Canel

vendredi 23 septembre 2016

~ Corniche Kennedy, Maylis de Kerangal

cornicheGallimard, 2008
Folio, 16 avril 2010, 180 p.

maylis

J'ai déjeuné récemment avec une 'vieille' copine lectrice. Je dis 'vieille' parce que même si on se voit très rarement, je la connais IRL depuis trois ans et demi, quand même !
On a bien sûr parlé lecture, livres, pavés, abandon. La copine me dit : 'Moi, c'est simple, je suis née en 66, alors je me donne 66 pages pour accrocher à un livre.' J'ai fait un petit calcul pour moi (ce n'est guère différent) et mes enfants. L'aîné doit persévérer sur 97 pages. Pour la 2e, née en 2001, ça pose problème. D'abord parce qu'il n'y a jamais de page numérotée « 1 » dans un roman, ensuite parce que dans le cas présent, ce Corniche Kennedy est une lecture imposée pour le cours de français.

Pourtant le style de Maylis de Kerangal est de ceux qui peuvent décourager d'emblée : des phrases longues, des descriptions interminables, des fantaisies prises avec la grammaire - difficile de rentrer dedans, j'avais peiné sur Tangente vers l'Est. Cette fois encore, j'ai dû me pousser pour ne pas abandonner. Par contre, une fois bien concentrée, j'ai trouvé la plume très évocatrice : on sent la touffeur de l'été sur une corniche du sud, on se voit à côté de ces ados désoeuvrés, un peu idiots comme on l'était aussi à cet âge, qui se lancent des défis dangereux, qui veulent du grand frisson et qui 'fuck les adultes et la police'... L'histoire est intéressante, je me suis dit que j'aurais aimé suivre les aventures intrépides et sensuelles de cette petite bande quand j'avais quinze ans.
J'ai trouvé avec plaisir des ressemblances avec D'acier (Silvia Avallone), Moderato Cantabile (Marguerite Duras) et de L'amie prodigieuse (Elena Ferrante). Bref, je suis satisfaite de cette lecture, et contente d'avoir tenu bon.

agenda 18 au 22 septembre

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mercredi 21 septembre 2016

~ Petits secrets, grands mensonges - Liane Moriarty

petits secretslianeBig Little Lies, 2014
traduit de l'australien par Béatrice Taupeau
Albin Michel, 31 août 2016, 476 p.

Renata, Celeste, Madeline, Jane, etc. vivent dans une banlieue huppée de Sydney, en bord de mer. Elles ont chacune un/des bambins scolarisés en première année à l'école publique de Pirriwee. Certaines se connaissaient déjà, s'apprécient plus ou moins.
Un incident entre enfants lors de la journée d'accueil va créer deux clans, des mères se rapprochent, deviennent amies, d'autres s'opposent, entrent ouvertement en conflit.

Liane Moriarty est virtuose dans l'art de décrire le quotidien des parents de jeunes enfants : mille petits bonheurs, extrême fatigue par moments, sentiments ambivalents, crainte d'être une mauvaise mère (les hommes se posent moins la question, je crois, sur leurs compétences). Et puis les querelles de bacs à sable... entre parents, et entre mères surtout : rivalités entre les mamans au foyer et les super-women qui 'font carrière', mesquineries pour tout et n'importe quoi, petites piques, décisions prises par les très respectables 'serre-tête' (vous savez, ces mamans agaçantes toujours au top, disponibles pour tout organiser, faire des gâteaux, etc.). Il est aussi question d'amitié féminine avec son lot de confidences, de solidarité, de jalousie.
On s'y croirait, je suis revenue quelques années en arrière.

australieLe roman commence sur un ton léger, et même si l'on apprend rapidement qu'il va y avoir un décès dans cette petite communauté, on garde longtemps le sourire aux lèvres. Elles sont trop drôles, ces dames ! Tiens, je ressemble un peu à celle-là qui cherche les embrouilles surtout quand elle est en plein SPM, j'ai honte... 😌  
Mais le thème principal du roman est tragique, la bonne humeur fait place à l'horreur lorsqu'on assiste à des scènes qui font froid dans le dos. La superbe Celeste et la jeune Jane en particulier sont bouleversantes, l'une avec ses difficultés conjugales, l'autre avec ses problèmes de maman célibataire.

Bref, c'est très bien vu, à la fois drôle et tragique, et on a en plus l'impression de jouer au Cluedo à mesure que les circonstances du drame et l'identité de la victime se précisent.

Comme après avoir lu pour la première fois Jonathan Tropper, je suis ravie d'avoir découvert Liane Moriarty, j'espère me régaler bientôt avec Le secret du mari, quand j'aurai un peu oublié ces gens de Pirriwee.

agenda 14 au 17 septembre

Un grand merci à Aurore et aux éditions Albin Michel.

• rentrée littéraire 2016 •

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mardi 20 septembre 2016

~ Même les princesses doivent aller à l'école, Susie Morgenstern

même les princessesillustré par Serge Bloch
L'Ecole des Loisirs, Mouche, 20 janvier 1992, 56 p.

« Alyestère, ma chérie, n'oublie pas que tu es une princesse ! »
Ça, elle le sait, pour le meilleur et surtout pour le pire. Elle vit dans un château de 57 pièces, oui mais quel château ! en ruine, qui prend l'eau, et ses parents, aussi royaux soient-ils, y tournent en rond, désoeuvrés. Et si Alyestère a pu apprendre 6 langues avec des profs particuliers de différentes origines, elle est tellement coupée du reste du monde qu'à 8 ans, elle ne connaît même pas les mots 'amis', 'jeux', 'rires'...

Ce petit roman surprendra ceux qui attendaient une histoire aussi rose que froufrouteuse. Selon le principe de « l'herbe est toujours plus verte ailleurs », il fait l'éloge de la mixité sociale et présente l'école comme un lieu de socialisation où, en plus d'apprendre, où joue, on rit, on se fait des amis (et des ennemis, mais chut, les enfants le savent déjà ou l'apprendront bien assez tôt). Et il te montre, à toi lectrice, que toi aussi tu es sûrement une princesse...

agenda 20 septembre

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lundi 19 septembre 2016

~ Grand Est, Denis Robert & Franck Biancarelli

grand estDargaud, 20 mai 2016, 152 p.

L'auteur du scénario, Denis Robert, est né à Moyeuvre-Grande en Moselle. Ecrivain et journaliste d'investigation, il évoque dans cet album sa région natale, la Lorraine.
Portée depuis la seconde guerre mondiale par les exploitations minières et les industries sidérurgiques, elle a subi depuis les années 80 un déclin socio-économique comparable - selon l'auteur - à celui du Wisconsin aux Etats-Unis. Fermetures d'usines, délocalisations, chômage, pré-retraites, alcoolisme, effondrement des maisons sur les anciennes mines, pollution des sols, cancers...

Le ton est sombre, l'auteur est amer, désabusé. Il condamne les vaines promesses successives des politiques de tous bords, qui ont permis au FN de prospérer (autour de 30% des électeurs), tout en montrant clairement la faible marge de manoeuvre des dirigeants dans la logique ultra-libérale de nos pays occidentaux.

J'ai parfois trouvé Denis Robert passéiste, mais je partage son pessimisme, hélas, notamment sur l'avenir de nos enfants...

agenda 16 septembre - emprunt mdtk

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dimanche 18 septembre 2016

~ Et je danse, aussi - Anne-Laure Bondoux & Jean-Claude Mourlevat

et je danseFleuve éditions, 2015
Pocket, 4 février 2016, 311 p.

bond-mou

Pierre-Marie Sotto, la soixantaine, est en mal d'inspiration depuis qu'il a obtenu le prix Goncourt : il « ne croit plus en ses personnages, qui l'emmerdent une fois esquissés. »
Peut-être est-il particulièrement difficile de se remettre à l'écriture après une telle consécration, mais ce n'est pas l'unique raison de la panne pour cet auteur, encore en plein chagrin d'amour - ou questionnement.
Lorsqu'il reçoit une grosse enveloppe d'une certaine Adeline, Pierre-Marie lui répond froidement par mail. Non, il ne lit pas les manuscrits de ses fans, autre chose à f*****. La jeune femme ne se laisse pas intimider et bientôt, chacun devient accro à ces échanges virtuels - on comprend si on a soi-même vécu une telle expérience (amicale ou amoureuse) et qu'on s'est trouvé des affinités avec son interlocuteur.

Oui mais voilà, dans la vraie vie, on s'en tient souvent à des échanges 'spirituels', alors que dans les romans, ça finit très souvent par une histoire sucrée, voire épicée. Cette quasi-certitude agaçante de connaître la fin avant de commencer m'a longtemps fait différer cette lecture et en a gâché le début. Mais le style (simple) est agréable et la forme épistolaire tellement entraînante que j'ai fini par passer outre. Quelques mièvreries peut-être lorsque nos deux correspondants commencent à mieux se connaître, des conseils 'feed-good' neuneus, au tiers du livre, et puis j'ai été harponnée par le suspense, il devenait urgent de savoir qui ? quoi ? pourquoi ? comment ? etc. Urgent au point de lire jusqu'au petit matin alors que le lendemain, lundi, on est attendu de pied ferme par ses collègues...

Même si je ronchonne ici ou là dans ce billet, j'ai dévoré ce livre drôle et tendre avec gourmandise, me suis amusée à me demander comment les deux auteurs avaient travaillé, si chacun avait rédigé les mails de quelques personnages en particulier.
Et je remercie :
Cécile/Latina dont le billet enthousiaste et appétissant m'a donné envie de sortir ce livre de ma PAL
- et Marina, dont le projet de lire ce roman à très court terme m'a collé le petit coup de pied nécessaire pour m'y mettre vite.

agenda 11 septembre

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samedi 17 septembre 2016

~ Les Noces macabres, Jean-François Coatmeur

les nocesAlbin Michel, 25 mai 2016, 224 p.

lu par Mr

♥♥♥

En 1987, à Brest, une fiesta entre amis tourne au viol collectif. Le pot aux roses est découvert plus de vingt ans plus tard. Puisque la vengeance est un plat qui se mange froid, les quatre coupables devraient finir par avoir les foies, puis, si tout se passe comme prévu pour le redresseur de torts, par bouffer des pissenlits par la racine.

L'histoire est plutôt banale et l'auteur semble ignorer les règles de prescription de notre code pénal. L'écriture est en revanche agréable, et l'auteur sait aller à l'essentiel. Ce roman est plaisant à lire, même s'il ne s'agit pas d'un chef d'oeuvre de la littérature policière.

Merci aux éditions Albin Michel.

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mercredi 14 septembre 2016

~ Hortense, Jacques Expert

hortense

Sonatine, 9 juin 2016, 320 p.

exp

Depuis que sa fille Hortense a disparu à trois ans, Sophie n'a jamais cessé de croire qu'elle la retrouverait. Elle l'a vue plusieurs fois, dans la rue, l'a interpellée, les parents de ces mignonnes blondinettes se sont souvent montrés compréhensifs quand elle allait trop loin. Il est arrivé à Sophie de se rendre compte très vite de sa méprise, aussi, mais cette fois, c'est sûr : la jeune femme de vingt-cinq ans qui travaille dans ce restau branché à deux pas de chez elle, c'est Hortense. Mère et fille vont enfin pouvoir se retrouver...

Très déçue par La femme du monstre et Ce soir je vais tuer..., que j'avais trouvés racoleurs et caricaturaux, je m'étais promis de ne plus relire cet auteur. Mais « bout de gondole à la médiathèque + Sonatine », j'ai flanché. Aucun regret : cette lecture a été addictive, et c'est essentiellement ce que j'attends d'un thriller.
Les dépositions de quelques témoins - qui nous montrent d'emblée que l'affaire s'est mal terminée - alternent avec les voix des deux acteurs principaux de cette sombre histoire.
Le suspense grandit, et même si on voit quelques rebondissements arriver, peu importe puisque le doute demeure sur différents points, ou, mieux, revient alors qu'on croyait avoir pigé. Hélas, certaines questions ne sont toujours pas résolues à la fin, ou alors j'ai boulotté les cinquante dernières pages trop vite ?

Bon page-turner, qui m'a réconciliée avec l'auteur.

agenda 12 & 13 septembre - emprunt mdtk

💀 challenge polars & thrillers 2016-2017 chez Sharon - 9e 💀

logo sharon polar 201617

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mardi 13 septembre 2016

~ La nuit du visiteur, Benoît Jacques

la nuit du visiteurBenoît Jacques, octobre 2008, 108 p.

-

Ce soir, Mère-Grand a de la visite, mais elle n'arrive pas à comprendre qui toque à sa porte. Elle pose moult fois la question, les réponses diffèrent, elle ne pige pas, ça s'impatiente dehors, le ton monte (et la typo grandit, grossit avec).
Sont-ils plusieurs à venir à tour de rôle ? Y aura-t-il du grand méchant loup et du petit pot de beurre comme dans le conte d'origine ?
Encore une version détournée du Petit Chaperon rouge. Quand elles sont inventives, intelligentes et drôles comme celle-là, j'adore !

Dessin minimaliste pleine page, jeux d'ombres à l'extérieur ; du noir, du gris et du rouge sang à l'intérieur. La Mémé est 100% bio, ni botoxée ni siliconée, à en juger par son visage tout fripé. Elle n'est pas équipée en appareil auditif, non plus, ou alors elle l'enlève une fois couchée. Ou bien c'est une petite maline, à vous de voir...
Langage soutenu et texte en rimes, suspense croissant, et chute parfaite.

agenda 12 septembre - emprunt mdtk

*      *      *

la nuit du3   la nuit du2
- cliquer sur les images pour zoomer -

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lundi 12 septembre 2016

~ Une nuit, Markovitch - Ayelet Gundar-Goshen

une nuit

ayelet_gundartraduit de l'hébreu par Ziva Avran, Arlette Pierrot, Laurence Sendrowicz
Les Presses de la Cité, 25 août 2016, 480 p.

Zeev Feinberg et Yaacov Markovitch sont deux amis aux personnalités opposées et complémentaires. Zeev est un séducteur à l'épaisse moustache orgasmique, tandis que Yaacov passe inaperçu. Tous deux sont Juifs, ils cultivent leurs parcelles dans un petit village de Palestine et sont engagés dans la défense de leur communauté sur cette terre.
Suite à à une opération destinée à sauver quelques juives européennes des griffes de l'aigle nazi au début de la seconde guerre mondiale, chacun se retrouve marié, ceci seulement pour quelques jours - en principe. Une aubaine pour Yaacov, qui, trop timide, n'a eu jusqu'alors que des relations sexuelles tarifées. D'autant qu'il a hérité de la plus belle des jeunes femmes.

J'ai hésité avant de lire cet ouvrage, craignant d'être perdue dans le contexte géopolitique.
En fait, bien que cette histoire se situe entre la Palestine et l'Europe pendant et après la Seconde Guerre mondiale, l'occupation ennemie et la guerre sont présentées de manière universelle, transposable à n'importe quel lieu, n'importe quelle époque.
Après une centaine de pages laborieuses, je me suis familiarisée avec l'humour de l'auteur, j'ai fini par adopter les personnages hauts en couleur qui gravitent autour de Markovitch. Et je me suis régalée, de plus en plus, à lire cette épopée, cette fable tragicomique où violence, douceur, poésie et burlesque cohabitent à la perfection, grâce à une plume imagée et sensuelle...
Une flamboyante et bouillonnante histoire d'amitié et d'amour (conjugal, charnel, parental), tissée de bonheurs, de drames, d'espoirs...

Merci à Babelio et aux Presses de la Cité.

agenda 6 au 10 septembre

• rentrée littéraire 2016 •

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dimanche 11 septembre 2016

~ Sweet Sixteen, Annelise Heurtier

sweet six

anneliseCasterman, 2 avril 2014, 220 p.

En 1957, Elvis Presley est très mal vu dans les bonnes familles américaines, les demoiselles se pâment à la seule vue de son déhanchement lascif. Il est « capable de provoquer des évanouissements rien qu'en ondulant les doigts »... Ça peut surprendre quand on n'a connu que sa version bouffie des années 70.
Cette année-là, dans l'Arkansas, la ségrégation est toujours en vigueur. Suspectés de véhiculer des maladies, les Noirs n'utilisent pas les même toilettes que les Blancs, ils ne sont tolérés dans les piscines que les veilles de nettoyage. Bizarre : on les trouve quand même suffisamment propres pour faire le ménage, la cuisine et s'occuper des enfants...
Little Rock est alors une petite ville paisible, jusqu'à ce que la Cour suprême des Etats-Unis décide d'expérimenter l'enseignement mixte dans son Lycée central. Dans un premier temps, neuf adolescents noirs doivent y être 'accueillis' parmi 2 500 blancs. Le cauchemar commence avant même la rentrée de septembre : les neuf volontaires et leurs familles sont victimes de menaces de la part de Blancs opposés à ce mélange, et même leurs proches noirs sont tentés de les dissuader de participer à l'aventure, par crainte de représailles.

melba2Pour ce roman, Annelise Heurtier s'est inspirée du témoignage de Melba Pattillo (photo à droite), l'une de ces étudiants noirs. A travers le personnage romancé de Molly, on assiste, incrédule et bouleversé, à l'enfer que cette jeune afro-américaine a subi pendant toute une année scolaire. Les faits sont d'une violence inouïe, aussi bien verbale, morale, que physique. Un tel déferlement collectif de haine et de brutalité paraît inimaginable, et pourtant... l'actualité montre qu'on n'en est jamais loin, dans une société.

A lire, et à faire lire dès 14-15 ans. Pour la page d'Histoire, mais aussi pour ce genre de message d'espoir : « La Blanche lui avait souri, désolée de ce qui était arrivé. Dans son regard, Molly n'avait lu aucun calcul, aucune animosité. Elles avaient échangé quelques mots, d'égale à égale. De crainte de paraître ridicule, Molly n'avait pas osé lui dire à quel point ce simple fait lui donnait envie d'avancer. »

Bravo et merci à l'auteur, Annelise Heurtier, qui sait sensibiliser les lecteurs de tous âges à des sujets de société, de manière simple, enrichissante et percutante (cf. aussi Refuges, sur l'émigration clandestine).

agenda 10 & 11 septembre - emprunt mdtk

norman

The problems we all share (Norman Rockwell) – 1964

*   *   *

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samedi 10 septembre 2016

~ Mère-Grand, que fais-tu ? - Elisa Géhin & Léonard

mère-grandMilan Jeunesse, 23 avril 2009, 24 p.

 

Le Petit Chaperon rouge revisité, à la sauce de 'Promenons-nous dans les Bois' ♪♫.
Le conte original est inversé, et la chanson reprise à rebours. L'idée de ce mélange est excellent, et le résultat tout autant, grâce à l'humour et au graphisme très épuré, aux douces couleurs 'tendance' (bleu turquoise clair et grège, cf. couverture).

Les petits devraient adorer assister au strip-tease de cette Mère-Grand à grandes dents.
Gentils frissons à mesure que la menace se précise... mais rires assurés à la fin.

agenda 10 septembre - emprunt mdtk

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vendredi 9 septembre 2016

~ Possédées, Frédéric Gros

possédéesAlbin Michel, 17 août 2016, 297 p.

Possédé : être vivant dominé par une puissance maléfique ou occulte.
Comme ces Ursulines dans les années 1630 qui ont des hallu' de phallus, se convulsent, se tripotent, hurlent.
Je dirais bien que l'isolement, l'enfermement, l'abstinence, les privations et l'auto-flagellation ne sont pas étrangères à ces crises d'hystérie collective. Mais non, il paraît que c'est bel et bien le diable qui les habite, via le curé de Loudun. Cette explication arrange en tout cas quelques nantis du coin, mais aussi le cardinal de Richelieu et sa clique. Ce beau curé catholique, Urbain Grandier, séducteur invétéré et trop tolérant avec les protestants, dérange pas mal de monde, voilà donc un bouc émissaire parfait...

grandiusA travers cette page d'Histoire romancée, le philosophe Frédéric Gros montre que, quels que soient leurs prétextes (idéologiques ou religieux), les chasses aux sorcières sont motivées par des enjeux de pouvoir, et que les individus ont tôt fait d'adhérer au mouvement pour régler leurs comptes personnels et envoyer un voisin au bûcher, à la potence, à la guillotine, au camp de la mort nazi, au goulag...
Malgré l'intérêt du propos, j'ai trouvé ce récit long et souvent ennuyeux, d'autant que les crises des Ursulines (extases, hallucinations, auto-flagellations), abondamment décrites, représentent ce que je trouve démesuré dans certaines pratiques religieuses.

La couverture m'a peut-être alléchée à tort, j'attendais sans doute plus d'orgies et moins d'intrigues politiques ? 😋

agenda 19 au 21 août - merci à Aurore et aux éditions Albin Michel.

• rentrée littéraire 2016 •

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jeudi 8 septembre 2016

~ L'Auberge de la Jamaïque, Daphné du Maurier

l'auberge

ddmJamaica Inn, 1936
traduit de l'anglais par Léo Lack

Albin Michel, 1941
Le Livre de Poche, novembre 1975, 318 p.

lu par Mr

La mère de Mary Yellan vient de mourir. Ensemble, elles tenaient une exploitation agricole qui a perdu sa prospérité. La jeune orpheline quitte son village natal et se réfugie chez la soeur de sa mère, rencontrée lors de visites épisodiques. Hélas, c'est dans la sinistre et mystérieuse « Auberge de la Jamaïque » que Mary met les pieds. La tante de Mary n'est plus qu'une pauvre femme terrorisée par son mari, Joss Merlyn. Un nom qui fait frémir la plupart des habitants de la région ! Un face à face entre la jeune Mary et son oncle Joss s'installe, et l'issue pressentie semble fatale… Ce n'est que peu à peu que l'on découvre les terribles secrets de l'oncle Joss.

L'histoire en elle-même et l'intrigue semblent plutôt banales. Des secrets de familles et retournements de situations similaires à ceux de cet ouvrage sont en effet présents dans de nombreux romans policiers. Ce n'était probablement pas le cas en 1936, à la parution de ce livre. C'est surtout dans ses descriptions détaillées de l'ambiance sinistre de l'Auberge de la Jamaïque et des landes de Cornouailles qu'excelle Daphné du Maurier. Dans un style impeccable, elle exprime aussi parfaitement des pensées intimes de son personnage central, en particulier son angoisse et l'ambivalence de ses sentiments à l'égard de Jem Merlyn, jeune frère de l'oncle Joss.

Daphné du Maurier est surtout connue pour son roman Rebecca, adapté en 1940 au cinéma par Alfred Hitchcock (qui reçut pour ce film l'Oscar du meilleur réalisateur). En 1939, le célèbre réalisateur avait déjà adapté un roman de cette auteure : « La Taverne de la Jamaïque ».
Pour ma part, j'avais déjà pu apprécier les talents de Daphné du Maurier dans Mary Anne, biographie d'une de ses aïeules. Malgré les années, l'oeuvre de cette auteure reste étonnamment moderne.

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mardi 6 septembre 2016

~ Repose-toi sur moi, Serge Joncour

repose-toi

joncourFlammarion, 17 août 2016, 432 p.

♥♥♥♥

Ludovic : quarante-six ans, veuf depuis trois ans, sans enfant, agriculteur reconverti dans le recouvrement de dettes, mal à l'aise dans ce boulot et à Paris.
Aurore : styliste, citadine friquée, la quarantaine, mariée depuis huit ans à un homme d'affaires américain, mère de jumeaux de six ans.
Lui : un doux géant effrayant, mi-nounours mi-grizzly, un roc, une puissance minérale.
Elle : élégante, gracieuse, désemparée, fatiguée par sa vie de famille, angoissée par l'avenir de sa petite entreprise.

Le livre pourrait s'appeler 'Les oiseaux' ou 'Fenêtre sur cour', comme ces deux films d'Hitchcock : c'est grâce à sa phobie des corbeaux qu'Aurore fait connaissance avec Ludovic, et c'est parce que leurs fenêtres sont en vis-à-vis qu'ils vont maintenir le lien. Ça serait plus sobre, plus mystérieux et surtout moins cucul que Repose-toi sur moi. Mais ce titre s'explique joliment, à la fin.

Dans L'écrivain national, je voyais l'auteur dans le personnage principal. Ici aussi, bien que ces deux histoires soient très différentes. Le ton est plus grave dans ce dernier roman, moins mordant. Ludovic et Aurore vivent chacun une période difficile. Ils sont arrivés à un point de rupture, ils s'entraident... ou s'entraînent mutuellement vers le fond ?

Bien qu'il reprenne des thématiques déja évoquées dans ses autres textes (ville/campagne, solitude, crise existentielle), Serge Joncour a une capacité à se renouveler qui me laisse admirative. Il nous offre ici une belle histoire ** d'amour clandestin, un chouïa trop rose par moments, ** qui prend des allures de thriller. Ce roman m'a fait penser à Maupassant, Zola (un titre en particulier), Zweig, et Boileau-Narcejac, mais aussi à Delphine de Vigan pour la sensibilité 'féminine' de certains propos et certaines descriptions (cf. la soupe).

L'intrigue est peut-être un peu trop diluée, mais l'intérêt grandit à mesure que la tension monte. Le dénouement m'a agréablement surprise, grâce à la façon dont les choses sont exprimées, par les gestes et les mots... Comme 'son' Ludovic, Serge Joncour fait preuve d'une grande subtilité sous ses airs d'ours maladroit - et ça aussi, j'admire et j'aime, au point de me jeter sur chacune de ses nouvelles parutions.

agenda 3 au 5 septembre

Un grand merci, Laurence ! 🎁

• rentrée littéraire 2016 •

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lundi 5 septembre 2016

~ Je t'aime (encore) quand même, Susie Morgenstern

Editions Thierry Magnier, Petite Poche, 28 octobre 2005, 44 p.

C'est la Saint-Valentin. Le maître a collé des coeurs, des cupidons et des guirlandes rouges et roses partout dans la classe.
Quelle drôle d'idée de fêter ça à l'école ! On sait bien qu'une poignée d'élèves suscite « l'amour » de la majorité - question de physique, de style, de performances scolaires, de popularité...
Raphaël et Mina semblent avoir 'une histoire' ensemble. Ils sont officiellement amoureux, mais il lui a donné un « baiser raté » (??), et Mina hésite : l'aime-t-elle ? N'est-il pas trop possessif, trop jaloux, trop envahissant, trop imbu de lui-même ?

Encore un ouvrage de la collection 'Petite Poche' (Thierry Magnier) qui me laisse perplexe, malgré deux lectures à quelques semaines d'intervalle. Je n'ai pas compris le propos de l'auteur, ou plutôt je ne le trouve pas adapté au public visé.
Mina nourrit de drôles de réflexions qui ne correspondent pas à celles d'un enfant d'école primaire :
Il vaut mieux être seul que mal accompagné
• Il vaut mieux l'amour à deux que l'ennui tout seul
• Peut-on acheter l'amour ?
• On ne peut pas vivre sans amour
De telles questions se posent-elles en ces termes avant la puberté ? Ces sentences et interrogations ressemblent plutôt à celles d'adolescents ou d'adultes en manque affectif, ou en pleine crise sentimentale.
La chaleur de l'amour parental/familial et la complicité des amitiés suffisent jusqu'à l'adolescence, en général, non ? Elles l'emportent en tout cas sur la recherche de l'Amour...

< emprunt mdtk >

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dimanche 4 septembre 2016

~ Le voyage de Phoenix, Jung

le voyage de ph

jungQuadrants, octobre 2015, 300 p.

l'avis de Canel

♥♥♥♥

Dans la mythologie grecque, le Phoenix est un oiseau qui renaît de ses cendres. Il symbolise les cycles de mort et de résurrection.
Dans cet album, Jung utilise cette image pour évoquer la résilience, cette capacité humaine à surmonter les traumatismes et à en ressortir grandi, plus fort.
Deux cas ici : Jennifer qui a un grand vide à la place du père, et Aron, papa endeuillé. Ils se sont connus via Kim, petit orphelin qui a quitté la Corée pour être adopté aux Etats-Unis, et a donc dû s'adapter à une autre vie, lui aussi.

L'auteur reprend les thèmes autobiographiques développés dans sa trilogie 'Couleur de peau, Miel' : adoption, exil, deuil, problèmes identitaires. Il évoque également ici la Corée, la guerre dans les années 50, et l'oppression subie depuis plusieurs décennies par le peuple nord-coréen sous la dynastie communiste des Kim.

J'ai retrouvé avec délice la finesse de Jung, tant sur la forme que sur le fond. Le graphisme est superbe (visages doux et fins, sourires lumineux, gestes de tendresse très évocateurs) et les propos subtils servent à la perfection cette histoire belle et tragique.

agenda 24 août

l'avis de Mr

♥♥♥

Jennifer a travaillé dans un orphelinat en Corée du sud. Elle s’attachait à certains enfants mais devait se réjouir de les voir partir dans une famille d’accueil européenne ou américaine, en principe vers un avenir plus souriant... Elle nous parle de la vie de Kim, dont elle eut des nouvelles longtemps après son départ. Elle nous raconte aussi sa propre vie, qui fait écho à celle de Kim, puisqu’elle-même a vécu sans connaître son père. C’est la guerre de Corée qui a perturbé les destins de ces familles et de ces individus.

Ces histoires familiales sont émouvantes, tandis que le contexte géopolitique de la guerre de Corée est bien résumé. Le livre est tellement captivant que j’en ai oublié de prêter attention au graphisme (plus exactement, je l’ai trouvé adapté au récit, alors qu’en feuilletant simplement l’ouvrage, il ne m’atttirait pas particulièrement). Mon seul bémol réside dans mon appréciation de l’image du Phoenix renaissant de ses cendres, trop artificielle pour moi.

En résumé : un magnifique ouvrage, plein d’humanité et qui rappelle bien le contexte et des conséquences de la guerre dite « froide » entre les USA et l’URSS.

 • Un grand merci à Marina pour le prêt ! 😊 

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samedi 3 septembre 2016

~ L'amie prodigieuse, tome 1 : Enfance, adolescence - Elena Ferrante

l'amie prodigieuse

L'Amica geniale, 2011
traduit de l'italien par Elsa Damien
Gallimard, 2014

Folio, janvier 2016, 448 p.

♥♥♥♥

Nées en 1944, Elena et Lila vivent à Naples, dans un quartier populaire. Elles deviennent amies à huit ans, après s'être longtemps côtoyées sans se parler. Aux yeux des autres, Lila est une sale gamine, dure, impitoyable. Elle est « détestée à l'école et dans le quartier », tandis qu'Elena apparaît comme la gentille fille docile du duo.

italieDans le premier volet de cette série qui doit en compter quatre, nous découvrons la jeunesse de Lila et d'Elena.
L'auteur évoque subtilement les sentiments ambivalents qui caractérisent l'amitié féminine dès l'enfance : admiration, haine, rivalité, amour, jalousie, identification, compétition, tendresse... Elle décrit également très bien les amours adolescentes - vécues ici comme des 'brouillons', des manières de se rassurer, d'imiter, de passer d'un univers à un autre.
Elena Ferrante est tout aussi douée pour la peinture sociale : elle dresse ici le portrait d'un quartier italien modeste de commerçants et artisans dans les années 50. Certaines rancoeurs y sont entretenues depuis des générations, avivées par les positions des uns et des autres pendant la seconde Guerre mondiale. Rudesse et violence règnent (machisme familial mais aussi bagarres entre hommes, entre enfants et même entre femmes, au moindre désaccord/affront) - une violence qui m'a surprise, par rapport à ce qu'ont pu connaître mes parents à la même période en France, en vivant dans un milieu social équivalent.
Le thème de l'ascension sociale est au coeur de l'ouvrage : devenir riche via le commerce à la faveur des Trente Glorieuses ? Ou "réussir" grâce aux études ? Ces études suscitent à la fois admiration, méfiance et mépris de la part de ceux qui n'y ont pas eu accès. Elles mettent mal à l'aise les enfants des classes populaires qui ont la chance de pouvoir en suivre, comme l'exprime dans toute son oeuvre l'auteur française Annie Ernaux (contemporaine de Elena Ferrante), partagée entre deux univers trop différents, qu'elle semble n'avoir jamais réussi à concilier...

Un premier opus captivant et prometteur, avec une fin flamboyante qui m'a fait penser au Bel-Ami de Maupassant. Il me tarde de découvrir le second volet de la série : Le nouveau nom.

Je pensais insérer la couverture de l'édition originale. En la découvrant, je la trouve trop kitsch, et en plus elle spoile ! 😒

agenda 1er au 3 septembre

■ Quelques mots sur l'auteur, suite à échange avec Edyta (merci !) : Elena Ferrante n’existe pas mais c’est un écrivain. Un bon écrivain même, si l’on en croit la presse italienne et le magazine américain The New Yorker qui a consacré un article élogieux à l’auteur(e) de la saga « L’Amica geniale » (l’amie géniale, e/o, 2011) dont le quatrième volume, mettant en scène la longue amitié entre Lila Cerullo et Elena Greco, vient de sortir chez le petit éditeur romain e/o. Depuis la sortie de son premier livre, en 1992, le monde des lettres transalpin s’interroge sur la personnalité de cet(te) écrivain(e) à succès qui a choisi délibérément, à la manière de Salinger, de ne jamais apparaître médiatiquement et ne livre des entretiens que par écrit. Tout juste sait-on qu’il (ou elle) serait né(e) dans la région de Naples et aurait choisi de vivre en Grèce. [...] (source : Le Monde).

- challenge Voisines-Voisins 2016 chez Aproposdelivres -

challenge VV 2016

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vendredi 2 septembre 2016

~ Lever de rideau sur Terezin, Christophe Lambert

lever de rideauBayard Jeunesse, 27 août 2015, 456 p.

lu par Mr

♥♥♥♥

Pendant les premières années de l'occupation allemande à Paris, le dramaturge juif Victor Steiner vit caché. En 1944, après avoir été capturé par la police, il est expédié à Theresienstadt (actuellement Terezin en république Tchèque). Il s'agit d'un camp de transit : pour les moins chanceux, Terezin n'est qu'une étape vers un camp d'extermination. Pour ceux pouvant être utiles aux autorités allemandes, survivre à Terezin est possible, à condition toutefois de supporter les mauvais traitements (malnutrition, manque d'hygiène, maladies…). Un responsable allemand admirateur de Steiner semble vouloir protéger ce nouveau venu, à condition que le dramaturge participe à une mise en scène destinée à duper les émissaires de la Croix Rouge missionnés pour inspecter les conditions de vie à Terezin. Collaborer pour survivre semble être le dilemme auquel Steiner devra répondre.

Ce roman nous rappelle l'existence de camps non directement affectés à l'extermination des populations jugées indésirables par Hitler, et le calvaire vécu par leurs détenus. L'auteur n'édulcore pas la réalité. Cependant son intrigue permet en quelque sorte de remiser en arrière plan l'horrible contexte de la Shoah. Malgré les violences suggérées, celles mentionnées et celles décrites, la lecture de l'ouvrage n'est pas trop pesante, même pour des adolescents.

Un roman que je recommande vivement, dès 14 ou 15 ans, même si la pièce de théâtre écrite par Victor Steiner en captivité m'a plutôt ennuyé (on peut apprécier le roman et se dispenser de lire la pièce qui le suit).

camps nazis

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jeudi 1 septembre 2016

~ Police, Hugo Boris

police

hugoGrasset, 24 août 2016, 200 p.

♥♥♥♥

Quelques heures de la vie d'une femme flic.
Virginie s'apprête à avorter, l'intervention est programmée pour le lendemain. Avant de s'y préparer, de rentrer chez elle retrouver son mari et leur petit garçon, elle a sa journée de travail à finir. Mutinerie dans un centre de rétention, incendie, il s'agit d'aller chercher avec deux collègues un réfugié politique tadjik et de l'emmener à l'aéroport, il doit être reconduit dans son pays. Est-ce la grossesse et la perspective de l'IVG qui rendent Virginie si sensible au sort de cet homme ?

En lisant cet ouvrage, j'avais deux films en tête : 'Welcome' (Philippe Lioret, 2009) et 'Polisse' (Maïwenn, 2011).
Comme la militante de l'ASFFAM* dans ce roman, je m'indignais en regardant 'Welcome' : comment peut-on faire ce boulot, être à la solde de l'Etat pour traquer des migrants et les ramener à la frontière, les exposant à une mort probable ?
Moins de hargne à l'égard des policiers en lisant cet ouvrage de Hugo Boris (comme en voyant le film 'Polisse') : la complexité de leurs fonctions, la rudesse de leur quotidien sont bien mises en évidence à travers les états d'âme de Virginie et de ses deux collègues, tiraillés entre leur mission professionnelle et leur empathie pour un condamné.

Cette lecture m'a légèrement laissée sur ma faim, je n'ai pas retrouvé dans la plume la grâce du Baiser dans la nuque, mais il est vrai que le thème est bien différent... Et surtout, je reste désemparée avec mes questions naïves sur certaines missions de la Police et de l'Armée...

* Association Service Social FAmilial Migrants

agenda 31 août - merci Mr ! 🎁

• rentrée littéraire 2016 •

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mercredi 31 août 2016

~ Sortie de classes, Laurent Torres

sortie de classesAlbin Michel, 1e septembre 2016, 270 p.

♥♥♥♥♥

Julien enseigne le français dans un collège de banlieue parisienne dite 'difficile'. Il est prof agrégé, issu de la bourgeoisie 'bien introduite' - ses parents côtoyaient des incontournables des 80's. Est-ce en raison de ces origines que ses anciens camarades sont surpris lorsqu'il leur annonce son métier ?
  « 'Je t'imaginais devenir acteur, ou journaliste, devenir comme une espèce d'Antoine de Caunes sur Canal +...' C'est un uppercut. Donc, aujourd'hui, il est plus valorisant d'être speakerine que professeur ? ».

Julien approche de la quarantaine, sa vie sentimentale chaotique ne le satisfait pas, son boulot lui pèse - impression de reproduire les erreurs des adultes qui l'ont (mal) éduqué, gamins difficiles et Principal d'établissement minable, aussi teigneux avec les profs qu'inefficace avec les parents et leurs adolescents...
Le comportement d'un des élèves inquiète Julien (un gamin de 3e en marge, mutique, probablement harcelé) et éveille en lui des souvenirs oubliés et peu glorieux de ses années de lycée. Souvenirs qui nous montrent que si c'est pire maintenant, c'était pas tellement meilleur avant !

En abordant ce roman, j'ai craint de lire un clone de Entre les murs de François Bégaudeau, ou de Présent ? de Jeanne Benameur, ou de l'un des multiples romans de Jean-Philippe Blondel sur son expérience de prof et sur sa jeunesse dans les années 80. Ça y ressemble, en effet. Mais Laurent Torrès a un style personnel et riche. Il alterne savamment flash-backs (années Mitterrand et émergence du FN) et questionnements actuels sur l'éducation, l'enseignement, le rôle des adultes, la démotivation des jeunes, les pièges de notre société, les lâchetés entre adolescents, la cruauté et les lois implicites au sein d'un groupe...

Un roman captivant, bien construit, qui, sans tomber dans les sujets racoleurs, invite à réfléchir. En plaçant cette intrigue avant la vague d'attentats qui décuple la paranoïa occidentale, Laurent Torrès propose des réflexions subtiles sur le mélange des cultures et l'intolérance, sans avoir besoin d'évoquer le grand méchant islamisme.

• Bon courage aux ados et aux profs, en ces jours de reprise...

agenda 29 & 30 août

Merci à Aurore et aux éditions Albin Michel.

• rentrée littéraire 2016 •

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