Canel

samedi 25 mai 2019

Un dimanche chargé.

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 Elections et fête des mères - VERINO #163  

Bonne fête des mères, bon vote,
et bon courage à ceux qui travaillent
ce dimanche !
😢😉

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mercredi 22 mai 2019

~ Je t'aime, Barbara Abel

je t'aime

Belfond 2018
Pocket, 9 mai 2019, 496 p.

♥♥

« Une famille recomposée est-elle réellement une famille ? [...] Quand tu te retrouves tout seul à te démener pour sauver l'avenir de ta fille, tu t'aperçois que la famille recomposée a ses limites. »

Tenir le cap dans la joie et la bonne humeur avec ses propres enfants et leur père me semble parfois tellement ardu, que je me demande comment font les membres des familles recomposées.
Avec Maude & Simon et leur trois ados, Barbara Abel nous propose un scénario cauchemardesque de ce genre d'alliance et de cohabitation.
Jusqu'où irait-on pour sauver ou venger son enfant ? On peut gravir et déplacer des montagnes, ou tomber très bas et entraîner beaucoup de monde dans sa chute.

Bien que douloureux, ce thriller psychologique & familial est agréable à lire. L'introduction est prometteuse, qui nous montre dans quelles circonstances Maude, Solange et Nicole ont prononcé 'Je t'aime' pour la première fois, et comment cette première fois a été révélatrice ou a façonné leurs vies de femmes et de mères. La suite s'en éloigne, et donne a posteriori un côté un peu artificiel à ce prologue, mais peu importe.
Quant au titre - qui nous impose la voix beuglante de Lara F* à chaque fois qu'on se saisit du livre - ce n'est pas celui que j'aurais choisi.

Pour en revenir au positif : comme dans ses autres romans, l'auteur nous donne un très bon aperçu de la noirceur humaine, en particulier des drames qui peuvent se jouer en famille et dans le couple, derrière les murs - aussi jolies soient les façades, les fissures peuvent se manifester très vite et faire dégringoler un 'home sweet home'.
A travers la voix de Nicole, Barbara Abel nous invite aussi à réfléchir à la notion de justice, la légale, opposée à celle qu'on aimerait appliquer lorsqu'on est victime :
« Des coupables, des innocents. La justice est lente, complexe, elle manque de moyens. A quoi sert-elle, si ce n'est à sortir du cercle vicieux de la vengeance ? Protéger, décider, sanctionner. [...] La justice est garante de l'ordre public, elle agit avec raison alors que la vengeance est un acte de passion. »

Famille, adolescence, couple, justice… J'ai aimé la façon dont l'auteur a tissé tous ces thèmes ici, renvoyant souvent le lecteur à ses propres difficultés et questionnements.

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agenda2

19 > 22 mai

 

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dimanche 19 mai 2019

~ Assassins d'avant, Elisa Vix

assassins

Editions du Rouergue, 6 septembre 2017, 176 p.

elvi

« On a tiré sur la maîtresse ! »
L'école Jacques Prévert est en émoi, et particulièrement les élèves du CM2 de Marie Moineau, enseignante appréciée de tous : « Je ne crois pas qu'elle avait des méthodes d'enseignement particulières, mais on avait envie de travailler pour lui faire plaisir. (…) Pour la première fois, un adulte croyait en moi. »

Le drame a eu lieu vingt-cinq ans plus tôt, les élèves de la classe avaient dix ans, la fille de la victime cinq ans. A elle, on n'a jamais dit grand chose, on voulait 'la protéger'. Aujourd'hui, elle veut comprendre. Rien de mieux pour cela que de rencontrer quelques témoins.

J'ai connu cette auteur avec son dernier roman coup de poing, Elle le gibier.
Assassins d'avant est construit de la même façon : une enquête informelle qui progresse grâce à des témoignages. Les voix alternent dans de courts chapitres.
Beaucoup de non-dits, de mensonges par omission, pour sauver sa peau, sa famille, son couple, et pour protéger la jeune femme en quête de LA vérité.
Moins percutant que Elle le gibier, plus romantico-romanesque, ce roman noir est malgré tout prenant et bouleversant.
En marge de l'intrigue, l'auteur livre des réflexions intéressantes sur l'euthanasie : « Qui est l'égoïste ? La mère qui veut garder son fils, même enveloppe vide ? Ou le frère qui veut hâter la fin pour ne plus s'infliger l'abominable spectacle du corps martyrisé ? »

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agenda218 mai - emprunt mdtk

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vendredi 17 mai 2019

~ L'Echange, Rebecca Fleet

l'échange

The House Swap, 2018
rebtraduit de l'anglais par Cécile Ardilly
Robert Laffont, 2018
Pocket, 9 mai 2019, 345 p.

♥♥♥

Echange appartement à Leeds (Yorkshire) contre maison 'ailleurs', pour quelques jours.
Echange quiétude durement acquise contre souvenirs d'une période trouble, deux ans plus tôt.
Echange vie conjugale et familiale plan-plan contre aventure sexy.
Echange bonnes résolutions contre remords (et rechute ?).

Beaucoup d'ingrédients rebattus dans ce thriller psychologique (notamment les difficultés conjugales), et un habillage trop eau-de-rose - étreintes furtives, exhibi, préliminaires haletant(e)s, empoignades sauvages, souvent à la sauvette…
Je n'ai jamais autant vu de gens 'trembler comme des feuilles', de coeurs battre 'la chamade', ou 'à tout rompre'. (1)
Aucun des personnages ne suscite la sympathie, certains sont même franchement pénibles, comme Caroline, trentenaire fleur bleue, immature et capricieuse.

Le suspense et les rebondissements m'ont entraînée à avancer rapidement (« Mais à quoi 'il' joue ? » me demandais-je, fébrile) alors que les passages romantico-charnels me mettaient le rouge aux joues (d'énervement, rien d'autre).
Autre bon point : le parallèle entre l'addiction amoureuse et médicamenteuse.
Et l'intrigue s'avère originale.

(1) avis à celles/ceux qui confondent parfois coeur et ***, ça pourrait leur plaire ! 😉

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agenda213 > 15 mai

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mercredi 15 mai 2019

~ La fille secrète, Shilpi Somaya Gowda

la fille secrète

Secret Daughter, 2010
shitraduit de l'anglais (Inde) par Josette Chicheportiche
Mercure de France, 2011
Folio, octobre 2012, 470 p.

♥♥♥♥

1984, Etats Unis.
Union stérile pour ce couple de médecins, au grand désespoir de la femme.
A près de 15 000 kilomètres de là, en Inde, les filles sont toujours indésirables dans les familles pauvres - on ne peut pas se permettre d'élever plusieurs enfants, ni d'économiser pour la dot. Les parents sont encouragés à pratiquer une IVG si l'échographie révèle que le bébé n'est pas un garçon. C'est payant. On peut aussi supprimer la fillette à la naissance. C'est gratuit. Il suffit d'avoir une pelle pour l'enterrer discrètement... Kavita a déjà perdu sa première fille de cette façon. Déterminée à sauver la seconde, elle la place dans un orphelinat, espérant une vie meilleure pour elle, si celle-ci a la chance d'être adoptée par un couple aisé (occidental, par exemple).

Ce roman donne un aperçu de l'Inde des trente dernières années, en particulier des pratiques de 'régulation' de la natalité chez les plus démunis. L'histoire de Kavita rappelle les destins de femmes chinoises décrits par Xinran (notamment dans Messages de mères inconnues) ou Julie Ewa (Les petites filles). On y découvre différents visages de Bombay/Mumbai, de ses bidonvilles à ses demeures de riches propriétaires.

A travers les destins croisés de Kavita, de sa 'fille secrète' et de la mère adoptive américaine, l'auteur soulève également les multiples problèmes et questions que peuvent poser l'adoption, pour la mère biologique, l'enfant abandonné/recueilli et pour les parents.

Agréable à lire, instructif, moins superficiel que La tresse, plus romancé et moins dense que les ouvrages de Xinran.

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agenda28 > 12 mai - merci Sandrine !

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samedi 11 mai 2019

~ La Jeune Fille et la Mort, Ariel Dorfman

la jf et la mort

Actes Sud Papiers, 4 juin 1999, 54 p.

arield♥♥♥♥

Dans ce pays d'Amérique latine, la dictature a officiellement laissé place à une démocratie, mais les tortionnaires/criminels n'ont pas été jugés. En vertu d'une loi d'amnistie, le pays est censé « se réconcilier dans la paix ».
Quinze ans après sa détention, Paulina n'est pas guérie. Il lui est par exemple impossible d'entendre des musiques qu'elle aimait avant d'avoir à les subir pendant les agressions de ses geôliers.

Lorsqu'il lui semble reconnaître la voix d'un de ses bourreaux, elle est déterminée à obtenir ses aveux.
« Pour quoi faire ? A quoi ça va lui servir ?
- Peut-être pour la libérer de ses fantômes, comment savoir ce qui passe par la tête de quelqu'un qui a été... mais je crois que je comprends cette nécessité qui correspond bien au besoin du pays tout entier de mettre en mots ce qui nous est arrivé. »

Texte court, pudique et intense sur la nécessité, pour les victimes, d'obtenir réparation après outrage(s). Sous quelle forme ? Au moins une reconnaissance publique des souffrances endurées et des torts des bourreaux, sans laquelle elles ne pourront panser leurs plaies, et risquent de faire justice elles-mêmes, si elles en ont la possibilité. Et c'est l'escalade de la haine :
« Comme ça, on continue la violence, toujours la violence. Hier, on vous a fait des choses terribles et aujourd'hui, c'est vous qui me faites des choses terribles. Demain... et ainsi de suite. »

C'est ce qu'on attend des instances de la Justice.
Quid de la défense ? Ces criminels méritent-ils d'être défendus ?

Cette pièce a été adaptée au cinéma en 1994 par Polanski (magnifique film, que je refuse de revoir, comme tous les autres de ce réalisateur). J'ignorais alors que cette histoire s'adaptait si bien à lui. A travers la voix de Roberto, il plaiderait ni responsable ni coupable, et refuserait de se soumettre à un jugement ?

Le texte de la pièce – signé par Ariel Dorfman, militant des droits de l'homme argentino-chilien – reste néanmoins à découvrir, sans cette arrière-pensée désagréable d'une éventuelle 'récupération'...

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agenda211 mai

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mercredi 8 mai 2019

~ Elle le gibier, Elisa Vix

elle le gibierEditions du Rouergue, 3 avril 2019, 144 p.

elvi♥♥♥♥

Remerciements de l'auteur en fin d'ouvrage :
« A tous mes employeurs, sans qui ce livre n'aurait pas été possible... On l'aura compris, ce roman est inspiré de ma désastreuse carrière professionnelle. »
Elle aurait pu sombrer, mais au lieu de cela :
« Face à l'adversité managériale, je me contentais de jubiler intérieurement en pensant : 'Le p... de bouquin que je vais écrire !' Viva la literatura ! »

Et Elle le gibier est en effet un p... de bouquin, un récit choral lapidaire, lapidant, laminant.
Si on (a) fait l'expérience de souffrance au travail, en tant que 'victime' ou témoin, on s'y retrouve, douloureusement.
On s'y retrouve autant qu'on s'y perd, d'ailleurs, car si certaines situations professionnelles et certains modes de management sont objectivement traumatisants, intolérables, il y a aussi le ressenti (subjectif) de ceux qui souffrent. Leur malaise vient-il vraiment du travail ? Sont-ils victimes ou bourreaux en accusant leur hiérarchie/collègue de les malmener ? Est-on lâche et/ou lèche-bottes si on ne prend pas parti pour eux ? etc.
Mais je m'égare avec des exemples dans lesquels je suis trop engluée pour l'instant…

Quoi qu'il en soit, ce livre d'Elisa Vix est à lire.
En ayant évidemment une pensée émue
- pour les victimes de France T3l3com (procès pour harcèlement moral en cours) et d'ailleurs,
- pour ceux - notamment les sur-diplômés - qui ne trouvent pas leur place dans un marché du travail sans pitié,
- et ... pour tous ceux qui ont choisi d'en finir, en nous laissant des 'Pourquoi ?' assourdissants plein la tête...

Sur le sujet : Les heures souterraines (Delphine de Vigan), Les visages écrasés (Marin Ledun), La chance que tu as (Denis Michelis), Encaisser (Anne Simon & Marlène Benquet, collection Sociorama)...

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agenda27 & 8 mai

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mardi 7 mai 2019

~ La nuit tombée, Antoine Choplin

la nuit tombée

Points, 16 janvier 2014, 128 p.

antclu par Mr

♥♥♥♥

Gouri se rend dans la ville où il vivait avec sa famille.
Sur le trajet, il s'arrête chez des amis, à quelques dizaines de kilomètres de sa destination interdite : Pripiat, la ville qui jouxtait l'ancienne centrale nucléaire de Tchernobyl. La catastrophe du 26 avril 1986 a marqué un tournant dans la vie de chacun. Ceux qui sont encore en vie y ont beaucoup perdu : un ou plusieurs proches, la santé, un cadre de vie. Gouri ne fera pas revenir sa fille à la vie, mais il a besoin de ce retour à Pripiat, fut-ce au péril de sa santé.

En 120 pages (édition Points), l'auteur met en évidence la profondeur de l'empreinte de la catastrophe sur les lieux, sur les corps et les esprits. En peu de mots, les personnages se disent beaucoup de choses, de ce qui leur reste de vie et d'eux-mêmes. La vodka libère la parole, direz-vous ! Certes, les discussions se déroulent souvent autour d'une bouteille, mais elle fait ici simplement partie du décor.
Seuls quelques aspects de la catastrophe de Tchernobyl sont évoqués dans ce court roman, mais ces détails disent beaucoup de son impact sur la vie des riverains.

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lundi 6 mai 2019

~ Tout sur mon chien, Alejandro Palomas

tout sur mon chien

Un Perro, 2016
traduit de l'espagnol par Vanessa Capieu
Cherche Midi, 5 avril 2018
Pocket, 4 avril 2019, 330 p.

♥♥♠♠♠

Mort d'un chien ?
Et chienne de vie…

Tout sur son chien ?
Beaucoup trop sur lui, et même sur ses deux chiens et ceux de la famille sur trois générations.
Ça peut agacer, ça m'a ennuyée - voire pire.

De cet auteur, j'ai beaucoup aimé Une mère. Il met du temps à démarrer, mais une fois parti, c'est bon.

Même schéma ici : un huis clos familial, des engueulades, des rancoeurs, des divagations maternelles (vraiment too much), des manifestations d'amour. Et pléthore de souvenirs personnels du narrateur, à tel point qu'on peut se perdre dans les événements et la chronologie, surtout qu'on a fait un bond de quelques années depuis le précédent opus.
Beaucoup de poncifs, comme : « Nous ne voyons que ce qui nous manque, pas ce qui est près de nous ». Ou la métaphore éculée du puzzle (pour la famille, l'individu, etc.).
La vigilance retombe, j'ai perdu le fil, je me suis engluée dans des phrases trop longues, et c'est dommage car, comme dans Une mère, il y a des moments sublimes (mais beaucoup moins, ici) pour parler de famille, fratrie, malentendus, pudeur, solitude, deuil.

De ce livre, je pense tout et son contraire : canin, humain, mélo, mou, théâtral, outré, comme-à-la-maison, loufoque, chiant comme la pluie/la vie, mal fichu, nombriliste, superficiel.
C'est quand même l'ennui qui a dominé, et je suis déçue de n'avoir trouvé que quelques soubresauts d'éveil.

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agenda230 avril  >  6 mai

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dimanche 5 mai 2019

~ Trouble passager, David Coulon

trouble passager

French Pulp éditions, 11 avril 2019, 290 p.

davc♥♥

Confrontation entre un écrivain de quarante ans et une jeune fille qui l'accuse de crimes.

Lorsque l'auteur a présenté succinctement cet ouvrage au Festival de Mauves en Noir, l'idée générale m'a rappelé l'excellent film 'La jeune fille et la mort' (1994). Un film que j'aimerais revoir, mais dont j'ai blacklisté le réalisateur depuis quelques années. J'ai la solution : lire la pièce qui l'a inspiré, signée de l'auteur argentino-chilien Ariel Dorfman. Ça ne saurait tarder, le livre est en commande.

L'auteur de ce roman noir, David Coulon, est psychologue. Il développe ici l'idée que « la grande balance du monde tient en équilibre grâce au va-et-vient constant entre l'état de victime et celui de bourreau. »
Soit, mais de la même façon que Coluche a dit que « les hommes naissent libres et égaux, mais [que] certains sont plus égaux que d'autres », il me semble que certains sont plus souvent d'un côté que de l'autre. Dans l'absolu, en tout cas, avec le hasard de distribution des cartes à la naissance, notamment.
Dans cette intrigue, en revanche, le principe se vérifie, chacun passe de prédateur à proie.

J'ai aimé l'éclairage psy de l'auteur, notamment la métaphore sur la vie comme une pièce (pièce dans laquelle on vit, ou pièce de théâtre), dont un rideau rouge cache l'indicible, l'inmontrable, « le lieu des fantasmes, des interdits ».
J'ai moins apprécié le début, je n'y ai pas cru. Ce n'est pas ainsi que j'imagine le comportement d'une maman dont la fillette de neuf ans a disparu depuis cinq années. Lucie m'a semblé désinvolte, à vouloir tourner la page de cette façon...
Il reste également une question en suspens, ou alors j'ai lu la fin trop vite. ** Le 'vieux' est-il vraiment là-bas ? **
Malgré ces réserves, malgré l'atmosphère étouffante et la violence, j'ai été captivée par cette intrigue, lue en une journée. Intrigue qui pose de nouveau la question de... ** la 'transmission' et de la répétition dans les comportements pédophiles, comme le souligne Rene Denfeld dans 'Trouver l'enfant'. **

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agenda2

 4 mai - festival Mauves en Noir

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samedi 4 mai 2019

~ Les Routes de la vodka (A la recontre de l'ex-URSS), Nicolas Legendre

les routes

Arthaud Poche, 3 avril 2019, 416 p.

nicol

lu par  Mr

♥♥

Le journaliste Nicolas Legendre (Le Monde, Géo) enquête sur les liens qu'entretiennent avec la vodka des populations de l'ex-URSS (Russes, Géorgiens, Arméniens, Azeris, Kazakhs, Ouzbeks, Khirghizs…).
Pour cela, l'immersion est appropriée ! Et l'auteur n'hésite pas à trinquer abondamment avec ceux qu'il croise, à tel point que je me suis d'abord demandé s'il voyageait pour étudier sur la vodka, ou s'il prenait prétexte de son voyage pour picoler…

Ce sont finalement bien les personnes rencontrées et les témoignages recueillis qui sont au coeur de ce récit de voyage(s) :
- voyages dans le temps avec l'évocation fréquente du passé (marques de l'époque soviétique, catastrophe de Tchernobyl, assèchement de la mer d'Aral, effondrement du régime communiste…),
- et des voyages dans l'espace via les nombreux pays traversés.
La carte en début de livre est bienvenue, permettant de suivre l'itinéraire de l'auteur.

A travers ces petites histoires, Legendre nous fait visiter la géographie et l'Histoire de l'ex Union soviétique, mêlant des considérations géo-politiques (conflit entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie pour la possession du Haut-Karabagh arménien…) et sociologiques (place de religions, rapports à l'alcool…).
Son style est agréable, et le tout est très instructif, même s'il m'a été difficile de m'identifier au narrateur tant la capacité à apprécier les alcools forts, notamment la vodka, m'est étrangère.
Si ces contrées, leurs histoires et leurs populations vous intéressent, alors vous apprécierez sans modération cette lecture.

■  EXTRAIT :

  Dans le caractère russe, boire n'est pas seulement gastronomique : le Russe boit quand il va mal ou quand il va bien, quand son fils est né, quand sa grand-mère est morte... C'est traditionnel. Voici le problème : quand le Russe ouvre une bouteille, il ne la referme pas tant qu'elle n'est pas finie. L'autre problème c'est la deuxième bouteille. Le Russe ne comprend pas qu'il y a des limites.
  (p. 379)

 

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vendredi 3 mai 2019

~ Village global, David Lessault & Damien Geffroy

village global

Steinkis, 17 avril 2019, 144 p.

vg♥♥

Quand on leur annonce que quelques demandeurs d'asile vont être accueillis dans leur commune, les habitants de Mazé (Maine-et-Loire) s'agitent.
Certains sont prêts à en découdre et s'amusent à coller des affiches à la nuit tombée, vite recouvertes par celles du camp adverse. D'autres discutent, écoutent ceux qui participent à l'accueil de ces 'nouveaux' étrangers. Oui, 'nouveaux', parce qu'il s'avère que Mazé compte déjà au moins un Polonais 9 mois sur 12, un demi-Espagnol, des Roms, une Anglaise - plus ou moins bien intégrés dans le paysage socio-économique local…

L'album peut sembler consensuel, caricatural et trop simple si on se tient déjà informé des phénomènes migratoires présents et passés.
En réalité, le scénariste David Lessault (géographe spécialisé dans les migrations internationales et l'accueil des étrangers en milieu rural) a réussi un excellent outil pédagogique. A travers les histoires de Gégé, Olek, Boy Dakar, Mrs Smith et quelques autres, il rappelle la douleur de certains exils, et comment la France s'est peuplée et enrichie économiquement et culturellement, grâce à des vagues migratoires - en particulier depuis le début du XXe siècle.
Le talent de l'illustrateur contribue à rendre la lecture très agréable. La façon dont les cartes sont positionnées est intéressante - la France n'est pas le centre du monde !


J'ai particulièrement apprécié les rappels en chiffres, qui relativisent les discours alarmistes et populistes médiatiques et politiques, avec le fameux 'On ne peut pas accueillir toute la misère du monde', a fortiori si elle s'accompagne de 'bruit & d'odeur' (sic) :
« L'idée répandue d'une immigration massive suscite beaucoup de crainte aujourd'hui. Pourtant, on constate dans les faits que la part des immigrés dans la population reste très stable dans l'histoire, autour de 8 %. [...] Ce que l'on dit moins, ou pas du tout, c'est que le nombre d'immigrés varie en fonction des décès mais aussi des sorties du territoire ! L'Insee estime que 332 000 personnes arriveraient en France chaque année mais dans le même temps, 95 000 immigrés d'origine étrangère retournent dans leur pays ou migrent vers un autre pays et 97 000 de ces entrées en France sont le fait de Français de retour de l'étranger. [...] Nous avons été surpris d'apprendre, par voie de presse, la réaction des [habitants]quand on réfléchit à ce que représentent 4 migrants pour 5 000 Mazéïais, pris en charge par l'Etat et encadrés par des associations de bénévoles ! »

Facile à lire, instructif et émouvant, accessible dès le collège.

A compléter avec Eux c'est nous (collectif), le documentaire de France 2 Histoires d'une nation, Entre deux mondes (Olivier Norek), etc.

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3 avril - merci à Babelio et aux éditions Steinkis !

 

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mercredi 1 mai 2019

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mardi 30 avril 2019

~ Trouver l'enfant, Rene Denfeld

trouver

The Child Finder, 2017
renetraduit de l'anglais (US) par Pierre Bondil
Rivages/Noir, 16 janvier 2019, 300 p.

♥♥

Les histoires de disparitions d'enfants ou d'ados, j'avais dit que j'arrêtais d'en lire. Mais les éloges sur ce livre de Nameless, Iris et Crossroads sur Babelio ont eu raison de cette résolution. Surtout que son auteur est Rene Denfeld, dont j'ai pu apprécier le talent avec le roman En ce lieu enchanté.

Légère crainte en commençant la lecture : avec la forêt, la montagne, la neige, l'isolement, les trappeurs, on semble en plein nature writing.
Bonne surprise en revanche en découvrant l'angle choisi : on suit tour à tour 'la fille de la neige', un enfant en captivité et Naomi, une femme qui cherche des disparus. Pas une enquêtrice officielle de la police, mais une détective privée qui avance au feeling. Pas non plus une rigolote profiteuse charlatane qui prétend localiser l'enfant perdu grâce à des dons venus du ciel, des astres, etc. Naomi, la 'chercheuse d'enfants' (titre original du roman), fait appel à un sixième sens, malheureusement acquis de propres expériences infantiles traumatisantes. Tout reste donc parfaitement crédible. Et même particulièrement émouvant, puisque chaque enquête de Naomi l'aide à progresser pour affronter son passé, encore en partie refoulé.

Certains passages explicites peuvent paraître gênants, impudiques. Je préfère savoir qu'ils ont été écrits par une femme que par un homme.
J'ai malgré cela trouvé ce roman admirable de sensibilité.
Il porte en outre un beau message d'espoir pour les victimes de maltraitance :
« C'est […] ce que je dis aux enfants après les avoir retrouvés : de s'approprier ce qui leur est arrivé. Je veux qu'ils se sentent en accord avec eux-mêmes, qu'ils n'éprouvent pas de honte.
- Exactement. [...] Une fois que cela fait partie de toi, plus personne ne peut le voir.
- Que tu as été différent un jour ?
- Que tu aurais dû être autre que tu ne l'es. » 

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 26 > 29 avril - emprunt mdtk 

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vendredi 26 avril 2019

~ Jean-Louis, Fabcaro

jean-louis

Glénat BD, GlénAAARG, 23 mai 2018, 80 p.

On a du mal à imaginer Robert Bidochon en prof.
Et pourtant, ce Jean-Louis de Fabcaro lui ressemble beaucoup : un type moche, répugnant, bête à bouffer du foin, gaffeur.
Et comme il est célibataire et n'entend pas le rester, il drague lourdement.

Encore un Fabcaro très décevant, sur lequel je ne m'étendrai pas.
Humour absurde mais sans subtilité.
Gags lourds, souvent scatos, répétitifs.

Attention aux rééditions : un auteur génial ne l'a pas toujours été... et peut ne plus l'être.

Dans le même genre de loser disgracieux à la recherche du grand amour, il y a beaucoup plus drôle et sympa que ce Jean-Louis : Victor Lalouz (de Diego Aranega).

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jeudi 25 avril 2019

~ La Femme à la fenêtre, A.J. Finn

la femme

The Woman in the Window, 2018
finntraduit de l'annglais (US) par Isabelle Maillet
Presses de la Cité, 2018
Pocket, 14 février 2019, 600 p.

♥♥♥

Voilà presque un an qu'Anna vit seule avec son chat, recluse chez elle. Suite à un traumatisme, elle traîne son agoraphobie en peignoir et jogging entre les murs de sa grande maison de Harlem. Elle ne se lave guère, et n'ouvre jamais ses fenêtres.
Pour se sentir moins mal, elle ingurgite des psychotropes, un peu n'importe comment, et boit du merlot à gogo. De quoi rouler sous la table à chaque page.
Anna fait plein d'autres trucs : sur Internet, elle joue aux échecs, et en tant qu'ancienne psy, elle donne des conseils à d'autres agoraphobes. Elle a aussi ses petits rendez-vous vespéraux avec des proches, et elle reçoit une fois par semaine la visite d'une kiné et d'un psy.
Anna 'sort' de chez elle par deux moyens : en espionnant les voisins avec son Nikon, et en regardant des vieux films en noir et blanc dont elle connaît chaque réplique par coeur.
Tout cela se brouille un peu dans son esprit, évidemment.


Difficile de ne pas penser à Hitchcock à la lecture, tant l'auteur y fait référence.
L'intrigue est parsemée de dialogues des films que (re)voit Anna, l'éclairant dans ses recherches lorsque la réalité lui échappe, et donnant du même coup des indices au lecteur.
Le livre est habile et possède le même charme qu'un vieux film (Hitchcock, Clouzot) ou un vieux polar (Boileau-Narcejac, Irish) : agréable à suivre, parfois lent mais pas ennuyeux, pas vraiment crédible, plein de surprises - en partie devinées, mais qu'importe...

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agenda2

22 > 25 avril

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mercredi 24 avril 2019

~ Mistral perdu (ou les événements) - Isabelle Monnin

mistral

Editions JC Lattès, 2017
Le Livre de Poche, 2 janvier 2019, 185 p.

imo

♥♥♥

Ce titre empreint de nostalgie est avant tout un hommage au chanteur Renaud. Sans être le personnage principal du texte, il en est le fil/bandana rouge, car ses chansons, sa carrière, ses engagements et l'homme qu'il a été et est devenu ont marqué la vie d'Isabelle Monnin.

A la manière d'Annie Ernaux dans Les Années et de JP Dubois dans Une vie française, l'auteur relate ici son parcours d'enfant née au début des 70's dans une famille de 'classe moyenne'.
Inscrits dans les contextes socio-économiques, politiques et culturels de ces quarante dernières années (et des poussières), les souvenirs d'Isabelle Monnin ressemblent à ceux d'une partie de sa génération, ce qui donne une portée documentaire à cet ouvrage si intime. D'autant que l'auteur, sociologue, livre succinctement ses analyses de ces 'événements' qui ont marqué 'notre' époque, et des métamorphoses de la société.

L'exercice est réussi. Mais j'ai été aussi agacée qu'admirative.
Agacée, parce que j'ai déjà lu 'ce' livre plein de fois, sous les plumes d'Annie Ernaux, Jean-Philippe Blondel, Delphine de Vigan - thématiques, style et certains tics d'écriture (notamment sur le deuil).
Admirative parce que l'auteur est douée pour nous replonger dans nos souvenirs grâce à l'évocation du quotidien : jeux, musique, variété française, télé, ciné, radio, politique et ses temps forts, espoirs & ambitions. Elle pose en outre un regard intéressant sur les désillusions personnelles et collectives de ceux de sa génération, sur « les événements qu' [on] ne comprend que trop tard, en décalé » à la lumière de ce qui a suivi et de la maturité acquise…

Lecture réservée aux plus de 35, voire 40 ans ?

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6  >  9 avril

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lundi 22 avril 2019

~ L'été circulaire, Marion Brunet

été circulaire

Albin Michel, 2018
mbLe Livre de Poche, 3 avril 2019, 250 p.

Céline & Jo, soeurs de 16 et 15 ans, dans la touffeur d'un été du Luberon.
Le dernier été de l'insouciance adolescente ? Céline est sexy, aguicheuse ; Jo, lucide, colérique, pragmatique, vit dans son ombre.
Elles ne sont pas touristes (d'ailleurs elles ne sortent jamais d'ici), elles vivent dans cette petite ville près de Cavaillon, entourées de copains. Les parents triment - la mère est employée municipale, encore jeune, pas trop mal, un peu vulgaire, dure, fière ; le père est maçon, descendant de réfugiés espagnols. Il boit trop, parce qu'il fait chaud, qu'il a un boulot éreintant, et surtout « pour rendre les choses floues ». A l'occasion, il cogne ses filles, quand « ça vrille », parce qu'il « n'a pas beaucoup de vocabulaire ».

Roman noir très réussi, qui frappe fort, aussi fort que le précédent 'Dans le désordre'. Là encore, l'auteur décrit brillamment le désarroi d'adolescents et de parents pris eux aussi dans la tourmente, alors qu'ils ne sont guère plus mûrs et qu'ils ont été propulsés trop tôt dans une vie d'adultes pas vraiment à la mesure de leurs rêves.

J'ai pensé au Paradoxe d'Anderson de Pascal Manoukian pour la fresque sociale, à Corniche Kennedy (Maylis de Kerangal) pour les jeux de séduction/domination et d'épate entre ados. Et surtout aux excellents D'Acier et La vie parfaite de Silvia Avallone - même ambiance, même contexte, et une écriture aussi juste.

Mention spéciale à Jo, une gamine attachante dont la clairvoyance, le sens de la repartie et la colère rappellent certains personnages de Virginie Despentes.

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21 & 22 avril - ❤️

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dimanche 21 avril 2019

~ Une longue impatience, Gaëlle Josse

une longue

Notabilia, janvier 2018
J'ai Lu, février 2019, 184 p.

♥♥♥

Dans ce petit village breton des années 50, les blessures de la guerre sont encore à vif.
En épousant cette veuve de pêcheur qu'il aimait depuis l'enfance, Etienne pensait que Louis, le petit garçon né du premier mariage d'Anne, serait comme un fils pour lui. L'enfant a grandi, l'incompréhension mutuelle aussi. Etienne s'est « découvert le coeur plus étroit qu'il ne l'avait cru. » Combat de coqs : le beau-père et l'adolescent en viennent aux mains - la crise de trop pour Louis qui quitte à seize ans ce foyer qui n'a jamais été le sien. Sa mère a le coeur brisé et l'attend. La vie continue dans la grande maison avec Etienne et leurs deux enfants, mais Anne n'est que 'longue impatience', espoir, déception, accablement.

Livre lu sur une côte bretonne. Je me suis facilement glissée dans ce « monde de mer, de houle, de ressac, de landes et de rochers. » Pour adhérer à l'histoire, ça a été plus compliqué. Empathie très faible pour cette femme sans doute trop passive et résignée à mes yeux, et agacement croissant face à la narration (ah ces lettres !), empreinte d'un maniérisme commun à quelques auteurs francophones actuels - des phrases précieuses, vaporeuses où l'on 'sait' (pour connaître), où l'on 'dit' (pour montrer), où quand les corps se trouvent, c'est avec 'évidence', etc.

Pourquoi me suis-je autant ennuyée ici, alors que j'ai beaucoup aimé Les heures silencieuses et Le gardien d'Ellis Island de la même auteur ? Aucune idée.

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18 > 20 avril

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samedi 20 avril 2019

~ Sauvage par nature, Sarah Marquis

sauvage

Michel Lafon, 2014
Pocket, 4 juin 2015, 264 p.

sarlu par Mr

♥♥♥♥

Sarah Marquis raconte des épisodes marquants de trois années de randonnée à travers la Mongolie, la Chine, la Sibérie, et l'Australie.
Elle transporte une partie de ses bagages sur son dos et une autre sur une sorte de remorque à deux roues.
Aux difficultés de ravitaillement en eau (bien qu'elle soit équipée de réservoirs de 20 litres) et en nourriture, s'ajoutent les risques de mauvaises rencontres. Des créatures rampantes peuvent être mortelles, certains quadrupèdes dangereux (loup, buffles...), mais les pires pour une étrangère isolée se promènent alternativement sur quatre roues et sur deux pattes, avec ou sans uniforme.
Souvent, l'auteure choisit ses itinéraires et ses lieux de bivouac pour échapper à ces mauvaises rencontres. La nécessité de se réapprovisionner régulièrement l'oblige cependant à s'approcher régulièrement de lieux habités. Elle y fait aussi de bonnes rencontres.

Parmi les récits de voyage que j'ai lus, celui-ci n'a rien de très original sur la forme. Tous ne peuvent avoir le sens de la dérision de Bill Bryson (Promenons nous dans les bois). La grandeur du périple laisse cependant admiratif, vu l'hostilité de l'environnement. L'auteure a eu la sagesse de différer certains trajets lorsque les conditions ne permettaient pas de continuer, et d'organiser une intendance de soutien en cas de pépin (contacts téléphoniques, aide de sponsors...), ce qui l'a parfois sauvée.
Ce récit est très plaisant à lire, et c'est avec plaisir que je découvrirai les autres textes de l'auteure, notamment celui sur son périple dans la Cordillère des Andes. 

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