insurrections_singulieresAntoine revient vivre chez ses parents à quarante ans. A leur grand dam, il n'a jamais été stable, hormis une parenthèse de quatre ans avec la même femme. Un leurre, cette relation ? Karima aimait l'ouvrier en lui, mais peut-être l'image qu'elle en avait à travers ses livres, elle la prof de français d'origine modeste ? Elle le poussait à agir, se révolter. Lui ne s'est jamais senti à l'aise, ni dans ses études, vite abandonnées, ni dans la peau d'un ouvrier, identité usurpée à son père, selon lui, et non méritée. Pour l'instant, l'heure est à la délocalisation, au chômage technique, aux RTT forcées. Antoine cumule crises professionnelle, sentimentale, existentielle...

Un roman brillant sur la mondialisation, l'emploi, le travail, la société de consommation. Il fourmille de questions pertinentes qui peuvent être aussi celles du lecteur et ça fait du bien : quelle image pour ses enfants quand on est chômeur, ou quand on n'aime pas son travail ? quel avenir pour eux ? quid du cercle infernal "produire pour gagner de l'argent pour consommer, etc." ?

Plus enthousiaste sur la dimension sociale du propos que sur l'aspect individuel, j'ai beaucoup moins apprécié la seconde partie, plus diluée, et à mon sens plus légère, plus romanesque - bien sûr, elle est en parfaite harmonie avec l'évolution du récit. Un très bon moment de lecture malgré tout entre ces pages captivantes.

Pouce levé : 15/20 - Horloge  23-27 avril

Les insurrections singulières, Jeanne Benameur, Actes Sud, janvier 2011, 197 p.

De Jeanne Benameur, j'ai beaucoup aimé Présent ? mais nettement moins Les demeurées.

Présent ?

 Extraits :

"Je revois un documentaire passé à la télé, la rage de Karima devant les petites ouvrières de là-bas, penchées sur leur travail, le nombre d'heures effrayant qu'elles font en une journée, les clapiers où elles dorment avant de recommencer le lendemain. Et cette acceptation lisse de leur sort. Tout ça pour qu'ici ces jeunes filles pas riches non plus se donnent un peu d'illusion ! Le choix à 1 euro ! Tant de vies gâchées à des tâches inutiles ! Faut que ça consomme sur la planète... Et si ça consomme moins on crie à la crise et on se demande comment faire remonter le moral des ménages ! Comme si le moral n'allait pas remonter en flèche si on consommait moins, si on vivait plus." (p. 51-52)

"Les revendications salariales, syndicales, c'est juste pour rendre les choses un peu plus humaines, mais est-ce que c'est humain d'être enfermé pour un môme toute la sainte journée et pour un homme, est-ce que c'est humain ? et répéter les mêmes gestes de plus en plus vite, de mieux en mieux ? C'est ça, vivre ?" (p. 66)