le bonheur

Fleuve noir, 2009, 357 p.

♥♥♥♥

Une vraie bombe, cette Méline : elle explose sans préavis au nez de son mari, de ses enfants, de ses collègues. La moindre contrariété et la voilà qui sort de ses gonds, furie vociférante, terrifiante, vulgaire, injuste et méchante. Mais la liberté d'être hystérique s'arrête où commence la vie en société, Méline est priée par ses proches d'apprendre à se maîtriser ou d'aller voir ailleurs. Elle tente la chromothérapie en s'habillant de couleurs flashy, sans succès. Le rire, en revanche, désamorce parfois ses colères. Quant à l'orgasme, il la rend zen pendant près de vingt heures. Encore faut-il que le chéri n'ait pas été refroidi par une des crises redoutables de la mégère...

Sous couvert de comédie, Barbara Abel évoque cette drôle d'exigence que nous avons à l'égard du bonheur, comme s'il était dû, et la frustration qui découle de son absence : 
  « Autrefois, l'espérance du bonheur était sans cesse relayée par la promesse d'un au-delà, reléguant la félicité immédiate à l'état de détail sans importance. Cela revenait à dire que notre vie ici-bas se réduisait à une succession d'épreuves dont le but était, à terme, de nous garantir le paradis. [...] Au cours du XXe siècle, en revanche, l'individu s'est peu à peu émancipé des contraintes sociales, gagnant en droit et en autonomie. [...] tout s'est mis en place pour donner à l'homme du XXe siècle l'obligation d'être heureux. » 

Beaucoup moins léger qu'il n'y paraît malgré la caricature, ce roman nous renvoie à nos propres comportements en société, à nos faiblesses, nos mesquineries. Il a le mérite de rappeler que ne pas être malheureux, c'est déjà pas si mal - ceci avec humour, sans prêchi-prêcha. Se remettre en question de cette façon-là, je trouve que ça fait du bien...

Horloge 01 au 03/12