les_animauxLe Livre de Poche
mai 1975, 363 p.

 Lu pour la seconde fois par Mr (dévoré en une journée) :

Le journaliste Douglas Templemore appelle le docteur Figgins en pleine nuit, pour lui faire constater l’infanticide prémédité qu’il vient de commettre. Le récit se poursuit par une présentation des circonstances de la conception de la jeune victime et  des motivations du journaliste, notamment exposées à l’occasion du procès pour meurtre intenté contre ce dernier.

Ce roman n’est cependant pas du genre policier, mais est un ouvrage de réflexion philosophique. L’auteur y amène en effet son lecteur à s’interroger sur ce qui caractérise l’être humain et ce qui pourrait le différencier des autres animaux. Il pose aussi ainsi la question de l’égalité entre les races humaines, d’une manière volontairement caricaturale (encore plus à la lumières des connaissances scientifiques actuelles sur l’évolution des espèces) mais très efficace. En 1952, année de la publication de ce roman, ces questions sont hautement d’actualité : l’holocauste et le procès de Nuremberg se sont déroulés quelques années auparavant, tandis que plusieurs pays occidentaux restent des puissances coloniales (et certains de leurs métropolitains convaincus de leur supériorité).

Bien que l’histoire de la relation amoureuse du journaliste soit présentée de manière naïve et surranée,  j’ai beaucoup apprécié ce roman. L’auteur y amène le lecteur à s’interroger sur la nature humaine, et le guide dans sa réflexion, sans toutefois lui imposer son point de vue. Ainsi, si des préjugés raciaux paraisssent parfois défendus (en étant énoncés naturellement), c’est pour mieux en démontrer l’absurdité. La biographie de l’auteur ne laisse aucun doute au sujet de ses idées et desseins (Vercors est le pseudonyme adopté en tant que résistant et ensuite conservé par Jean Bruller  – 1902 -1991).

 Avis beaucoup moins enthousiaste de Canel :

♥♥♥♥♥

Qu’est-ce qui distingue l’être humain de l’animal ? L'homme du singe, en l’occurrence ? La parole, l’art, les rites funéraires, l’organisation sociale, la fabrication d’outils, le rire, la capacité d’abstraction... ?
Voilà la question soumise à un tribunal anglais dans les années 50, à propos de Tropis - hominidés fictifs découverts en Nouvelle-Guinée - suite au meurtre de l’un d’eux.

Cette intrigue est prétexte à des débats foisonnants et passionnants. L'auteur retourne indéfiniment la question, à coups d’arguments religieux, philosophiques, scientifiques et juridiques. De quoi faire cogiter le lecteur sur les limites de chacune de ces disciplines (et de leurs interactions, comme pour l'euthanasie, l'avortement, le clonage...). Et l'exercice est jubilatoire, surtout lorsque le débat se complique de considérations politico-économiques (esclavage, ici).

Bien que toutes ces questions m'aient intéressée, ce roman m’a semblé interminable, maladroit et lourd. Pas moyen de me persuader que l’intrigue se situait dans les années 50, tant les protagonistes, leurs dialogues, leurs idées - sur les ‘races’ humaines notamment - semblent dater de l’époque victorienne. 

Horloge 27-30 août