frangine

mbrunet

Editions Sarbacane, Exprim', 2 mars 2013, 262 p.

♥♥♥♥♥

Joachim (17 ans) et Pauline (14 ans) ont deux mamans, mais pas de papa. Les mamans sont allées en Belgique quand elles ont voulu fonder une famille, la PMA n'étant pas autorisée en France pour les couples homosexuels.
Dire que Joachim et Pauline ont une vie facile serait mentir. A la maison, c'est chouette, la famille est unie : les mamans sont amoureuses, tendres avec leurs deux rejetons, très à l'écoute. Pas de problèmes. C'est plus délicat à l'extérieur. Joachim a vite su s'armer contre les quolibets, en imposer. Pauline en revanche se fait harceler depuis son entrée au lycée. Elle n'était pas préparée à ça, elle va mal, son frère assiste impuissant à sa dégringolade. Mais elle le supplie de n'en rien dire à leurs mères : 
« J'ai peur, Joachim. J'ai peur et j'ai honte depuis deux longs mois, putain ! J'ai honte de ne pas arriver à réagir, honte de baisser la tête, et j'ai honte de ma mère ! Honte d'en avoir deux ! Tu sais ce que je pense, en fait ? Qu'elles auraient pas dû nous faire ça ! Qu'elles auraient pas dû nous faire du tout ! En tout cas, pas moi. »

Alors j'avoue, en tant que lectrice, face à la souffrance déchirante de cette jeune fille, j'ai pensé ça aussi, que ces deux femmes « n'auraient pas dû leur faire ça ». C'est dur, d'assumer une différence, pour les enfants. Ne pas avoir de père aussi, c'est dur, j'en connais qui claudiquent douloureusement à cause de ce trou béant... Bref, j'étais mal à l'aise à la lecture, gênée de penser que le mariage gay, ok, mais y a des limites (idem que pour la parentalité en solo)...
La grande force de l'auteur est de nous faire dépasser ce jugement, en douceur, subtilement... *** spoil ** grâce au cheminement de Pauline (pour qui on redoute longtemps le pire). ***

Autres points très positifs : l'auteur montre le décalage entre garçon et fille amoureux pour « franchir le cap » (garçons, sachez "tenir le doberman en laisse", HFT). Elle évoque aussi le harcèlement entre adolescents, la difficulté à faire accepter l'homosexualité, l'obligation de faire des choix entre ceux qu'on aime, parfois, dans sa vie. Elle nous rappelle aussi que tous les enfants ont honte de leurs parents, pour une raison ou une autre : « Ben moi, vous savez, mon père venait toujours me chercher au collège en bleu de travail. Un jour je lui ai demandé de se changer avant de venir, j'ai dit que ça craignait un peu qu'il se pointe comme ça devant mes amis... et ça l'a rendu fou. Il m'a parlé de la fierté des travailleurs. Il m'a dit que si j'avais honte d'avoir un père ouvrier, lui avait honte d'avoir une fille comme moi. Franchement, ça m'a calmée. »

Un excellent roman émouvant qui fait cogiter sur plein de sujets, à faire lire dès 14 ans.

• Merci, Manika, pour l'idée ! 

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