la cité perdueThe Lost City of the Monkey God, 2017
traduit de l'anglais (USA) par Magali Mangin
Albin Michel, 2018
J'ai Lu, 11 mars 2020, 415 p.

 lu par Mr

 

Hernán Cortés (1485-1547), conquistador à qui la chute de l'Empire Aztèque est attribuée, évoqua une cité 'voisine' restant à conquérir : la Cité blanche, ou Cité du dieu singe.

Selon certains habitants du nord-est du Honduras, cette cité fut le siège d'une civilisation contemporaine de celle des Mayas, plus à l'ouest dans le pays. Les habitants de la Cité blanche l'auraient soudainement quittée pour fuir une malédiction divine. Des reliefs environnants escarpés et une jungle difficilement pénétrable assuraient la sécurité militaire du site, puis le dissimulèrent après son abandon. Quelques aventuriers et charlatans colportèrent la légende. L'un d'eux prétendait chercher la cité pour le compte d'un mécène, mais profitait de ses voyages pour pratiquer l'orpaillage.

hondurasDes archéologues cependant convaincus de l'existence de sites archéologiques importants dans la jungle de la Mosquita poursuivirent la quête. A partir de récits d'autochtones et d'explorateurs - tentant de trier le vrai du faux - ils délimitèrent quelques zones où concentrer leurs recherches. Le lidar, sorte de radar laser, leur permit ensuite d'obtenir des vues du ciel précises des reliefs et de ses anomalies (d'origine humaine), y compris à travers la dense végétation de la jungle.
Bingo : deux sites inconnus et de grande ampleur apparurent sur les images...
Restait à s'y rendre : pas simple dans une jungle escarpée, régulièrement soumise à de grosses précipitations, et infestée de serpents et d'insectes piqueurs.

Commence alors un récit à la 'Indiana Jones'.
Douglas Preston est d'abord connu comme auteur de polars, et j'ai l'impression qu'il s'est un peu laissé aller dans le sensationnalisme sur le premier tiers de son livre. Ces passages sont agréables à lire mais j'aurais préféré que l'auteur prenne plus de recul avec les racontars d'un mythomane de l'équipe. Entre autres 'exploits', cet ex-trafiquant (de drogue, puis de pièces archéologiques), reconverti en guide et homme à tout faire, aurait abattu un jaguar qui le chargeait !

Malgré ces réserves, cet ouvrage reste passionnant à lire.
Preston y raconte notamment l'histoire récente du Honduras (république bananière), la manière dont des chercheurs sont parfois tenus de négocier avec le pouvoir politique en place (pas seulement pour obtenir des permis de fouille, aussi pour l'assistance de l'armée, indispensable dans une zone sous influence de narco-trafiquants), l'utilité de récentes technologies d'imagerie, et les conflits de chapelle entre chercheurs…
Preston s'interroge surtout sur les leçons à tirer de découvertes archéologiques telles que celles mise à jour lors de telles expéditions.

Son épilogue - écrit avant l'actuelle crise sanitaire du Covid 19 (l'ouvrage en collection J'ai Lu fut imprimé en février 2020) - met en garde contre les possibles ravages d'agents pathogènes nouveaux sur les civilisations. Il enfonce le clou dans sa postface, pronostiquant une fin prochaine et brutale de la domination américaine sur le monde, du fait des changements climatiques auxquelles les Etats-unien continuent à contribuer.
Quoique 'catastrophistes', ses thèses sont pertinemment argumentées et illustrées.

Si vous aimez les récits d'aventures, vous pouvez vous précipiter sur ce livre.
Sinon, je recommande quand même vivement les remarquables épilogue et postface.