deep winter

wya

Deep Winter, 2014
traduit de l'américain par Laura Derajinsky
Gallmeister, août 2014, 320 p.

♥♥♥♥♥

A Wyalusing, trou sordide de Pennsylvanie, les hivers sont rigoureux, mais les activités ne manquent pas pour se réchauffer. On boit, on fume l'herbe qu'on a cultivée, et après ça on est bien chaud pour bastonner le premier venu qui ose vous contrarier. Bien chaud aussi pour tirer des petits coups - avec un fusil toujours prêt, ou avec une petite poulette, pas forcément prête, elle, par contre, mais on s’en fout. Et quand on s'ennuie devant sa bière, on peut se moquer méchamment entre copains de Danny, « l'idiot du village ».
Ce Danny ressemble au Lennie des Souris et des Hommes (Steinbeck) : un homme-enfant de quarante ans, grand, costaud et pataud. Un gars gentil, généreux et toujours heureux malgré ce qu'il subit. Il a trois amis, le couple Bennett, et Mindy, la seule à « le traiter comme une vraie personne », qui le protège depuis l'enfance. Mindy n’a qu’un défaut, et elle aimerait le corriger : elle est accro au plus gros des abrutis, Sokowski, cruel, violent, qui use et abuse de son pouvoir de shérif-adjoint et de la terreur qu'il inspire aux autres. Un type d'autant plus crétin et dangereux qu'il est généralement défoncé.

Ce livre est à hurler. De colère, de haine, de révolte et de tristesse. Mais je n'ai pas versé une seule larme, parce que tout m'a semblé excessif : la bêtise crasse des habitants du patelin, la résistance invraisemblable de Sokowski à l’alcool et à la drogue, l’enchaînement des drames qu’il provoque. Trop, c’est trop, et si tout n’étais pas si tragique, on pourrait croire à une parodie de western. 
J’ai quand même apprécié la plume, l'alternance des voix et la plupart des portraits – même si la galerie de personnages répond à un schéma rebattu dans la littérature américaine : des bons, des brutes et des truands.
La principale qualité de cette histoire à mes yeux : elle invite à méditer sur le phénomène de « la chaîne alimentaire » entre humains, manger pour ne pas être mangé. En haut : un gamin pas gâté qui a su très jeune piétiner les autres pour se préserver, quitte à perdre tout sens moral, toute empathie. En bas, un handicapé mental. Et au milieu, des gens terrorisés par le caïd, à sa botte, prêts à tout pour ne pas devenir son souffre-douleur, complices de sa cruauté par leur inertie et leur mutisme.

Une image effrayante d’un coin d’Amérique profonde dans les années 80, une fiction sûrement moins éloignée de la réalité que j’ai envie de le croire.

Horloge 4 au 6 septembre

Merci Valérie ! EmojiEmoji

Challenge thrillers et polars de Liliba (2014/2015)

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