Canel

mercredi 14 novembre 2018

~ Tyrannie, Richard Malka

tyrannie

Grasset, 17 janvier 2018, 390 p.

♥♥♥♥♥

« La population de mon pays était divisée entre ceux qui avaient peur et ceux qui faisaient peur. » 

Portrait de l'Aztracie, dictature fictive qui ressemble à tant d'autres du passé, en cours, ou imaginées par des auteurs (Aldous Huxley, George Orwell...).
Purges, intimidations meurtrières, lois castratrices absurdes, lavage de cerveau, encouragement à la délation...

On appréhende les règles de cette autocratie par deux biais :
- par le récit de sa genèse et la biographie du dictateur, Isidor Aztri
- à travers le procès, en France, d'un de ses opposants

La description directe du fonctionnement du pays ressemble, par la forme, à un conte oriental, et certains aspects, qui rappellent les mythologies antiques, mettent mal à l'aise. On peut aussi se perdre dans la multitude de personnages.

La partie 'procès', plus concrète, est passionnante. 
Richard Malka, avocat, nous présente de façon extrêmement détaillée tous les rouages d'un jugement (stratégies, manipulation, états d'âme des juristes, des témoins, des jurés, coups de théâtre)... 
On admire encore plus cette précision lorsqu'on a assisté à des procès, où, même sans être juré, même sans être lié à l'une des parties, l'implication, l'émotion sont tout autres que lorsqu'on en regarde sur écran.
On suit intensément les interventions de chacun, on se laisse convaincre par telle ou telle plaidoirie, tel discours d'expert, on est invité à se poser les questions de responsabilité, intentionnalité, culpabilité, et de la portée universelle que peuvent revêtir le procès d'un individu et le verdict du jugement...

Bref, c'est captivant et très instructif. 
Un peu dense, peut-être, mais une telle richesse exige bien un effort de lecture soutenu.

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agenda25 > 12 nov. - merci à Diablotin pour l'idée ! 😉

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lundi 12 novembre 2018

~ Les vieux fourneaux, tome 5 : Bons pour l'asile - Lupano & Cauuet

les vf5

Dargaud, 9 novembre 2018, 56 p.

♥♥♥♥♥

Pas de marionnettes dans cet album, mais un lapin et un cochon en peluche qui se bouffent le nez...
Pas de baguettes sophistiquées non plus, mais des pains dans la tronche, oui – s'agit pas de se faire taxer de militant de pacotille ou d'avoir l'air de copiner avec un flic. Comme dit Pierrot : « Je te fais pas la bise, faut pas déconner non plus, j'ai mieux vieilli que Renaud. Société tu m'auras pas. »
Pas de magicienne, mais un éduc' de banlieue qui a fait des miracles, même si le résultat n'est pas vraiment celui attendu par un anar'.
Des actions politiques (humanitaires, cette fois) : on ne change pas des 'Ni yeux ni maître' qui agissent contre le capitalisme et les ordres absurdes de l'Intérieur. Nos petits septua- et octo- s'avèrent aussi réactifs et adaptables que l'exige la 'start-up nation'.

Mimile semble à côté de la plaque, dépassé. Un tel pragmatisme égoïste agace ses potes, on en pleurerait presque, mais c'est compter sans sa force tranquille, au Mimile, qui va mimilitanter sans faire les choses à moitié.

Place aux femmes aussi, puisqu'on retrouve Sophie la fonceuse, l'adorable Juliette, et la vieille Fanfan punchy. 
Et on fait connaissance avec des nouveaux pas si nouveaux, car issus du passé de Pierrot et de quelques autres.

Comme d'habitude, nos trois auteurs attaquent des sujets d'actualité et de société avec humour, férocité, tendresse.
Plein de surprises (contrairement au précédent, un peu fade), cet album touche, attendrit, fait rire et jubiler.
Et c'est exactement ce que j'espérais en sautant sur ce dernier opus.

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agenda2

9 nov.

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dimanche 11 novembre 2018

Des peintres pour raconter la guerre 14-18

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Otto Dix à l'honneur au Musée des Sables d'Olonne

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otto

 

Du 14 octobre 2018 au 13 janvier 2019L’œuvre et la vie d’Otto Dix (1891-1969), artiste reconnu aujourd’hui comme l’un des peintres allemands les plus importants du XXe siècle, ont traversé des temps d’une violence et d’une cruauté extrêmes. Ils furent irrémédiablement marqués par les horreurs de la Première Guerre mondiale, à laquelle l’artiste participa comme engagé volontaire puis par le nazisme, qui stigmatisa son œuvre comme « art dégénéré ».

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Jeudi 08/11, conférence : Les expressionnistes face à la guerre - par Itzhak Goldberg

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Comme l’ensemble des avant-gardes, les expressionnistes n’échappent pas à l’ambiguïté dans leur rapport à la guerre. Tout laisse à penser que leur vision de la métropole – c’est à dire Berlin - perçue alternativement comme sublime ou terrifiante, se poursuit avec la représentation de la catastrophe mondiale.

Oscillant entre fascination et crainte, entre enthousiasme et aveuglement, les artistes réagissent comme l’ensemble de la population : les opinions varient d’un individu à l’autre. Toutefois, on constate que souvent, ils y voient une expérience de vie extrême et une possibilité de ressentir la réalité selon une intensité maximale. Pour eux, la guerre, comme l’était auparavant la ville, est un puissant catalyseur de leurs activités créatrices. Le pathos expressionniste, rejoint aisément le pathos du discours belliciste ambiant dans son ivresse nationaliste et patriotique.

Puis, face à la réalité, leur attitude change. Une phrase de Hans Richter résume parfaitement ce retournement : « Pendant la guerre on était contre la guerre ». La critique devient plus violente. Grosz ou Dix montrent les méfaits de la guerre d’une manière précise. C’est alors un défilé de toutes les victimes des hostilités, qui, plus tard, seront laissées pour compte ; les mutilés, les mendiants. Face à eux, des profiteurs de guerre, hauts gradés militaires ou industriels. La ville, qui retrouve une place centrale dans leurs toiles, est le reflet d’une société à deux vitesses.

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Itzhak Goldberg est professeur émérite en Histoire de l’art à l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne. Critique au Journal des Arts, il a été également commissaire de plusieurs expositions. Parmi ses publications, on notera 'Installations' (éd CNRS, 2014), 'Visage et portrait' (Presses Universitaires de Paris Ouest, 2010), 'Le Visage qui s’efface de Giacometti à Baselitz' (Toulon, Hôtel des Arts, 2008), 'Jawlensky ou le visage promis' (L’Harmattan, coll. « Ouvertures philosophiques », 1998). Sa publication la plus récente est 'Expressionnisme' (éd Citadelles & Mazenod, avril 2017).  (source : Agenda du Masc)

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Quelques unes des oeuvres avec lesquelles
Itzhak Goldberg a illustré ses propos :

• August Macke, Le Départ, 1914 •

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 •  Félix Vallotton, Les Barbelés (xylographie), 1916  •

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•  Otto Dix  •

Troupes avançant sous les gaz, 1924   -   Soldat blessé, 1916

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 Danse des Morts, 1917    -    La Machine de Guerre, 1924

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 Auto-portraits d'Otto Dix (1913 - En soldat, 1914 - Avec casque d'artillerie, 1914 - En cible, 1915).

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Les laissés pour compte de l'après-guerre : Rue de Prague, 1920 - Le marchand d’allumettes, 1920.

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•  Levis Corinth (Autoportrait, 1911 - Armure, 1918 - Autoportrait1918) •

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•  Max Beckmann  •

Autoportrait en infirmier, 1915   -   Autoportrait au foulard rouge, 1917

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(s'arrêter sur le regard et la main gauche, qui montrent bien la métamorphose de l'homme...)

•  Autoportraits de Ernst Ludwig Kirchner  •

En soldat, 1915    -    Malade, 1918.

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•  Conrad Felixmüller, Soldat à l'asile, 1918  •  

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•  Walter Gramatté, Die große Angst*, 1918 

* L'Effroi.

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 •  Wilhelm Lehmbruck, Der Gestürzte*, 1915-1916  •

* L'homme tombé.

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Un grand MERCI à Itzhak Goldberg pour l'exposé passionnant, et toutes ces références.
En espérant que vos ouvrages sont aussi abordables pour les non-initiés...

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pensée pour mon grand-père paternel, ancien 'Poilu', décédé en 1966

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samedi 10 novembre 2018

~ Le Loup en \IIII/, tome 3 : Slip hip hip ! - Lupano, Cauuet & Itoïz Mayana

le loup en slip

Dargaud, 9 nov 2018, 48 p.

♥♥♥♥

Bientôt l'hiver, bientôt Noël, mais au moins une bonne nouvelle dans tout ça : le retour annuel du loup en peu-sli.
Et des 'Vieux Fourneaux', accessoirement, mais ceci est une autre histoire que je découvrirai ce soir...

Fébrilité joyeuse dans la forêt : on prépare, on décore, on s'entraîne pour la course 'Rapide & Furieux'.
Tout le monde se réjouit de la fête. Enfin presque... Un rabat-joie tague rageusement les affiches. Qui ? Pourquoi ?

Même esprit que les deux précédents albums.
Là encore, deux niveaux de lecture aussi bons l'un que l'autre, il me semble (même si je n'ai pas d'enfant de moins de 10 ans pour tester), des dessins délicieux, riches en détails, des clins d'oeil pour les plus grands, une intrigue sympathique, une fin réjouissante, et une morale pas moralisatrice à la portée de tous.
Et beaucoup d'humour, bien sûr, notamment grâce au sliiip du loup, qui joue un graaaand rôle dans l'histoire. 
Du caleçon multitâches, ça, mesdames/messieurs...

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agenda2

9 nov. - merci EL ! 😊

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jeudi 8 novembre 2018

Des titres qui chantent ! ♪♫ (2)

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Un clic clic sur la couv' et la chanson démarre  ♪♫  - magic juke-box ! 😏

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d'autres ici

... à bientôt !

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mardi 6 novembre 2018

~ C'est dimanche et je n'y suis pour rien, Carole Fives

c'est dimanche

Editions Gallimard, 2015
Folio, 19 janvier 2017, 160 p.

♥♥♥

Plus de vingt ans après l'accident qui a coûté la vie à José, son premier amour, Léonore s'envole pour le Portugal. 
Après s'être dérobée pendant tant d'années, elle se résout à lui rendre un dernier hommage. Elle est enfin prête à affronter la famille, là-bas, elle qui se sent coupable de ce décès. Peut-être pourra-t-elle ensuite tourner une page, passer à autre chose ? Faire la paix avec elle-même, pour enfin s'autoriser à vivre, aimer, peindre à nouveau ?

Encore un joli portrait de femme.
On imagine Léonore à la fois vulnérable et déterminée - comme la maman dans Tenir jusqu'à l'aube, la jeune femme qui subit les appels de sa mère dans Une femme au téléphone, la grande soeur qui écrit à son frère dans Que nos vies aient l'air d'un film parfait
On ne peut s'empêcher d'imaginer la part autobiographique, et cette projection rend l'auteur très attachante et le récit bouleversant.

Si les aventures de Léonore m'ont semblé plus convenues et prévisibles que celles des femmes des autres romans de Carole Fives, le parcours de José et de sa famille m'ont en revanche captivée et émue : encore des histoires d'exil, d'Eldorado, d'espoirs déçus. Un bel hommage à tous les Portugais qui, chassés par la dictature dans les 70's, ont été 'accueillis' dans des bidonvilles en France, pour reconstruire 'nos' logements. Précédés par les Italiens, nord-Africains, Espagnols, suivis par les sud-Américains, les migrants actuels fuyant la guerre et la misère...

C'est l'Histoire qui se répète, et j'ai envie d'arrêter de me dire que je n'y suis pour rien si des gens dorment dehors...

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agenda2

4 nov.

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dimanche 4 novembre 2018

~ Chien-Loup, Serge Joncour

chienFlammarion, 22 août 2018, 480 p.

♥♥♥

Chien-Loup.
Animal ami de l'homme ou prédateur ?
« Cette ambiguïté fondatrice [...]. Dans la vie il ne s'agit pas d'être le bon ou le méchant, tout comme dans les affaires il ne s'agit pas de prêter le flanc ou de mordre, il convient plutôt de toujours maîtriser les deux registres, en fonction des circonstances. Tout animal est fondé sur cette ambivalence. »
Et tout homme, par définition...

Voilà qui résume parfaitement l'esprit de cet ouvrage qui invite à réfléchir sur l'homme, l'animal, leurs rapports - domination/soumission, complicité... 
Sujets qui font écho à des préoccupations écologiques qui déchaînent les passions depuis quelque temps : chasse, condition animale, végétarisme et veganisme, respect de la nature en général. 
Mais aussi aux guerres de territoire, aux frontières farouchement gardées, à la peur de l'autre, de l'étranger (bouc émissaire vite trouvé).

Serge Joncour nous raconte ici deux histoires, distantes d'un siècle mais évidemment liées, notamment par un lieu : les Orcières. 
Monde sauvage, isolé, troublant, aussi préservé et apaisant que terrifiant. Où la cruauté peut s'exprimer librement et impunément, à l'abri des regards, tandis qu'ailleurs des hommes doivent s'entre-tuer pour la patrie, ou se bouffent pour de l'argent, du pouvoir...
Ce conte pour adultes, captivant et angoissant, nous renvoie également à nos peurs primitives de la forêt, du loup, des bêtes sauvages, de l'ogre, de la solitude, des rivalités meurtrières entre pairs...

Il y a les livres que je dévore. 
Celui-là fait partie de ceux que j'aurai savouré, comme la plupart des textes de Serge Joncour, d'ailleurs, dont la sensibilité, la pertinence et les talents de conteur me charment depuis longtemps.

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  ► Deux extraits parmi des dizaines cochés :

    • « L'homme c'est cette créature de Dieu qui corrompt et dilapide, qui se fait un devoir de tout salir et d'abîmer. Sans qu'il soit question de malveillance ou de jalousie, de frustration ou de colère, par sa seule présence un homme peut tout détruire. »

    • « Et même si vivre à l'écart, vivre pleinement à l'abri des autres ne se peut pas, parce qu'il n'y a plus la moindre zone sacrée, plus la moindre zone blanche sur les cartes, pas le moindre territoire où la vie sorte toujours victorieuse, il existe au moins des zones d'accalmie coincées entre deux combats, des zones à l'écart. »

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agenda2

31 oct.  >  3 nov.  -  emprunt mdtk

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samedi 3 novembre 2018

~ La faute aux Chinois, Aurélien Ducoudray & François Ravard

la fauteFuturopolis, 6 juin 2011, 152 p.

♥♥♥

C'est la faute aux Chinois si l'industrie française fout le camp ?
Et aux actionnaires, aussi, quand même.

    Extrait :
« Quand une entreprise licencie de façon massive pour augmenter le pognon des actionnaires, comment on appelle ça ?
- Euh... Un licenciement économique ?
- Non, c'est pas ça ! Ça commence par 'dé' !
- Délocalisation ?
- Non...
- Dérégulation ?
- Tu le fais exprès, là ?
- Non, non ! Euh... Attends... Euh... Dé... dé... dégraissage ?!
- Ahhh, c'est ça, le dégraissage !!! »

Louis, ouvrier dans un abattoir de volailles, va en faire la triste expérience. Peut-il sortir du lot en étant 'bien marié' (heum), grâce à sa femme et son beau-frère mieux placés que lui dans l'usine ? Peut-être, mais par des voies parallèles...

J'attendais une chronique sociale, j'ai trouvé une intrigue policière outrée sur fonds d'ambiance familiale malsaine et cruelle.

Décevant - car dérangeant ?

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agenda2

2 nov. - emprunt mdtk

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jeudi 1 novembre 2018

~ Gérard, cinq années dans les pattes de Depardieu - Mathieu Sapin

gérardDargaud, 28 mars 2017, 160 p.

sap♥♥♥♥♥

Gérard Depardieu, j'ai été 'pour', dans les 90's : bluffée par ses interprétations magistrales dans Uranus, Cyrano...
Et puis j'ai été 'contre' : omniprésent, grande gueule, vulgaire, politiquement incorrect au point de faire ami-ami avec quelques tyrans et de clamer haut et fort son dégoût pour la France, de 'nous' cracher à la gueule pour tout le fric qu'on lui demande – indécent quand on voit sa fortune !
Et me voilà dans du 'bien au contraire', comme disait Coluche. Parce que paradoxalement, cet album arrive à nous rendre le personnage super attachant, sans rien occulter de ses défauts.

depsapComme dans ses précédents reportages dessinés (sur l'hebdo 'Libération' et sur la campagne présidentielle de François Hollande), Mathieu Sapin se fait tout petit, son regard sur lui-même est plein d'auto-dérision, et ce qu'il restitue de son objet d'observation est à la fois complet, réaliste, sans concessions et amusant. J'aime beaucoup son approche et le résultat final.

On voit ici un Depardieu tel qu'on l'imagine, en fait, et touchant : un géant crado qui éructe, grommelle, flatule (Sapin est doué pour les onomatopées, on s'y croirait), bâfre, picole, se balade souvent torse nu ; un type qui dit beaucoup de conneries comme tous les bavards expansifs, excessifs et alcooliques, n'ayons pas peur des mots ; un homme généreux aussi, un grand sentimental sous ses airs de brute épaisse, un écorché-vif qui ne s'aime pas, un colosse qui a des réactions de petit garçon.

depsap2 Extrait :
- Voilà, t'as qu'à faire ça : tu racontes la vie d'un connard qui dit des conneries.
- Mais non, Gérard. T'es pas un connard.
- Boaf.
- Et je ne raconte pas que tes conneries. Ça parle de l'époque, aussi.
- L'époque, ouais. Ça c'est bien. Une époque de connards. Snirfl.

Je conclus avec ces mots sages de l'actrice Marina Foïs : « Gérard, je l'aime sans réserves ! L'acteur qu'il est fait que je ne veux rien juger du reste... Pour moi c'est un énorme malentendu. Son départ [de France] n'a rien à voir avec la politique... Le monde est devenu trop étriqué pour Gérard. C'est pour ça. Il cherche de nouvelles émotions, mais il n'y a plus rien qui soit à sa mesure. [...] Gérard, c'est pas quelqu'un avec qui on mégote. Quand on l'aime, c'est en entier. » (p. 91)

Bien dit, je suis d'accord !
Et cet album aussi, je l'ai aimé sans réserves... ♥

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agenda2

16 & 17 oct. - emprunt mdtk

depa

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mardi 30 octobre 2018

~ Ma grand-mère est une terreur, Guillaume Guéraud

ma gmillustré par Gaspard Sumeire
Editions du Rouergue, Dacodac, 5 avril 2017, 94 p.

♥♥♥

Du haut de ses 79 ans, la grand-mère de Louis « est forte et elle fout la trouille, elle passe pas son temps à traîner au lit comme celle du petit Chaperon rouge ». Et bim pour la Mère-grand qui se fait dorloter à coup de galette et de petits bots de beurre !
On l'aura compris, madame Kaleshkov n'est pas une 'fragile', d'ailleurs elle a été élevée en Sibérie...
De fait, personne ne s'y frotte, et Louis n'est pas enchanté de devoir passer une semaine de vacances d'automne avec elle, au milieu des bois. D'autant qu'elle n'a ni télé ni internet.

Tiens, tiens : vieille dame effrayante + forêt + période d'Halloween.
Et si cette histoire faisait peur, avec une sorcière et des sortilèges ?
Oui, hélas, c'est la tournure que prend l'intrigue, après avoir démarré sur les chapeaux de roue avec beaucoup d'humour, des formules 'choc', et une mamie rebelle bien sympathique.

Petite histoire écolo-politique, hommage aux zadistes de NDDL ou d'ailleurs. Très bien mais... ce genre de roman jeunesse me laisse toujours dubitative : quel enfant sait à quoi se réfèrent la faucille et le marteau, par exemple ? Les clins d'oeil politiques ne peuvent être perçus que par les adultes, et l'intrigue est quand même simpliste donc finalement sans grand intérêt pour eux...

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agenda2

30 oct. - emprunt mdtk

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lundi 29 octobre 2018

~ Que nos vies aient l'air d'un film parfait, Carole Fives

que nos viesLe Passage, 2012
Points, 29 août 2013, 128 p.

carfi♥♥♥♥♥

Tom est un enfant du divorce, dans les années 80 - un précurseur : 
« Notre famille n'est qu'une des premières sur la longue liste des divorces à venir, qui les toucheront eux aussi bien sûr, qui les toucheront tôt ou tard, qui n'épargneront personne. »
Pas facile d'essuyer les plâtres : les autres jugent, et on se sent coupable - c'est forcément de notre faute si nos parents ne s'aiment plus, ne se supportent plus.
Et quoi qu'il en soit, quel que soit le regard des autres, ça fait mal : « Après, il y a encore eu des moments bien sûr, des petits bouts d'enfance ça et là, mais rien n'a plus été pareil. Après, tout a pris un goût de perte et d'abandon. »

Récit en polyphonie : le père, la mère, et une troisième personne qui s'adresse à ce « toi, petit frère », le plus touché par la séparation chaotique, violente.

Je viens de 'découvrir' cette auteur, et c'est le troisième livre d'elle que je lis en dix jours. 
Carole Fives me chamboule, et comme je suis maso, j'ai envie de me plonger dans tous ses textes, sans attendre. 
Elle me fait penser à Delphine de Vigan. Les sujets qui leur tiennent à coeur sont proches : mères malades ('folles' ou épuisées), pères dépassés ou absents, crises familiales, enfants en souffrance, frères et soeurs solidaires et/ou rivaux... 
Mais la part autobiographique est moins revendiquée.
Ses textes sont courts, son écriture est sensible et percutante, ça frappe où ça fait mal, on s'en prend plein dans la face et au fond des tripes.

Et si Carole Fives ouvre cet ouvrage sur ces mots de Nathalie Sarraute : 
« Ce que nous ressentons n'est inscrit nulle part », je proteste : grâce à elle, je trouve noir sur blanc et finement observés/formulés beaucoup de mes sentiments...

Beau texte douloureux, et jolie fin qui donne un autre sens à la voix de la troisième personne - peut-être encore plus bouleversant ?

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agenda2

27 & 28 oct. - emprunt mdtk

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dimanche 28 octobre 2018

Philippe Gildas (1935-2018)


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courte bio trouvée sur Babelio :

Philippe Gildas, de son nom de naissance Philippe Leprêtre (Gildas est le prénom de son fils), né le 12 novembre 1935 à Auray (Morbihan), était journaliste et présentateur de radio-télévision français.
« Longtemps, je fus catholique et breton. (…) Je ne comprends pas pourquoi l’homme est mortel. J’ai du mal à me faire à l’idée qu’il n’y a rien après », note Philippe Gildas dans sa biographie, qu’il avait décidé de clore sur ces mots : « Maryse et moi avons décidé de nous faire incinérer. Et quand je passerai de l’autre côté des flammes, faites aussi l’économie de l’urne : répandez mes cendres au hasard, en vous amusant, comme je n’ai cessé de le faire ! »

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avec Jean-Pierre Elkabbach et Pierre Mauroy, en mars 1984.

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        avec son épouse Maryse                         avec sa marionnette des Guignols

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Philippe Gildas et Antoine de Caunes sur le plateau de "Nulle Part Ailleurs" de Canal+ en mars 1989.

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En 2004, Philippe Gildas et Antoine de Caunes sur le plateau du 'Grand Journal' pour les 20 ans de Canal+.

Pour le plaisir de le revoir & réentendre rire :

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samedi 27 octobre 2018

~ La nuit des béguines, Aline Kiner

la nuit

Liana Levi, 24 août 2017
alkiPiccolo, 20 septembre 2018, 320 p.

♥♥ 

Paris, 1310-1315, quartier du Marais - sale an, bon an... 
Comme aujourd'hui, sept siècles plus tard : impression lourde et effrayante d'être à une période charnière et que la situation est explosive : 
« Les problèmes monétaires qui accablent le royaume ne font qu'empirer le sentiment d'insécurité. Les pauvres et les désespérés affluent plus nombreux au couvent, une vague de mécontentement balaie les campagnes et commence à toucher la petite noblesse terrienne qui s'organise en ligues revendicatrices. [...] Les plus faibles, comme toujours, seront les premiers à souffrir. »

Dans ce roman historique : 
- des magouilles politico-religieuses de puissants qui, soucieux d'accroître leur fortune et leur pouvoir, éliminent la concurrence potentielle
- des béguines, femmes au statut particulier : plus libres que des religieuses (elles se réfèrent à Dieu et passent beaucoup de temps à prier et , mais c'est dans l'air du temps, comme la surconsommation aujourd'hui), vivant entre elles, donc protégées des hommes violeurs/pilleurs, des mariages arrangés et consommés avant la puberté, etc.
- le décor : les rues du Paris d'alors, animées, puantes, bruyantes, peu sûres, les tortures et exécutions en place publique...
- des histoires d'amitié et/ou amour, des corps qui se frôlent, des regards qui s'attardent, des soins qui se transforment en caresses - un peu de sensualité hétéro et homo dans ce monde de brutes...

C'est l'ennui qui a dominé au cours de cette lecture, et je n'en suis pas fière, non non.
Je n'ai pas aimé, sans trop savoir pourquoi.
'Manque de souffle romanesque', comme disent certains autres lecteurs déçus ?
Trop de personnages ?
Intrigue trop ténue, au profit de détails barbants sur le contexte ?
Atmosphère trop religieuse ?

Je me suis souvent interrogée sur les raisons de cet agacement puisque j'avais particulièrement apprécié Les Piliers de la Terre (Ken Follett), action au XIIe siècle, mais on n'est plus à 200 ans près quand on remonte 'si loin' dans le temps. J'avais été captivée aussi par Pour en finir avec le Moyen Age (essai de Régine Pernoud), Les Rois maudits (série de Maurice Druon) dont le premier volet s'ouvre sur un des événements de la fin de cette Nuit des Béguines, etc.

Bref, je suis soulagée d'en avoir fini avec cet ouvrage, d'être allée au bout, sans doute de moins en moins concentrée, l'esprit souvent accaparé par cette petite chanson des 80's ♪♫ : « Je donne [...] ma chemise à fleurs, mon kimono / Mes plans secrets et mes plantes vertes / J'offre croisière avec radeau / Je donne mon lit, ma brosse à dents / Mon esprit tordu mais sincère / Mes tickets de bus et restaurant / Je donne tout devant moi derrière [ouh là, je ne suis pas sûre d'aimer ce plan...] / Pour une biguine avec toi... » ♪♫ C'est idiot, mais les chansons qui viennent en tête toute seules, ça ne se commande pas. Cette 'pathologie' a sûrement un nom, et je pense qu'on est nombreux à la partager... 😉

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agenda2 22 > 27 oct.

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mercredi 24 octobre 2018

~ Une femme au téléphone, Carole Fives

une femme

Gallimard, L'Arbalète, 12 janvier 2017, 112 p.

cafi

♥♥♥

Un 'Allô Maman bobo' inversé.

Charlène, la petite soixantaine, se plaint à sa fille par téléphone. 
Souvent, très souvent. Plusieurs fois par jour, sans doute. 
On n'entend jamais les répliques, on se doute de certaines réponses au vu des réactions maternelles, on sent que la fille ne doit pas vraiment pouvoir en placer une, on imagine, on pense à sa propre réaction devant un tel discours, face à un tel fatras de mauvaise foi, de franchise blessante et de chantage affectif.

Parce que cette mère est gratinée. 
Elle se dit malade, atteinte d'un cancer, dépressive, elle va mourir, elle a peur, elle est seule, son mari l'a quittée depuis longtemps ('un monstre, votre père'), d'ailleurs ses enfants l'oublient, la négligent, surtout elle, sa fille, le frère a toujours été tellement mieux, c'est un Capricorne, ah non, lui non plus n'a pas le temps, il la délaisse aussi, et sa gamine à celui-là, quelle capricieuse, on vous a pas élevés comme ça, on leur passe tout, mais elle l'adore, elle est tellement mignonne...

A travers cette complainte tragicomique à la fois réaliste et caricaturale, se dessine le portrait effrayant d'une mère qu'on n'arrive pas à cataloguer – toxique, bipolaire, cruelle, égoïste, envieuse, bête, méchante, impudique ? Un peu tout ça, sans doute. 
On espère ne pas être perçue ainsi par ses propres enfants, moins déstabiliser et épuiser son entourage...

Sur les relations à distance mère-enfant adulte, lire aussi Avec Maman, de Alban Orsini - plus tendre, plus doux...

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agenda224 oct. - emprunt mdtk
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mardi 23 octobre 2018

~ Un automne à Beyrouth, Lisa Mandel

un automneDelcourt, Shampooing, 26 septembre 2018, 112 p.

lisam♥♥♥

Extrait de la 4e de couv : « Après des sciences-fictions lesbiennes, un voyage dans la jungle de Calais et une incursion dans le milieu du porno, Lisa Mandel récidive en partant au Liban, dont tous les experts s'accordent à dire que c'est 'un pays très compliqué'. »

Tellement compliqué que cette BD légère ne m'aura finalement pas appris grand-chose. Moins que les autres albums auxquels cette auteur a collaboré, notamment Les Nouvelles de la Jungle de Calais, plus travaillés, plus complets (collection Sociorama).

Quelques thèmes intéressants sont abordés ici : l'Histoire de ce pays qui est « l'un des plus libéraux du monde arabe » - Histoire liée, comme celle de beaucoup d'Etats d'Asie et d'Afrique, à des partages sauvages entre les grandes puissances européennes au début du XXe siècle, au mépris des populations. L'auteur nous parle aussi de l'accueil des 'déplacés' (et non pas 'réfugiés') des pays voisins en guerre (dont la Syrie), de la condition féminine, de la vie nocturne et de la façon dont l'homosexualité est hypocritement tolérée, à coup de graissages de pattes.

Lisa Mandel digresse beaucoup, aussi, et je me serais dispensée de sa parenthèse allemande avec la disparition du portable, ni intéressante, ni drôle. 
Elle ne semble d'ailleurs pas pleinement satisfaite du résultat. Perfectionnisme, honnêteté intellectuelle ou fausse modestie ? En tout cas, ça désamorce la critique. D'autant qu'un collègue la prévient que ce sont ceux qui connaissent le moins le Liban qui risquent le plus de l'allumer. Ça rabat le caquet...

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agenda221 & 22 oct.

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lundi 22 octobre 2018

~ Les Illusions, Jane Robins

les illusionsWhite Bodies, 2017
janetraduit de l'anglais par Caroline Nicolas
Sonatine, 4 octobre 2018, 360 p.

♥♥♥

Encore une histoire de relations sororales, et donc d'amour, haine et rivalités.
Un ingrédient efficace dans les thrillers, qui permet sans doute aux femmes (et aux hommes ? à voir) d'accrocher d'autant plus qu'elles s'identifient ?
Enfin moi, j'aime et j'en redemande, en tout cas...

Comme le titre l'indique, le lecteur est sur le fil et cherche à démêler apparences et réalité. Qui est complètement barge ? Laquelle ? Les deux ? Et ce Felix, quel jeu joue-t-il ? Qui manipule qui ?

Malgré une impression de déjà-lu, le plaisir de lecture a été d'autant plus intense que j'ai eu le temps de dévorer ce thriller en deux jours, et donc d'être en immersion quasi totale dans ce tourbillon de folie.

L'intrigue se réfère à Hitchcock. L'hommage est réussi. On pense aussi à des auteurs que le grand maître du suspense a adaptés, tels que Boileau & Narcejac, Daphné du Maurier...

J'avais deviné le dénouement, mais qu'importe, puisque plusieurs issues restent possibles jusqu'au bout. Cela dit, l'auteur n'avait pas besoin de l'expliciter autant, on avait pigé.

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agenda220  >  22 octobre -  merci Sonatine, merci Babelio !

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samedi 20 octobre 2018

~ Tenir jusqu'à l'aube, Carole Fives

tenirGallimard, 16 août 2018, 192 p.
cf

coeur

 

 

 


Elle élève seule son petit garçon de deux ans, à Lyon.

Financièrement, c'est difficile.
Moralement aussi. Un enfant de cet âge (et même au-delà), 24h/24, aussi mignon soit-il, ça demande une énergie folle.
Elle aimerait pouvoir souffler un peu. Elle se l'autorise d'ailleurs, parfois, en douce, quelques heures, la nuit, pendant que l'enfant dort. Elle sait qu'elle joue avec le feu.

Pour trouver des solutions, elle se connecte sur des forums de mères en détresse. Elle pourrait y trouver des idées, un soutien, déculpabiliser un peu de son ras-le-bol. Las, les réponses aux mains tendues l'accablent davantage : « Il faut se ressaisir, voyons, un enfant c'est merveilleux, patati, patata... »
Pas question de quitter cette grande ville pour trouver un logement moins coûteux, elle espère encore que 'l'homme' reviendra ; son fils en a besoin, elle en est convaincue. Mais visiblement, seuls l'enfant et elle le voient encore comme un père, celui-là.

Je pensais ne jamais lire cette auteur. Un malentendu, du délit de sale titre : 'Que nos vies aient l'air d'un film parfait', un des précédents romans de Carole Fives, me paraissait tellement convenu et aguicheur. 
C'est l'enthousiasme de Juin sur 'Tenir jusqu'à l'aube' qui m'a convaincue.

Cette histoire à la fois simple et intense m'a bouleversée. Tout y sonne tellement juste : les situations, les dialogues, les sentiments (solitude, accablement, culpabilité)...
La gorge nouée, j'ai suivi les hauts et les bas de cette mère 'solo', craignant le pire puisqu'apparaît en leitmotiv le conte de Daudet 'La Chèvre de M. Seguin' (on a connu des fins plus heureuses), et que l'ambiance et l'écriture m'ont rappelé l'excellent et douloureux ** trou de mémoire - un roman avec mer/mère dans le titre 😉 **.

Sublime et poignant.
Je conseille à toutes celles qui, un jour ou souvent, ont culpabilisé d'être 'une mauvaise mère'.
A leurs enfants qui, un jour ou souvent, leur en ont fait baver.
A tous les hommes, aussi (les pères, les chefs impitoyables...).

   -- accessible dès 13-14 ans --

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agenda218 > 20 oct. - emprunt mdtk

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mercredi 17 octobre 2018

~ Les Huit Montagnes, Paolo Cognetti

les 8Le Otto Montagne, 2016
traduit de l'italien par Anita Rochedy
Stock, 2017
Le Livre de Poche, 22 août 2018, 285 p.
paco

♥♥ - abandon  smiley_id118873

Oui, la montagne est belle, Jean, on va pas se battre là-dessus.
Oui, le nature writing, les grands espaces sur papier, Gallmeister, ça vous gagne, vous transporte, Crossroads, Bison, ManU, on va pas se battre...
Oui, la rando dans les Cévennes, les Pyrénées, c'est kiffant, Apik. Mais compte pas sur moi pour suer avec toi comme ça...

« Hymne à l'amitié, histoire familiale, ce texte splendide nous fait aussi et surtout ressentir la force de la montagne, personnage à part entière. » (4e de couv)
Mon problème, avec cette lecture, est dans le 'surtout'.
Parce que dans ce roman, j'ai précisément retrouvé tout ce qui m'ennuie et m'étouffe dans la montagne et la grande randonnée, la patience, la ténacité, l'endurance, la contemplation, etc.

J'attendais une histoire d'amitié entre garçons, comme dans les romans de Niccolò Ammaniti, une saga familiale sous le soleil italien, les sentiments bruyants qui vont avec. 
J'abandonne quatre-vingts pages avant la fin, parce qu'en feuilletant la suite, je vois qu'il n'y aura pas davantage de dialogues, d'interactions.

J'ai savouré en revanche les rares passages consacrés à l'amitié, à la famille, et au parallèle entre l'alpinisme comme dépassement de soi, et l'ascension sociale - sujet visiblement important dans la littérature italienne actuelle, au moins celle que je lis (Elena Ferrante, Silvia Avallone, Luca di Fulvio...).

Ce que je retiendrai, à ce sujet : « Peut-être ma mère avait-elle raison, chacun en montagne a une altitude de prédilection, un paysage qui lui ressemble et dans lequel il se sent bien. »
Même chose dans la vie, j'en suis convaincue...

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agenda210 > 15 oct.

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dimanche 14 octobre 2018

~ La coloc, Jean-Philippe Blondel

la colocActes Sud Junior, 19 mars 2015, 150 p.

jpb♥♥♥♥

Quand le lycée est loin du domicile parental, deux solutions : l'internat ou les levers à l'aube pour les trajets en car. Je connais un 'petit ourson' qui a testé l'internat et détesté ça, préférant l'année suivante rentrer tous les soirs chez lui, quitte à sacrifier son sommeil, si précieux à l'adolescence.

C'est le cas de Romain, élève de Seconde.
Jusqu'à ce que sa grand-mère décède brutalement, léguant aux parents un appartement à deux pas du lycée, où il pourrait s'installer.
Oui, mais : Romain n'a que seize ans, il ne sait pas cuisiner ni faire le ménage. Peut-on lui faire confiance ? Sera-t-il assez responsable pour bosser ses cours, sans la présence d'adultes ?
L'appartement est grand, il s'agit de trouver deux colocataires convenables, ni trop ceci, ni trop cela. Sérieux, du point de vue des parents. Pas chiants, du point de vue du fils.

Cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage. Inlassablement, une à deux fois par an, Jean-Philippe Blondel publie un roman où l'on retrouve ses thèmes de prédilection. Les similitudes et redites m'agacent mais j'y trouve tellement d'échos que j'y reviens, et j'ai boulotté presque tous ses ouvrages.

Heureuse surprise ici : ce roman m'a vraiment emballée. L'auteur nous plonge dans un univers qu'il connaît bien puisqu'il est père et enseignant : l'adolescence. Age ô combien difficile pour tous.
Avec beaucoup de sensibilité et de justesse, JPB nous fait (re)découvrir les tourments de cette période charnière : souci de la popularité, amitié, amour, trahisons, conflits avec les parents, apaisements (hélas temporaires) au cours de belles discussions à coeur ouvert entre générations...

Une lecture très agréable grâce à l'intrigue à la fois simple et pleine de rebondissements, au style agréable d'un auteur doué pour raconter des histoires qui ressemblent à la vie, à notre vie.

Je conseille à tous : ados, enseignants, grands-parents. Et surtout aux parents quelque peu 'fatigués'.

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agenda213 octobre - emprunt mdtk

 

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samedi 13 octobre 2018

~ Miss Sarajevo, Ingrid Thobois

miss SBuchet • Chastel, 23 août 2018, 215 p.

ingr♥♥♥♥♥

« De Sarajevo, Joaquim n'a longtemps su que l'assassinat d'un archiduc. »

Même chose pour tous ceux nés avant 1970-1980, je suppose.
Jusqu'à cette guerre des Balkans, au début des années 90, « à seulement deux heures d'avion de Paris », comme on disait alors.
Au coeur du conflit : Sarajevo à feu et à sang. 
Il nous semblait inconcevable, à travers nos écrans TV ou 'le poids des mots, le choc des photos' de la presse, que les Casques bleus (ONU) ne puissent rien faire pour arrêter ça.
Cette guerre a duré quatre ans.
Bilan humain : « Onze mille cinq cent quarante et un morts, enterrés si l'on a pu, comme on a pu, quand on a pu, à l'aube ou au crépuscule, rarement dans un cimetière, dans les bas-côtés, devant les entrées d'immeubles, sous les balançoires des jardins publics. »
La population a résisté. Certaines personnes activement, en prenant les armes. D'autres 'passivement', en continuant à vivre dans cette ville, sous les bombes, sous les tirs. Des 'gestes minuscules' comme dit la 4e de couv, mais essentiels ; ceux du quotidien, et parfois même un peu plus, du luxe troqué contre les produits de première nécessité.


sarajIngrid Thobois nous raconte tout cela, et beaucoup d'autres choses, à travers le regard de Joaquim, jeune photographe français de 20 ans perturbé par un drame familial et en froid avec ses parents.

J'ai lu ce texte doucement, soigneusement, relevant de nombreux passages, séduite par cette plume précise, riche en images et symboles.

L'auteur décrit parfaitement le figé (photo) aussi bien que le mouvement (train) ; la photo qui montre l'horreur ou qui leurre sur un bonheur feint ; les souvenirs d'un quadragénaire et la fuite de la mémoire d'une vieille femme brisée ; la création artistique et l'auto-destruction ; les apparences et les sentiments ; la cellule familiale qui protège et détruit ; les drames familiaux et les conflits à l'échelle d'un pays ; les brouilles individuelles figées par orgueil et l'inertie de la communauté internationale face à une guerre pourtant très médiatisée...

Autant de sujets qui me captivent, a fortiori lorsqu'ils sont traités avec une telle sensibilité.
Je vais bien sûr continuer à découvrir cette auteur brillante.

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agenda224 > 28 septembre - merci Sandrine pour cette LC - et merci à Rakuten !

#misssarajevo #ingridthobois #MRL18 #Rakuten

mrl2018

 

Is there a time for keeping your distance
A time to turn your eyes away
Is there a time for keeping your head down
For getting on with your day
Is there a time for kohl and lipstick
A time for curling hair
Is there a time for high street shopping
To find the right dress to wear
Here she comes, oh oh
Heads turn around
Here she comes
To take her crown
Is there a time to run for cover
A time for kiss and tell
Is there a time for different colors
Different names you find it hard to spell
Is there a time for first communion
A time for East Seventeen
Is there a time to turn to Mecca
Is there time to be a beauty queen
Here she come, oh oh
Beauty plays the clown
Here she comes
Surreal in her crown
Dici che il fiume
Trova la via al mare
E come il fiume
Giungerai a me
Oltre i confini
E le terre assetate
Dici che come fiume
Come fiume
L'amore giungerà
L'amore
E non so più pregare
E nell'amore non so più sperare
E quell'amore non so più aspettare
Is there a time for tying ribbons
A time for Christmas trees
Is there a time for laying tables
And the night is set to freeze
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Posté par Canel à 11:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]