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A dix-sept ans, Maud a la rage, la haine, envie de mordre, de tuer même. La jeune fille a changé après avoir été brutalisée par un homme, elle avait douze ans. Aimer autrui ? plus question. Respecter, éventuellement, mais pas plus. Cutter, alcool, neuroleptiques l'aident à tenir tant bien que mal.

Le titre de ce roman rappelle des phrases malheureuses entendues ces jours-ci (cf. ici). Une agression sexuelle n'est jamais anodine, quelle qu'elle soit : "D'ailleurs, elle s'en est plutôt bien tirée, après tout... Elle aurait pu connaître pire, comme on entend à la télé. Tournantes à quinze dans les caves. Trucs ignobles, tortures. Vraies histoires de fous. (...) Elle aurait pu connaître pire... Pire qu'un simple viol. Mais franchement, ça change quoi, qu'elle n'ait pas subi autant de barbarie ? Ce n'est pas la quantité de doigts, de bouches et de sexes violeurs qui font la somme du malheur. C'est autre chose. La façon de le vivre, en soi, dans le corps usurpé, dans l'esprit saccagé." (p. 56-57).

Marie-Sabine Roger excelle à dépeindre les séquelles possibles d'une agression sexuelle sur sa victime : repli sur soi, sentiment de culpabilité, dégoût des autres, de son propre corps et de sa féminité, parole impossible, comportements auto-destructeurs, violence, obsession, angoisse...

Si je reproche aux autres romans de cette auteur leur "gentillesse", leur naïveté, on est dans un registre complètement différent ici : plume et propos sont vifs, incisifs, percutants, lancinants, sans concessions. Marie-Sabine Roger a en outre évité le raccourci "chaque homme est un violeur potentiel"... Un roman choc, à la fois intense et subtil.

Un grand merci, Clara, pour cette découverte ! J'ai relevé beaucoup d'extraits (sans marquer ton livre, Clara), trop pour les recopier...

Pouce levé 16/20 - Horloge  25 mai

Un simple viol, Marie-Sabine Roger, Grasset et Fasquelle, octobre 2004, 187 p.