trois jours

Albin Michel, 2 mars 2016, 288 p.

♥♥♥♥

Beauval, « une ville étriquée où chacun est observé par celui qui l'observe, dans laquelle l'opinion d'autrui est un poids écrasant. » Boisée, elle est probablement située dans le nord-est de la France. Son maire est le propriétaire de l'usine de jouets en bois, longtemps pivot de l'économie locale, aujourd'hui en déclin.
Nous sommes en décembre 1999, Antoine est fils unique, élevé par une mère divorcée, il ne voit plus son père. Il se sent encore plus isolé lorsque déferle l'engouement pour la Play-Station. Ses copains y passent désormais leurs journées, pas lui, « sa mère a des principes ». C'est donc seul qu'il continue à aménager la cabane qu'ils avaient construite à plusieurs dans les bois. La mort du chien des voisins, auquel il s'était attaché - pas question d'en avoir un chez lui, là encore « sa mère a des principes » - le bouleverse et lui fait perdre les pédales, jusqu'à un geste malheureux qui le poursuivra toute sa vie - s'il y survit...

Récit intense et sombre ** qui évoque le long calvaire d'un enfant devenu meurtrier 'par accident', le poids de sa culpabilité, d'autant plus lourde à porter que le crime reste pénalement impuni, et l'étrange comportement maternel. ** Je ne connaissais Pierre Lemaitre que dans le registre 'polar'. Ce roman peut être considéré comme un thriller psychologique - angoisse, suspense, noirceur. J'ai beaucoup aimé les réflexions qu'il suscite sur la rumeur, les comportements humains face aux drames lorsqu'ils frappent tout près, mais pas trop quand même : 
« Même si tous agissaient pour une bonne cause, il y avait dans l'air quelque chose de conquérant et vindicatif, l'énergie vertueuse que l'on trouve souvent à l'origine des lynchages et des ratonnades. »
 « Tout le monde adorerait ce fait divers parce que, face à lui, chacun se sentirait merveilleusement normal. [...] Le crime de Beauval exorciserait les velléités de violence de tout un peuple, on pourrait se délecter de placer la faute sous la responsabilité d'un seul, de la satisfaction de voir quelqu'un puni pour une action dont n'importe qui serait capable. »

Deux bémols. 
Bien qu'il m'ait surprise, je n'ai pas aimé le dernier rebondissement, trop souvent rencontré dans d'autres romans.
Par ailleurs, il m'a semblé déceler une certaine condescendance vis à vis de la province, alors que j'apprécie a contrario le respect et l'affection que portent des auteurs comme Serge Joncour ou Franck Bouysse à leurs personnages 'ruraux'.

Quoi qu'il en soit, une très bonne lecture qui est venue à point nommé après L'affaire Jennifer Jones (Anne Cassidy), Et le silence sera ta peine (Elodie Geffray), où sont développées des thématiques communes.

agenda 5 & 6 mars

Un grand merci à Aurore et aux éditions Albin Michel.

- challenge rentrée littéraire janvier 2016 avec Laure (MicMélo) -

challenge RL 01