le sel de nos larmes

Salt to the Sea, 2016
rutatraduit de l'anglais (américain) par Bee Formentelli
Gallimard, 2016
éd. poche : Gallimard Jeunesse, 4 janvier 2018, 496 p.

♥♥♥♥

« [...] hantée par la pensée des bébés, des enfants et des adolescents - victimes innocentes et désarmées des changements de frontières, des nettoyages ethniques et des régimes vengeurs » Ruta Sepetys a « choisi pour ce roman de voir la guerre à travers les yeux d'enfants et de jeunes adultes issus de différents pays et contraints de laisser derrière eux tout ce qu'ils aimaient, et d'écrire un récit à quatre voix - leurs voix. »

Excellente idée ! Cet exode est celui de réfugiés allemands, polonais, lituaniens... fuyant à pied les troupes russes en 1945. Un épisode de l'Histoire dont on a parlé tardivement, gardant longtemps le schéma 'Allemagne ennemie' vs 'Alliés libérateurs'...
Un drame collectif de gigantesque ampleur transposable à tant d'autres, d'hier et d'aujourd'hui - Rohingyas, Syriens...

Quatre voix alternent pour raconter cette épopée douloureuse, semée d'embûches (climat rigoureux, faim, menace des soldats Russes pilleurs, tueurs, violeurs).

La construction rend parfois le récit répétitif puisque les mêmes événements peuvent être relatés par chaque voix, sans que cela présente toujours un intérêt. Par souci d'équilibre, j'imagine, l'auteur fait intervenir équitablement chaque personnage à tour de rôle, alors que les propos de Florian et d'Alfred tournent souvent en rond. 
Certes, cela renforce le sentiment d'oppression du lecteur qui se demande comment tout cela va finir, qui aimerait accompagner la plupart de ces personnages à bon port - et même au-delà.

Encore un gros blâme 😒 pour la quatrième de couverture qui dévoile les dernières pages, alors que j'aurais aimé suivre ces jeunes gens et les personnages attachants qui les accompagnent (la jeune fille aveugle, Eva la râleuse, le Poète de la Chaussure, le Petit Garçon Perdu) sans rien savoir de ce qui les attendait.

Peut-être un peu trop de romance, également, à déplorer, mais l'ouvrage étant destiné aux adolescents, on ne peut pas reprocher à l'auteur d'adoucir cette histoire tragique avec quelques moments de tendresse.

A proposer dès 14 ans, notamment pour montrer que l'Histoire se répète et qu'on n'en tire aucun leçon, visiblement...
En conclusion, ces mots de l'auteur : « L'Histoire nous divise, certes, mais par le biais de la lecture, de l'étude et du souvenir, elle peut aussi nous unir. Les livres font de nous une communauté de lecteurs internationale, luttant pour tirer parti des leçons du passé. »

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23 > 31 mars 

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