la daronne

Editions Métailié, 2017
hacaPoints, 8 mars 2018, 192 p.

  lu par Canel  (14 avril)

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Daronne : « Au XIXe siècle, [ce terme] désignait de manière péjorative tantôt la tenancière, tantôt la patronne au masculin — le 'daron', lui, avait une connotation plus 'noble', contraction de 'dam' (damoiseau) et de 'baron'. Dans la France prolétaire du XXe siècle, c'est devenu un simple mot d'argot pour désigner LA mère. Au début des années 1970, dans nos banlieues, nous l'avons exhumé comme le premier lien, si intime, si émotionnel, le premier cordon qui nous lie à nos territoires. » (Bouchera Azzouz, Fille de Daronne et fière de l'être, Plon, 2016)

Trois daronnes, dans cette intrigue de Hannelore Cayre cousue main à partir de vrais morceaux de vie. 
Il faut dire que l'auteur est avocate pénaliste à Paris. Des femmes comme Khadidja, Patience et sa vieille mère mourante, elle en connaît, ça a dû être son quotidien, ça se sent. 
Cette expérience intime, ajoutée à un sens de la formule, à un humour ravageur et à un regard désabusé sur notre société et son hypocrisie (marché de la drogue, notamment) font merveille. 

Même si j'ai trouvé que l'intrigue partait un peu en vrille sur la fin, j'ai dévoré avec délice ce court roman noir dont l'ambiance et le ton rappellent les coups de griffe lucides de Thierry Jonquet, Virginie Despentes.
 
J'ai tellement aimé que j'ai hâte de découvrir les autres textes de l'auteur, à commencer par Commis d'office.

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  et Mr

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Après une enfance dorée dans une famille aux activités louches, puis une vie de couple prématurément interrompue par le décès de son époux, Patience Portefeux gagne sa vie comme traductrice pour le Ministère de la Justice. Sa connaissance de l'arabe l'amène ainsi à jouer les interprètes lors de procès de dealers, ou à traduire les discussions téléphoniques de trafiquants placés sur écoute. La vie de Patience est donc plutôt paisible. Lorsque l'occasion d'en modifier le cours se présente, elle n'hésite pas et fait preuve d'un esprit d'initiative inattendu, pour le plus grand bonheur du lecteur.

Le portrait que Patience dresse d'elle-même n'est pas flatteur. Le lecteur s'attache cependant à cette quinquagénaire oursonne qui porte sur le monde un regard à la fois lucide et désabusé. 
Certaines de ses expressions sont pleines d'humour, et quelques situations ne sont pas en reste. 
Par l'ironie, l'auteur critique la manière dont les personnes âgées sont traités dans notre société, notamment dans les Ehpad, de manière malheureusement très réaliste. 
Elle présente aussi certains aspects intéressants du marché de la drogue et du système judiciaire.
Ces sujets graves sont traités de manière à la fois légère et sérieuse. 

Un livre très agréable.

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♪♫  ... Ce spectacle l'écoeure
Alors elle pense à ses gars
Qui sont dev'nus voleurs
Elle comprend mieux pourquoi...  ♪♫