ambivalences.

« Après tout, depuis que le monde est monde, nous nous mangeons les uns les autres. Quand ce n'est pas symboliquement, nous nous dévorons littéralement. La Transition nous a offert l'opportunité d'être moins hypocrites. » 

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 23 & 24 juillet - merci à Babelio et à Flammarion pour cette découverte en avant-première !


Traduction des différentes couvertures :

- en allemand : Wie die Schweine (Comme les Porcs)
- en finnois (Finlande) : Rotukarja (Bovins d'élevage ?)
- en néerlandais : Schitterend lichaam (Corps magnifique ?)
- en anglais (visuel non diponible) : Tender is the Flesh (Tendre est la chair ?)

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samedi 10 août 2019

~ Commis d'office, Hannelore Cayre

commis

Editions Métailié, 2004
hcPoints, 2018

♥♥♠♠♠

Christophe Leibowitz-Berthier est derrière les barreaux.
Cela semble étonnant pour un avocat pénaliste. Soit il est réglo, droit comme la justice (on sait depuis belle lurette que ce n'est qu'une expression), soit il connaît les ficelles pour ne pas se faire choper.
Que s'est-il passé ?
On le découvre lentement, trop lentement, alors que le roman est très court, à grand renfort d'allers-retours qui sèment la confusion plus qu'ils n'éclairent.

En tant qu'avocate pénaliste, Hannelore Cayre a plein de choses édifiantes à nous apprendre sur notre système judiciaire véreux. Elle s'y emploie avec un humour décapant, politiquement incorrect en diable.
J'avais beaucoup aimé La Daronne.
Ici, l'intrigue a beau être déjantée et le propos toujours aussi corrosif, je me suis ennuyée et perdue. Malgré le sens de la formule de l'auteur, ses personnages hauts en couleur, le récit manque de souffle, on tourne en rond.

A tel point que je n'ai pas envie de lire les deux autres romans (ou nouvelles ? 100 et quelques pages) de ce recueil : 'Toiles de Maîtres' et 'Ground XO'.

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agenda26 > 10 août

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mercredi 7 août 2019

~ Le salon de beauté, Melba Escobar

le salon

La Casa de la Belleza, 2015
meltraduit de l'espagnol (Colombie) par Margot Nguyen Béraud
Editions Denoël, 2018
Folio Policier, 6 juin 2019, 288 p.

♥♥♥♠♠

Femme du monde (ou bien putain, qui bien souvent êtes les mêmes ♪♫ - Renaud), tu t'épileras dans la douleur, tant qu'il y aura des hommes pour préférer les te-cha, SL et jambes glabres... Et aussi, tu lisseras tes cheveux, siliconeras ta bouche et ta poitrine, porteras des vêtements et accessoires de luxe pour étinceler au bras de ton mari/compagnon/amant.

Voilà le genre de clientèle de la Maison de la Beauté, à Bogotá. Dans ce salon de luxe, on croise des femmes de ministres (et de mafieux) qui viennent se faire épiler, masser, etc. Les employées sont priées de s'écraser, et avec le sourire, s'il vous plaît, quelle que soit la manière dont on les traite. Toute familiarité entre clientes huppées et esthéticiennes est malvenue, chacune doit rester à sa place. Malgré cette règle, la jeune, douce et jolie Karen a tendance à se confier à Claire, une psy qui fréquente le salon. C'est ainsi qu'elle lui parle d'une adolescente retrouvée morte, probablement assassinée.

Séjour instructif et agréable - quoiqu'effrayant - en Colombie où les corrompus règnent et s'entretuent, où on te fait vite passer de vie à trépas via quelques trous de balles au coin d'une rue.
L'intrigue est intéressante, avec une semi mise en abyme pas toujours très claire autour de Claire, justement.
Hélas, la fin de ce roman policier donne l'impression d'être bâclée. On assiste à un premier revirement étonnant de la narratrice (on ne sait alors plus très bien où on en est), suivi d'un autre.
Encore une fois, je m'empresse d'oublier les dernières pages du livre pour ne retenir que le meilleur.

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3 & 4 août
 

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mardi 6 août 2019

~ Sur les épaules de Darwin, t. 2 : Je t'offrirai des spectacles admirables - Jean-Claude Ameisen

sur les épaules

Babel, septembre 2015, 450 p.

ameilu par Mr

♥♥♥♥♥

Ma première tentative avec ce livre fut un échec.
En lisant les premières pages, j'avais l'impression d'entendre la voix de Jean-Claude Ameisen, qui a compilé ici des chroniques radiophoniques consacrées aux sciences, en particulier à la biologie (sur France Inter). Il faut dire qu'Ameisen raconte admirablement bien. Mais j'aime lire à mon rythme, non à celui d'une diction que j'imagine, et j'ai donc momentanément reposé ce livre. Quelques mois plus tard, l'essai fut plus concluant, et je me suis plongé dans ce livre avec ravissement, comme promis par le sous-titre.

Les premiers chapitres montrent la manière dont les fourmis tirent parti de leurs environnements, par leurs organisations sociales et leurs caractéristiques génétiques. Sens de l'orientation et communication sont particulièrement nécessaires à leur survie.

Il en est de même pour les abeilles, autres insectes sociaux présentés. Karl von Frisch (1886-1982), avant de décoder les fameuses danses des abeilles - découverte qui lui valut le prix Nobel de physiologie en 1973 (avec Konrad Lorenz et Nikolaas Tinbergen) - avait travaillé sur leur perception des couleurs. Ameisen résume certaines de ses expériences à ce sujet ; elles étaient simples mais dénotaient des capacités de von Frisch à ne pas regarder le monde comme le ferait un homme… Ameisen explique comment les équilibres nécessaires au fonctionnement d'une ruche (température, taux de CO2, répartitions des tâches entre les abeilles…) s'établissent en lien avec la biologie de ses membres (transformations corporelles nécessaires à la production de la cire, rôle des phéromones…). Pour affronter les froids hivernaux, les abeilles se comportent un peu comme les manchots empereurs, se disposant en grappe et organisant des rotations d'individus de la froide périphérie vers le centre (voir le merveilleux film « La marche de l'empereur »). C'est là le contraire de l'organisation sociale en place dans nos métropoles. Les pauvres y restent cantonnés en banlieue, tandis que les plus fortunés organisent leur entre soi dans les centres historiques… Nos politiques devraient parfois s'inspirer de la nature, qui démontre son efficacité sur le long terme. Il est vrai qu'ils n'ont souvent en ligne de mire que l'issue du prochain vote et les avantages individuels qu'ils en attendent, non la survie de l'espèce…

L'ouvrage présente des théories expliquant l'intérêt évolutif et les mécanismes des horloges internes présentes chez de nombreuses espèces animales et végétales, en particulier les rythmes circadiens.
L'auteur montre aussi d'étonnantes capacités d'apprentissage chez des animaux : des mésanges qui apprirent à percer l'opercule de bouteilles de lait, et des bourdons à découper des parties basses de la corolle de fleurs pour accéder plus aisément au nectar….

La dernière partie est consacrée à l'histoire de découvertes relatives au système solaire et à notre planète. On y trouve la citation de Newton (1643-1727) qui inspira le titre de l'émission d'Ameisen et de cette série de livres : « (Quant à moi), si j'ai vu un tout petit peu mieux, c'est parce que je me tenais sur les épaules de géants » (à propos de sa découverte de la gravitation universelle, dans une lettre à Robert Hooke). Joannes Kepler (1571-1630), découvreur des trois Lois qui portent son som fait partie de ces géants, bien que dans toutes ses recherches il ait cherché à retrouver la main du Créateur auquel il croyait. S'appuyant sur les observations de l'astronome danois Tycho Brahé (1546-1601), Kepler sut notamment se détacher de l'idée préconçue selon laquelle le système solaire devrait nécessairement posséder des caractéristiques reflétant une perfection divine (Terre en centre su système, orbites circulaires…). Pour compléter cette lecture, sur ce thème, je recommande vivement le remarquable essai intitulé 'Les Somnambules' d'Arthur Koestler. Quelques chapitres du livre d'Ameisen résument bien l'évolution des idées, tandis que le livre de Koestler ajoute une recherche de compréhension du processus de découverte.

En résumé : cet ouvrage d'Ameisen est à la fois accessible sans connaissances scientifiques préalables, et passionnant.
Billets à venir sur les deux autres tomes.

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dimanche 4 août 2019

~ Une femme que j'aimais, Armel Job

une femme que

Robert Laffont, 1er février 2018, 300 p.

♥♥♥♠♠

Cette femme, c'est Adrienne.
Le je est multiple, et le verbe aimer n'a pas la même signification pour chacun de ces 'je'.

Claude, préparateur en pharmacie, rend visite à Adrienne tous les samedis. Par plaisir, non par contrainte. C'est sa tante, et ils s'entendent à merveille.
Elle a voulu confier au jeune homme le grand secret de sa vie, elle n'en a pas eu le temps, elle est morte avant, brutalement, à cinquante-cinq ans.
Claude se fait un devoir de reconstituer son histoire. La quête est longue, elle le mène entre Belgique, France et Suisse, dans les années 50 et au milieu des eaux troubles du passé familial.

Peut-être ai-je lu ce roman trop lentement ? J'ai trouvé que l'intrigue n'en finissait pas, et que l'auteur multipliait les rebondissements. J'ai préféré ses autres ouvrages lus à ce jour (en particulier En son absence, Tu ne jugeras point) - des thrillers psychologiques également, mais plus subtils, plus sobres, et moins 'terroir'.

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28 juillet > 2 août - emprunt mdtk

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samedi 3 août 2019

~ La vie moderne, Livio Bernardo

la vie

Delcourt, 3 avril 2019, 224 p.

♥♥♠♠♠

Compilation de chroniques publiées par l'auteur sur Instagram depuis 2017 (@livioetlaviemoderne).

De quoi ça parle, que croque Livio, de qui se moque-t-il ?
De nous. Ou plutôt de lui et de ceux qu'il côtoie, les Parisiens de 20-30 ans branchouilles, friqués, cocaïnés, exhibi- (réseaux sociaux), tantôt écolos-bobos, tantôt flambeurs. De fête, de rigolade, de drague, de solitude.

Trop éloignée de cet univers, j'ai souri de loin en loin, quand même, parce qu'il y a des défauts qu'on trouve partout, quel que soit l'âge, le milieu :
« Nan, franch'ment, voilà, j'te l'dis... T'as vraiment un problème de tact ! Et... j'suis pas l'seul à l'penser...
- Ouais ?! Et dans ceux qui l'pensent avec toi, y en a pas qu'en ont profité pour te parler d'ton incapacité à te remettre en question ?! »

Conclusion de l'auteur en préface : « Si t'as moins de trente ans : merci d'avoir acheté ce livre (ça doit pas t'arriver souvent…), si t'as plus : merci d'avoir pris le risque ! »
J'ai plus, je l'ai emprunté à la bibli - moindre risque.

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27 juillet - emprunt bibli

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mardi 30 juillet 2019

~ Dans le ventre du loup, Héloïse Guay de Bellissen

dans le ventre

Flammarion, 2018
hélPocket, juin 2019, 310 p.

♥♥♥♥

En 1986, la cousine de l'auteur a été kidnappée et assassinée.
La petite victime avait neuf ans, Héloïse, cinq.
Les parents ont estimé qu'Héloïse était trop jeune pour qu'on lui parle du drame. Sujet tabou, à jamais. Chacun gère le deuil à sa façon, et comme il peut, surtout.

C'est en voyant l'émission 'Faites entrer l'accusé' consacrée à cette affaire que l'auteur a eu connaissance des faits, en 2015, et éprouvé le besoin d'en savoir davantage. Ce travail de recherche et de mémoire s'est imposé pour éclairer la zone d'ombre familiale, et pour mettre des mots sur un malaise resté flou trop longtemps.

psyD'après Bruno Bettelheim, le loup (et l'anthropophagie en général) dans les contes traditionnels symbolise la prédation sexuelle*.
En vertu de ce principe et sur un mode psychanalytique, l'auteur illustre le drame subi par sa famille en faisant référence à cette littérature. Elle place ainsi à la fin de chaque chapitre un court extrait de conte, le plus souvent 'Le petit Chaperon rouge'.
De cette façon, les notions de peur, traque, danger, dévoration, emprise, mensonge, ruse, lutte inégale entre faible et fort (enfant vs adulte, humain vs animal) reviennent de manière lancinante.
Légende, histoire réelle et ressenti(ment) de l'auteur sont ainsi parfaitement tissés dans ce récit.

dans leJ'ai d'abord trouvé le procédé narratif absolument génial. Eblouie par la forme, j'ai oublié que les proches des victimes n'ont pas forcément envie de voir 'leur' tragique histoire publiée (comme le déplore un lecteur sur Babelio, dans sa critique sur cet ouvrage). La prise de conscience de cette réalité a terni mon enthousiasme, et je me suis focalisée sur la question 'A qui appartient une histoire ?' - c'est le problème de l'autofiction...

Je me contente donc pour conclure de saluer la forme, le style, les couvertures des deux éditions (Flammarion et Pocket), et la bibliographie alléchante en fin d'ouvrage, notamment sur les contes.


   * cf. Psychanalyse des Contes de fées

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22 juillet 

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dimanche 28 juillet 2019

~ Taqawan, Eric Plamondon

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Le Quartanier, 2017 (au Québec)
Q
uidam Editeur, 2018
eripLe Livre de Poche, 27 février 2019, 220 p. 


  lu par Mr

        ♥♥♥♥

En 1981, les autorités québécoises décident de faire appliquer la réglementation relative à la pêche aux saumons dans les cours d'eau. Cette pêche permet à de nombreux Amérindiens de pouvoir vivre. L'affrontement semble inévitable : pot de fer contre pot de terre…
Il faut dire que depuis l'arrivée des colons blancs, les autochtones ont subi de nombreux abus et brimades. Les quelques réserves qui leur ont été concédées ne changent pas grand-chose à l'affaire, au contraire elles contribuent à les ghettoïser.
Des revendications d'indépendance québécoise et les tensions qui en découlent avec le gouvernement fédéral du Canada n'arrangent pas les choses, les Amérindiens étant parfois instrumentalisés par ces deux camps.

L'écriture est agréable et l'histoire racontée avec beaucoup de finesse, du moins pendant les 180 premières pages. Les 30 dernières pages du roman sombrent dans des scènes d'action qui contrastent avec le texte qui précédait, sans marque d'originalité. C'est dommage mais n'efface pas l'intérêt que j'ai trouvé à cette lecture très instructive sur l'histoire du Québec.

Par ses thématiques, ce livre m'a fait penser à Sauvages de Nathalie Bernard, qui raconte les abus commis au Québec jusqu'au milieu des années 1990 avec la scolarisation forcée de jeunes Amérindiens - livre que j'avais aussi beaucoup apprécié.
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  et Canel

        ♥♥♥♥

Un poisson sur la couverture, je ne m'attarde pas. Refroidie par quelques épisodes de pêche à la mouche dans des Gallmeister ou autres nature writing.
Apik insiste pour que j'essaie : ça ressemble à 'Sauvages', de Nathalie Bernard. Non merci, toujours pas, trop d'action.
J'avance quand même un orteil frileux dans la rivière Restigouche, et je m'immerge rapidement dans l'histoire d'Océane, jeune mi'gmaq, du garde-forestier Yves Leclerc, de l'Indien William qui a quitté la réserve, et de quelques autres.

Nous sommes en 1981 (c'était hier), la Québecoise Céline Dion fait ses premières apparitions TV (avant retouches), les policiers débarquent en masse sur la réserve de Restigouche sous le prétexte fallacieux de contrôler la surpêche de saumon par les Mi'gmaq. Emeutes & répressions.

Cette lecture est d'autant plus agréable que l'auteur parsème son intrigue de rappels historiques (sur les Indiens et la colonisation) et biologiques (sur le saumon, sur l'homme).
On s'y (re)convainc de l'ineptie du droit du sol/du sang, de la prétendue supériorité de l'homme blanc et de tous les dégâts sur les populations autochtones.

Plus j'avance, plus je me dis que c'est un livre génial que je vais beaucoup prêter et offrir autour de moi.
Et puis arrive cette drôle de fin, en déphasage avec ce qui précède, on en rirait tellement c'est ridicule, non pas sur le fond mais sur la forme. On entend presque arriver Strasky et Hutch, gyrophare hurlant, roulant des mécaniques, jean moule-burn3s... Et là encore, on peut se demander si l'auteur ou l'éditeur espère une adaptation ciné ? Quel gâchis !

A lire malgré tout, pour réfléchir sur la colonisation, l'acculturation, les conquêtes meurtrières de territoires - c'est à dire l'histoire de l'humanité, au Canada et partout ailleurs, hier, aujourd'hui, demain.

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27 juillet

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samedi 27 juillet 2019

~ #HELP - Sinéad Crowley

help

Can Anybody Help Me ? - 2014
sintraduit de l'anglais (irlandais) par Emilie Passerieux
Le Masque, 2018
Points, 20 juin 2019, 408 p.

♥♥

♪♫ Help ! I need somebody,
Help, not just anybody...
Help me if you can, I'm feeling down
And I do appreciate you being round
Help me, get my feet back on the ground
Won't you please, please help me ! ♪♫

C'est l'idée de ce forum NetMaman destiné aux femmes enceintes et aux mères d'enfants en bas âge : se faire aider par les copines virtuelles dans les moments difficiles. A part quelques mesquineries, piques et susceptibilités, ça fonctionne très bien, l'ambiance est plutôt sympa, l'écoute bonne, les conseils sont avisés, et ces femmes semblent prêtes à beaucoup pour sortir une 'amie' de la mouise. Pour cela, il y a les MP, les messages privés - tiens, on se croirait céans !

helpEt c'est là qu'on voit le coup venir et qu'on a envie de leur crier : attention les filles ! y a des prédateurs sur la toile, restez discrètes, ne vous dévoilez pas trop...

Lecture totalement addictive, plus pour l'ambiance que pour le suspense - même si l'on se demande très longtemps quel peut bien être le mobile des meurtres. Sinéad Crowley restitue parfaitement le ton des échanges sur les sites internet. En outre, comme Caroles Fives (Tenir jusqu'à l'aube) et Amandine Dhée (La Femme brouillon), elle exprime bien les moments difficiles que peuvent traverser les femmes pendant leur grossesse et après la naissance du bébé, a fortiori si elles sont seules ou mal accompagnées.

Le dénouement n'est pas vraiment convaincant mais peu importe, puisque le plaisir de lecture est avant.

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25 & 26 juillet

 

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mercredi 24 juillet 2019

~ Loukoum mayonnaise, Olivier Ka

loukoum

Editions du Rouergue, DoAdo
oka19 septembre 2018, 147 p. 

♥♥♥

Loukoum ou mayonnaise ?
Grands-parents égyptiens ou belges ?
Chien ou chat ?

Tout ! Ou rien.

Né d'un couple mixte, Victor doit passer quelques mois chez ses grands-parents maternels, à Nivezé, le temps que son père puisse l'accueillir en Egypte où il travaille désormais.
Le gamin y va déjà à reculons. Ça ne s'arrange pas quand il apprend qu'il n'ira plus à l'école, puisque son aïeule se chargera de son enseignement. A dix ans, la perspective de vivre entouré uniquement de vieux est cruelle. Le plaisir des visites des grands-parents paternels est vite gâché par la mésentente entre les mamies.

Si on a lu le roman (autobio)graphique Pourquoi j'ai tué Pierre, on sait qu'Olivier Ka a été victime dans sa jeunesse de la folie et de l'irresponsabilité d'adultes proches.
Dans Janis est folle, comme dans ce Loukoum, on ressent très bien le malaise et la sensation d'asphyxie ressentis par un enfant/ado retenu en otage par un ou plusieurs adultes égoïstes, qui l'oublient, lui, pour mieux se détruire, ou s'étriper entre eux.

Lecture dérangeante (et stérile, pour ma part), d'autant que des questions restent sans réponse - quid de la mère ? du véritable emploi du père ?

A noter : l'inertie lâche des deux grands-pères, aussi agaçante que les mesquineries hystériques et ravageuses des femmes...
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    ■   Je suis entièrement d'accord avec l'avis de Jangelis, sur Babelio.

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23 juillet - emprunt mdtk

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mardi 23 juillet 2019

~ On ne meurt qu'une fois et c'est pour si longtemps - Patrick Pelloux

on ne meurt

Les derniers jours des grands hommes.

Robert Laffont, 2013
Pocket, 6 mars 2014, 216 p.

♥♥♥

Dans cette trentaine de chroniques, le médecin urgentiste Patrick Pelloux revient sur les décès de célébrités ou sur des morts collectives (batailles). En quatre ou cinq pages, on a ainsi un petit rappel d'Histoire, de géo-politique et de sociologie, et un cours d'anatomie. Les défunts humains évoqués vont de Jésus à Churchill (via quelques rois de France et artistes).

Ces chroniques ont initialement été publiées dans Charlie Hebdo, et ça se voit : le ton est résolument irrévérencieux - notamment sur la religion - et cru. Façon Jean Teulé, sans le souffle narratif.

On y voit que nos chances de survie en cas de maladie dépendent de la médecine, et que dans certains cas, il est préférable d'être pauvre et pas soigné. Si j'ai bien compris, les saignées pratiquées sur les rois leur ont souvent été fatales...

J'ai aimé la dernière chronique, qui nous apprend que les animaux meurent plusieurs fois, non pas en vertu du principe de réincarnation, mais pour les exigences de séries TV ou ciné :
« Combien d'enfants ont regardé le petit canard Saturnin ! Oh, qu'il était beau et drôle ! Un caneton sans dents ni défense, pas de  épisodes dont le tournage débute en griffes, juste de ridicules palmes, pas de piquants, que des plumes jaunes. Un caneton n'a aucune exigence, jamais bourré, pas de cocaïne, toujours à l'heure, pas de pute à mettre sur sa paille ! Un acteur idéal en somme, pour 78 épisodes dont le tournage débute en 1964. On verra Saturnin le canard dans toutes les situations, dans toutes les positio,ns, déguisé, dans l'eau, dans le sable, à moto, à vélo oue n voiture... Seulement voilà, le caneton n'a pas la parole. Devant les projecteurs chauffants comme un four, le caneton cuit et meurt. D'arrêt cardiaque, de peur, dépuisement, de déshydration, de diarrhée. (...) Plusieurs centaines de canetons sont ainsi morts pour faire rire les petits enfants. Coût ? Nul. Combien ça a rapporté ? Des millions ! »

Livre lu grâce à l'opération 'Offert pour l'achat de 2 Pocket' - le choix était restreint dans le bac.

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11 > 21 juillet

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lundi 22 juillet 2019

~ Algues vertes, l'histoire interdite - Inès Léraud & Pierre Van Hove

algues

La Revue dessinée / Delcourt, 12 juin 2019, 160 p.

♥♥

La Bretagne, ses côtes sublimes, ses paysages somptueux...
... son élevage porcin 🐷 intensif, ses nitrates, ses algues vertes 🌿 meurtrières 💀…

Algues vertes. C'est quoi ça ?
Les algues, c'est la nature ; le vert, c'est écolo. 💚
Où est le problème ?

« Documenter l'histoire des algues vertes, c'est raconter l'histoire de l'agriculture en Bretagne » explique l'auteur en postface.
En effet : adoption du modèle agricole américain dans les années 50-60 (mécanisation, démembrement, élevage hors-sol), exode rural bienvenu pour alimenter les chaînes de Citroën à l'ouest de Rennes, essor de la grande distribution main dans la main avec les industries agroalimentaires, dont les dirigeants sont potes avec nos élus...

avTout le monde y trouve son compte, et c'est pas quelques sangliers, chiens, ou joggeurs tués par le H2S (hydrogène sulfuré émanant des algues vertes) qui vont venir jouer les trouble-fêtes et mettre le bazar dans ce schéma bien huilé et ce réseau où circule un pognon de dingue.
Les tentatives d'opposition sont muselées, parfois violemment réprimées, accusées d'être responsables de suicides d'agriculteurs.


lisierCet album est le fruit de trois années d'enquête en immersion de la journaliste Inès Léraud.
Le résultat est admirable, courageux, révoltant.
On y constate une fois de plus l'inertie des pouvoirs publics (déni & mensonge), le pouvoir des lobbies. On y croise du beau monde, copains comme cochons au gré d'associations de malfaiteurs : J-Y. le Drian, F. Pinault, S. Berlusconi, L. Le Duff (La Brioche dorée), M-E. Leclerc, PPDA, X. Beulin (FNSEA), P. Burel (Ouest-France), H. Coudurier (Le Télégramme). Et même, j'ose pas y croire : F. De Rugy !
« L'association 'Les dîners celtiques' organise cinq fois par an des rencontres entre grandes fortunes, journalistes, hommes politiques, pour participer à l'amélioration de l'image et de l'économie de la Bretagne. le premier a eu lieu en 2007, dans un local appartenant à Vincent Bolloré. Depuis, ils se réunissent au Café Fauchon, place de la Madeleine, à Paris. »

Heureusement, Elisabeth Borne est arrivée au Ministère de la Transition écologique, et déclare ne pas avoir 'de leçons à recevoir sur l'écologie'.
Ouf, nous voilà rassurés, elle maîtrise le sujet. A partir de maintenant, ça sera... comme avant.

A LIRE !

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agenda2

20 juillet

 

Elevage intensif de porc et de volaille en Bretagne. (source : Wikipédia)

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*   *   *

 « La campagne d'affichage de la FNE [France Nature Environnement] apparaît dans
trois stations du métro parisien
depuis mardi. Polémique. » (Libération, 06/02/2011)

Deux des six incriminées, celles sur les algues vertes :

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dimanche 21 juillet 2019

~ Et je serai toujours avec toi, Armel Job

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Robert Laffont, 11 février 2016, 310 p.

arm♥♥♥♥

Avant de succomber à sa maladie, son mari « lui jura qu'une fois trépassé, il lui ferait parvenir un signe, afin qu'elle sache qu'il était en paix, dans l'ombre, à ses côtés, et qu'elle pouvait continuer à vivre pleinement, sans regret. »

Fervente catholique, Teresa a voulu y croire, elle a accueilli ce signe à bras ouverts, voire plus, au grand dam de ses deux fils, jeunes adultes. Lesquels n'ont eu de cesse d'ouvrir les yeux de leur mère - pour son bien ? par jalousie ? par sens moral ? Pourquoi livre-t-on ce genre de combat, au juste ?

Malgré son titre a priori niais (surtout ce 'Et' dont je cherche une explication), j'ai emprunté ce livre après avoir découvert deux romans captivants et subtils d'Armel Job - merci à quelques Babéliotes, de Belgique et d'ailleurs, qui m'ont donné envie de connaître l'auteur.
Ledit titre se révèle être l'épitaphe gravée sur la tombe du défunt époux.

J'ai longtemps douté des dithyrambes de la 4e de couv : « Roman à la mécanique implacable, conte à la morale subtile, [il] impose Armel Job comme un maître du suspense. »
A l'issue de ma lecture, j'y adhère pleinement. L'auteur prend le temps de déployer une intrigue pas si manichéenne qu'il n'y paraît. Il ménage des surprises et nous pousse à voir au-delà des évidences sur les notions de vérité, de justice et de pardon, notamment.

Le genre de livre sur lequel je méditerai après l'avoir refermé, d'autant que les révélations sur la forme du récit donnent une dimension intéressante aux redondances parfois lassantes dues à la double narration.

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19 > 21 juillet - emprunt mdtk

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samedi 20 juillet 2019

~ Mars ! - Fabrice Erre & Fabcaro

mars

Fluide Glacial, 1e édition en 2014
réédition en 2018, 48 p.

♥♥♥♥

« Un petit pas pour l'homme, un pas de géant pour l'humanité. » *
Le 20 juillet 1969, voilà tout pile cinquante ans, l'astronaute américain Neil Armstrong était le premier homme à poser le pied sur la Lune, devant 600 millions de téléspectateurs.
Après avoir lu cet album, j'en serais presque à me dire, comme 16 % des Français (sondage Ifop, 2018) : et si c'était pas vrai ?

Dans cette histoire loufoque imaginée par Fabcaro et Fabrice Erre, la mission pour Mars a été préparée de manière très approximative et avec un budget minimaliste - astronautes branques, fusée équipée d'un moteur de Twingo, grosses ficelles pour assurer la comm' malgré tout (avec un couple à la Bidochon derrière l'écran, ça semble plutôt bien fonctionner), et maintenir ainsi la cote de popularité du Président.

Un peu moins savoureuse que Zaï zaï zaï, cette BD fait quand même passer un bon moment tout en sourires, et se classe au-dessus du lot des autres 'vieux' albums de Fabcaro réédités récemment. On retrouve avec délice son humour tour à tour absurde, potache, et grinçant, ses coups de griffe sur la connerie humaine et télévisuelle, sur les magouilles de nos dirigeants sans scrupules, sur la société marketing, etc.

    * That’s one small step for (a) man, one giant leap for mankind.
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19 juillet - emprunt mdtk

 

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vendredi 19 juillet 2019

~ Un coeur trop lourd, Ann Rule

un coeur

Heart full of Lies, 2004
annruletraduit de l'anglais (US) par Claire Forget-Menot
Michel Lafon, 2006
Le Livre de Poche, 31 octobre 2007, 260 p.

♥♥

Dans la littérature policière, en général, les pervers narcissiques sont des hommes.
Et dans la vraie vie, les victimes de violences conjugales (physiques et/ou morales) sont majoritairement des femmes, à en croire les statistiques.*

Ici, on a affaire à une épouse effroyable.
Une surfeuse-photographe, sorte de sirène envoûtante, manipulatrice, vénale, égoïste, séductrice, calculatrice, menteuse, affabulatrice, hystérique, nympho, mytho, capricieuse. Et ultra-bordélique par dessus le marché : nulle en 'arts ménagers' (sic) - honte à elle !

Sur un mode journalistique, façon Truman Capote ('De Sang-froid'), l'auteur dissèque un fait divers dont on connaît l'issue dramatique dès les premières pages. Ancienne inspectrice de police, Ann Rule ne nous épargne rien : la scène de crime est minutieusement décrite, les témoignages des proches du couple divergent (oui, Chris était violent... non, c'est Liysa qui était mytho). On tourne en rond et la lecture semble interminable.

Alors que des récits similaires tels que L'Empreinte (Alexandria Marzano-Lesnevich) ou Une si jolie petite fille (Gitta Sereny) m'ont captivée et bouleversée, j'ai trouvé ce témoignage ch!ant et sans intérêt. Peut-être parce que l'auteur semble ici catégorique, sans pitié pour la présumée coupable - qu'elle n'a d'ailleurs jamais rencontrée...


   * les hommes représenteraient 27 % des cas de violences conjugales et 17 % des cas mortels
      (chiffres à relativiser car on estime que les hommes 'battus' sont encore moins enclins à porter plainte que les femmes)
      source : Le Monde, article du 10/04/2015 

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17 & 18 juillet

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mercredi 17 juillet 2019

~ Summer, Monica Sabolo

summer

JC Lattès, 2017
moniLe Livre de Poche, 2 janvier 2019, 220 p.

♥♥♥

Summer Wassner évolue dans le luxe et les paillettes d'une famille bling-bling en Suisse. Alors que tout semblait sourire à cette jeune fille riche & jolie, elle disparaît à dix-neuf ans.
Vingt-cinq années plus tard, son frère cadet la cherche encore. Lui qui s'est toujours vu comme le vilain petit canard de la famille ne parcourt pas le monde pour retrouver cette soeur gracieuse comme un cygne ; il sollicite sa mémoire dans le cabinet d'un thérapeute. Les souvenirs s'esquissent, s'étoffent. L'accouchement sera long et douloureux.

Cette énième histoire de disparition n'est donc pas un polar trépidant mais un thriller psychologique centré sur la famille, la place que chacun y trouve tant bien que mal, les relations parents-enfants, les rébellions adolescentes, le deuil.

Cette intrigue m'aurait sans doute davantage séduite sans cette impression de déjà lu. ** Notamment avec 'Quand vient la vague', de JC Tixier, et 'L'été circulaire', de Marion Brunet. **
L'auteur use et abuse d'images et de métaphores, ça devient vite ridicule/indigeste si on n'a pas l'âme lyrique. Une grande place est donnée aux rêves, également - psychothérapie oblige.

J'ai pensé malgré ces réserves à des auteurs que j'apprécie (Laura Kasischke, Joyce Maynard).
Et quelques échos douloureux sont revenus me frapper par intermittence, alors que je m'immergeais dans cette fiction - Lac Léman, Annemasse, dépaysement raté, dépression, conflits familiaux irrémédiables…
La preuve quand même que j'ai réussi à être touchée.

Avis mitigé, donc, comme pour beaucoup de lecteurs sur Babelio.

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16 juillet

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mardi 16 juillet 2019

~ Filles de la mer, Mary Lynn Bracht

filles

White Chrysanthemum, 2018
marytraduit de l'anglais (US) par Sarah Tardy
Robert Laffont, 2018
Pocket, 21 février 2019, 416 p.

♥♥♥

Nées vers 1930 sur l'île de Jeju - actuelle Corée du sud - Hana et Emi sont destinées à devenir 'haenyeo' (plongeuses en mer), comme toutes les femmes de la famille.
Bien que sœurs, elles auront des vies très différentes, mais seront toutes les deux terriblement marquées par l'occupation japonaise, puis par la guerre civile après la reddition du Japon en 1945 (occupations américaine et soviétique...).

Comme tant d'autres histoires de guerre côté civil, celle-ci nous montre qu'il ne fait pas bon être femme lorsque le soldat colonisateur
- assouvit sa libido en ayant perdu tout sens moral
- a des territoires à (re)conquérir : « Comme beaucoup de mes camarades, j'ai dû quitter ma maison dans le nord pour m'enfuir au sud de la ligne de combat avant que les communistes ne me tuent comme ils ont tué ma famille. Ils m'ont tout pris. Ils nous ont tout pris, à tous. C'est pourquoi nous nous marions avec vous, pour reprendre ce que nous avons perdu, mais surtout pour nous reproduire afin de dissuader les communistes d'envahir le sud. C'est pour ton bien... et pour le bien de la Corée. »

Ce roman est une page d'Histoire, qui nous instruit sur le contexte géo-politique de la Corée pendant et après l'occupation japonaise. Ce récit nous bouleverse et nous révolte comme d'autres récits de guerre où le corps des femmes est un autre champ de bataille.

J'ai un peu honte de dire que je me suis ennuyée dans ces 400 pages - trop de longueurs dans les chapitres consacrés à Hana et trop de vide dans ceux sur Emi.

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13 > 15 juillet

jeju

 

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samedi 13 juillet 2019

~ Tête de gondole, Didier Tronchet & Nicoby

tête de

Dupuis, 8 mars 2019, 160 p.

Bienvenue entre les rayons et dans les coulisses de l'hyper 'Cash', un des temples (fictif) de la conso à Dinan, Côtes d'Armor.
Tout y est pensé pour que vous bourriez vos caddies jusqu'à la gueule, chaque occasion est bonne à prendre. Là, la fête des pères approche. N'oubliez pas d'offrir un rasoir dernier cri à Papa. Cliché sexiste ? Un aspirateur, alors ?
Mais Mandon, le directeur du magasin, va devoir mettre ces préoccupations marketing de côté pour vivre malgré lui une aventure un peu loufdingue.

Une pastille sur la couverture promet 'Le renouveau de la comédie'.
Tronchet m'amuse généralement mais je n'aime pas son graphisme, carré et lourd. On n'a pas ce problème ici : c'est Nicoby qui dessine.

Oui, l'album égratigne l'univers sans pitié (pour les clients et les salariés) et sans scrupules (magouilles financières) de la grande distribution, mais ça reste trop léger.
Moins drôle, délirant, décapant que Zaï Zaï Zaï de Fabcaro.
Moins corrosif et instructif que Encaisser (Anne Simon & Marlène Benquet, collection Sociorama), Moi vivant, vous n'aurez jamais de pauses (Leslie Plée).
Et j'en oublie sur ce thème - pour ne citer que les BD.

Déçue. Je ne me suis pas gondolée comme je l'espérais. 

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10 juillet

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mercredi 10 juillet 2019

~ Le Manuscrit inachevé, Franck Thilliez

le manuscrit

Fleuve Noir, 2018
Pocket, 2 mai 2019, 600 p.

thi

♥♥♥♥

La couleur est annoncée d'emblée : la fin de l'histoire n'a pas été écrite.
Ah zut, pas de dénouement, pas de lecture. Je tiens à ma liberté de penser comme dirait l'autre, mais y a des limites : qu'on ne me demande pas d'être frustrée, ni de terminer le boulot d'écrivains grassement payés. Ni de participer à un jeu de piste cousu de fil blanc, plein d'incohérences (cf. Reverde Thilliez).
En fait si, une fin est proposée, mais imaginée par le fils de l'auteur - qui est Caleb Traskman, pas Franck Thilliez. Première mise en abyme. Il y en aura d'autres, plus ou moins. Que cela ne décourage pas le futur lecteur potentiel, ça reste simple. Et beaucoup moins ingénieux/vertigineux que dans un certain roman de Gilda Piersanti, en particulier.

De quoi est-il question ? de disparitions de jeunes filles, de perversions, de crimes atroces. C'est l'hiver, il fait froid, on se balade entre la Côte d'Opale et la région de Grenoble. Quelques fils d'Ariane : un xiphophore, un bonnet tricoté main, des coffres de voitures, une partie d'échecs célèbre.
Thilliez reprend des thèmes qu'il affectionne (et/ou qui font recette ?) : mémoire, chiffres, maths et énigmes, palindromes. Dommage que ces sujets soient juste effleurés ici car l'auteur m'enchante lorsque ses romans sont nourris de vulgarisation scientifique (Le Syndrôme E, Gataca...). 

A déplorer aussi des métaphores douteuses : « Tandis qu'elle jouissait (...) il grogna lui aussi, la bouche ouverte contre son épaule. Il frémissait comme un nouveau-né. Et quand ils eurent finis, épuisés, étourdis, il roula sur le côté, la poitrine ambrée dans l'obscurité, tel le sommet d'une dune (...). »

La lecture est agréable, le suspense bien entretenu, mais la pirouette finale est trop facile, et l'ensemble donne a posteriori l'impression d'avoir été lu/vu X fois.

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2 > 9 juillet

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dimanche 7 juillet 2019

~ 10 000 brèves de Comptoir, Jean-Marie Gourio

bdc

jmgJean-Marie Gourio a commencé à recueillir et compiler ses Brèves de comptoir en 1988.

Dans les années 1990, je me régalais à lire ces perles, petits échanges saisis dans des bars et retranscrits.
Ces paroles sont à la fois bêtes, touchantes, absurdes, sages. Souvent logiques et pleines de bon sens, en tout cas.
La restitution par l'auteur est très drôle, généralement plus bienveillante que moqueuse.

Trente ans plus tard, m'amusent-elles toujours autant ? Ont-elles bien vieilli ? Et moi ?
Oui, elles me font toujours rire, beaucoup. Certaines restent d'actualité, tout en témoignant d'une époque. On se replonge ainsi dans les années Mitterrand, le scandale du sang contaminé, la guerre en Bosnie, le référendum de Maastricht, Tapie, Cresson, etc.

Finalement, même si 'le monde bouge' d'après certains, rien n'a vraiment changé ici-bas (à part le climat 😓) et notre façon de voir et commenter les événements reste humaine, pour le meilleur (esprit critique, empathie) et le pire (raccourcis, mauvaise foi, bêtise…).

Posologie : quelques pages chaque soir, seul ou à deux, pour se coucher de bonne humeur et se marrer tout(e) seul(e) en repensant à certaines répliques, par exemple si la canicule chasse le sommeil…   re-😓 

 

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