trashedTrashed, 2015
traduit de l'américain par Philippe Touboul
Editions Ça et Là, 23 septembre 2015, 137 p.

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Eboueur, 'agent de traitement des déchets' en politiquement correct des années 2000, 'jaillou' en vendéen des années 70.
Derf Backderf a exercé ce métier aux Etats-Unis entre 1979 et 1980. De même qu'il avait relaté dans un roman (autobio)graphique ses années de lycée avec le tristement célèbre tueur en série Jeffrey Dahmer, il raconte ici cette expérience professionnelle.
Comme il le précise en postface, le travail n'a guère changé en quarante ans, à part le tri sélectif. C'est un boulot ingrat, dur, salissant, où l'on se prend en pleine gueule (au sens littéral) tout le manque de respect dont peuvent être capables ses concitoyens : les ordures jetées sans sac, les sacs qui fuient, ceux dont le fond se rompt, les petits malins qui planquent leurs déchets verts ou toxiques au fond de la poubelle. Ceux qui déposent sans vergogne les encombrants sur le trottoir, etc. Et puis les chiens qui vous coursent, les intempéries, les exigences de m'sieur le maire qui veut rendre service à des copains, et tant pis si ça n'entre pas dans vos attributions...

Album très instructif, plein d'anecdotes intéressantes (les bouteilles pleines d'urine jetées par les camionneurs sur le bas-côté, par exemple, parce qu'ils n'ont pas le temps de s'arrêter).
Le dessin chargé et très carré façon Gotlib rend la lecture un peu fastidieuse sur la durée. D'autant qu'à l'image de ce boulot, l'histoire est assez répétitive - mais du fond de notre fauteuil, bien assis, sans les odeurs, c'est déjà beaucoup plus supportable qu'in situ...
L'exposé est en tout cas très complet, en particulier grâce à la postface où l'auteur ouvre le sujet : quid des ordures aujourd'hui, de leur gestion alors qu'elles croissent de manière exponentielle...

 >>  EXTRAITS

■  Imagine l'économie comme un immense tube digestif. Et nous on est là, devant le trou du cul du libéralisme, à nettoyer.

■  Nous sommes plongés jusqu'au nombril dans nos propres déchets. Chauqe année, nous recyclons plus, et c'est très bien, mais ça n'a pas réduit d'un pouce l'afflux d'ordures. La seule manière de réduire significativement nos déchets ? Modifier nos habitudes de vie. Renverser soixante ans de culture du jetable. Préférer le bon sens au confort. En d'autres termes, ça ne va sans doute pas arriver.

■  J'ai lu que des économistes se basent sur les ordures comme indicateur économique ! Plus il y en a sur le trottoir, plus l'économie est saine !

■  Le principal poste d'exportation des USA vers la Chine, pour plus de 10 milliards de dollars par an, sont les déchets !

■  Le liquide toxique produit par les déchets compressés se nomme le lixiviat. C'est un mélange de solvants, de produits chimiques ménagers, de vieilles peintures et de trucs bien pires (et souvent illégaux) qui se retrouvent dans les décharges. Tout ça suinte vers le bas, tout droit vers la nappe phréatique. Les décharges modernes se vantent d'être équipées d'un 'revêtement' conçu pour contenir cette mixture cancérigène. Ils sont particulièrement inefficaces. L'EPA a découvert en 1989 que TOUS les revêtements fuyaient. TOUS ! [EPA : Environmental Protection Agency]

■  Les Scandinaves ont inventé des incinérateurs high-tech si puissants que les déchets sont pratiquement "gazéifiés", sans la moindre émission toxique. Le gaz sert ensuite à alimenter des centrales énergétiques propres. Inutile d'être rusé, aux Etats-Unis, puisqu'on y dispose de vastes étendues désertes. On y enterre les ordures parce que c'est possible. Ce n'est pas un hasard si l'Alaska est n°1 pour le nombre de décharges.

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