un hommeFayard, 2014, 315 p.
Le Livre de Poche, 2015

 

fai  ■  l'avis de Canel

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Dans la famille de Mourad, c’est le papa que je préfère. Il ne sait ni lire ni écrire, et quand il demande à son fils de lui faire la lecture à haute voix, il attend que l’intonation soit celle d’un journaliste. Cordonnier, il ne compte pas sa peine pour que ses trois enfants puissent ‘travailler avec leur tête’, eux. 
La maman est du genre ‘mama’ excessive et étouffante, mère méditerranéenne, mère juive, appelez ça comme vous voulez - « une mère pieuvre aussi aimante qu’envahissante ».

L’éducation de ce couple algérien exilé à Nice aura des effets différents sur les trois enfants : l’aînée reniera ses origines au nom de l’émancipation féminine et de la laïcité ; la cadette, docile, suivra la ‘voie tracée’ ; tandis que Mourad, le benjamin, sera à la hauteur des ambitions paternelles en devenant prof de français.

Encore une chronique familiale tendre, émouvante et bien vue. Et comme l’auteur est Faïza Guène, fille d’émigrés algériens, il est question d’identité culturelle et de volonté de s’affranchir des traditions, d’autant plus forte, sans doute, lorsqu’on a changé de pays, et/ou de milieu social (cf. Annie Ernaux, Edouard Louis). 
Au-delà de ces thématiques, on retrouve toutes les difficultés d’une famille ‘ordinaire’ : différends dans le couple parental, querelles dans la fratrie notamment quant au partage des tâches pour veiller sur les vieux parents, brouilles durables…

Un bon moment de lecture, qui m’a rappelé certains romans de Samuel Benchetrit, Yaël Hassan, Entre les murs (Bégaudeau), Présent (Benameur)…

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agenda2 23 > 25 août - emprunt mdtk

 

 ■  l'avis de Mr

♥♥♥♥

« Un homme, ça ne pleure pas », telle est la devise de la famille Chennoun, en tout cas celle du 'padre'. 
Ce cordonnier et son épouse ont quitté l'Algérie pour la France où ils ont élevé leurs trois enfants : Dounia, Mina, et Mourad, petit dernier de la famille et narrateur. 
Dounia, c'est la rebelle de la famille, qui refuse le destin déjà tracé pour elle par une mère trop possessive et un père attaché aux traditions. 
Mina en revanche met un point d'honneur à répondre aux attentes parentales, se distinguant ainsi de sa turbulente soeur aînée. 
Mourad, seul garçon de la fratrie, est couvé par sa mère, et deviendra professeur de français.

Cette histoire semble a priori banale. A travers elle, l'auteure analyse avec finesse l'ambiguité de sentiments et de comportements parentaux. Des parents qui prétendent vouloir le mieux pour leurs enfants, mais qui en réalité projettent sur eux certains de leurs propres rêves et/ou les empêchent de s'émanciper. 
Le regard de Mourad sur sa famille et sur lui-même est très lucide. Il me semble transposable à beaucoup de familles. Certains de ses propos relatifs aux rapports à la nourriture font d'ailleurs écho à des explications que j'ai lues dans un essai que je lis en parallèle Gros n'est pas un gros mot (Daria Marx et Eva Perez-Bello, Librio). 

Faïza Guène nous présente aussi les difficultés d'une famille algérienne à concilier ses références culturelles et celles de son pays d'accueil. Il n'y a rien de misérabiliste dans ce roman, qui aborde des sujets graves (maladie, difficultés d'intégration,…) sur un ton léger voire humoristique. 

Un agréable moment de lecture. 
Merci à Canel pour son insistance... 😉