mcdo

DES BOUQUINS SAUCE MC DO : Le roi du hamburger s'invite au Salon du livre jeunesse de Montreuil.

Non, ce ne sera pas un stand de bouffe que tiendra la chaîne de fast-foods McDonald's au 34e Salon du livre et de la presse jeunesse (SLPJ), fin novembre à Montreuil, mais un stand de lecture. Car McDo s'est assigné une mission : « Donner le goût de la lecture aux enfants ». Bravo !

Voilà cinq ans, en effet, que le géant de la malbouffe appose son logo sur des livres (une cinquantaine en tout) coédités avec Nathan et Hachette Jeunesse. Ils sont signés Alexandre Jardin, Marc Levy ou bientôt Katherine Pancol. Ils revisitent contes, fables, expressions populaires et épisodes historiques, selon les séries annuelles. Chaque enfant qui, chez McDo, ingurgite un Happy Meal, un menu spécial enfant, repart avec un de ces bouquins (ou, au choix, un jouet). Il peut aussi acheter ces livres pour la modique somme de 72 centimes.
Mais pourquoi le très réputé Salon (et festival littéraire) de Montreuil accueille-t-il McDo ?
« Leur espace, c'est un millième de la surface du Salon, relativise Sylvie Vassallo, la directrice du Salon. McDo n'a pas besoin de nous pour faire sa pub : on n'a 'que' 175 000 visiteurs ! » Et d'ajouter, admettant que cette présence soit choquante : « Il aurait été plus facile que McDo ne soit pas au Salon, mais c'était ignorer un public nombreux, en difficulté ou en impossibilité de lecture. Là, c'est une façon de créer des passerelles pour que ce public, qu'on va chercher par la main, se sente autorisé à venir au Salon. » Ah, vu comme ça...

Grâce à l'opération Happy Meal, McDo ne se vante-t-il pas à pleines pages de pub d'avoir déjà distribué 44 millions de bouquins ? De quoi laisser songeur son voisin de Salon, les éditions Canopé, qui alimentent en ouvrages pédagogiques les enseignants de France. Pour mieux les écouler, cet éditeur devrait-il les accompagner d'un Big Mac ?
Certains habitués du Salon qui ont du mal à avaler la présence du roi du hamburger viennent de lancer une pétition demandant son expulsion pure et simple. L'un d'eux, Vincent Gay, ancien documentaliste en collège : « Après s'être 'verdi', McDo se 'culturise'... Faut-il faire tout et n'importe quoi pour que les enfants lisent ? »
Bah, du moment qu'ils s'initient à la gastronomie...

article dans Le Canard enchaîné, 14/11/2018


*     *     *

■  McDo échauffe le Salon du livre jeunesse.

Révélée par 'Le Canard enchaîné', une pétition a été lancée, réclamant l’annulation de la participation du spécialiste de la restauration rapide à l’événement.

McDonald’s, persona non grata au 34e Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil (Seine-Saint-Denis), qui ouvrira ses portes mercredi 28 novembre ? Le vendeur de hamburgers doit pourtant y participer, comme en 2017, en animant un espace de lecture accolé au stand d’Hachette Livre. Une pétition révélée par Le Canard enchaîné, publiée mercredi 14 novembre et déjà signée par plus de 1 400 personnes, considère « que McDonald’s n’a pas sa place au salon » et demande « l’annulation de sa participation ».

Le temple de la littérature jeunesse attend 175 000 visiteurs. « Loin des préoccupations culturelles, [l’événement] offre à McDonald’s un public de choix : des dizaines de milliers d’enfants à attirer dans ses restaurants et une stratégie de communication en or pour tenter de faire oublier les scandales successifs de malbouffe, d’évasion fiscale et d’exploitation des salariés », affirme cette pétition. En soulignant que McDo « est la seule entreprise extérieure au monde de l’édition ou de la culture à tenir un stand ».

Depuis 2015, le spécialiste de la restauration rapide, en partenariat avec Hachette Jeunesse, se targue, sur des pleines pages de publicité, d’avoir donné gratuitement 44 millions de livres aux enfants qui choisissaient des menus Happy Meal. La dernière collection, signée Marc Levy, décortique les expressions « Rire comme une baleine » ou « Chanter comme une casserole ».

La direction de McDo s’étonne de cette « démarche qui stigmatise[son] engagement fort et inédit dans la distribution de livres (...) au plus grand nombre d’enfants »
« Ce n’est pas parce qu’on donne un livre que l’on donne le goût de la lecture », rétorque l’auteur pour enfants Claude Ponti. Pour lui, « l’entrée dans la littérature jeunesse ne doit pas être soumise aux groupes de pression ni aux puissances d’argent ».

Sylvie Vassallo, la directrice du Salon, explique son choix non pas pour des raisons financières, mais bien parce qu’elle considère que McDonald’s joue un rôle phare dans la découverte du livre chez les enfants les plus défavorisés : « L’espace qu’occupe McDonald’s ne représente que 1/1 000e de la surface du Salon, affirme-t-elle. Nous sommes très engagés dans les quartiers populaires de Seine-Saint-Denis pour y faire découvrir la littérature jeunesse, or ces publics sont aussi ceux de McDonald’s. Que ces enfants soient invités à voir d’autres livres au Salon nous parait important. »

McDo donne aussi, depuis 2016, aux enfants démunis 100 000 euros de Chèques Lire, dans le cadre de l’opération « Partir en livre » du Centre national du livre (CNL). « Vu que l’école n’y réussit pas, il faut tout faire pour que les enfants lisent », affirme Vincent Monadé, président du CNL. Venant en aide à Mme Vassallo, il maintient : « McDo joue un rôle important dans le combat pour la démocratie culturelle. »

• article de Nicole Vulser, publié le 15 novembre 2018 (Le Monde)

*     *     *