john & moi

Editions du Rouergue, DoAdo, janvier 2004, 96 p.

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Consigne du jour en français : écrire un conte de fées. Mais les jumeaux John et Elsa ne croient pas aux belles histoires, ni même aux dénouements heureux quand tout va mal. Depuis le temps que leur mère promet qu'ils vont partir pour échapper au père colérique, alcoolique et violent : "Elle a dit que justement elle va tailler la route très bientôt, qu'il ne faut pas s'en faire et qu'on va divorcer dans quelques instants. Il lui manque juste un peu d'argent. Soi-disant." (p. 65)
Alors, à défaut de conte de fées, Elsa écrit un conte de fous, un Hansel et Gretel revisité, sans espoir, calqué sur leur quotidien cauchemardesque. Son frère et elle se débattent et s'engluent dans une toile familiale tissée par un père toxique. Leur mère a perdu tout courage de lutter, Elsa ne voit pas de solution, chaque tentative ne peut qu'aggraver leur cas. Raconter aux copains, c'est prendre le risque de n'être pas cru ou pire, que le père soit dénoncé et alors gare aux représailles : "Et là, rien que d'imaginer une main qui sonne chez nous pour dire à mon père que ses enfants se plaignent de lui, je m'évanouis d'horreur et je préfère encore mourir tout de suite que de continuer à penser à ce qui arrivera après, quand la porte sera refermée." (p. 77)

Voilà, Isabelle Chaillou parle ici de ce qui se passe parfois derrière les portes, et cela peut être tellement effrayant qu'on préfère ignorer, parce qu'agir est trop compliqué et/ou risque de mettre le feu aux poudres... 
L'auteur, prof de français dans un collège, secoue son lecteur à partir de sujets graves sur l'adolescence. Je l'ai constaté avec HS, roman jeunesse sur l'homosexualité d'une jeune fille. On retrouve ici des adolescents en souffrance, tentés par le suicide comme issue à leurs difficultés.
Je ne savais rien des sujets abordés dans ce John et moi en le commençant, sinon que ce court roman était terrible. Il l'est, en effet, même si les idées et les reparties de la formidable petite narratrice peuvent nous arracher de loin en loin de pâles sourires...

Les beaux billets de Juin et Lejardindestephanie sur Babelio.

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